La nouvelle stratégie de l'eau est sortie en Allemagne : ce qui attend les agriculteurs
Peter Laufmann, AGRARHEUTE*
© stock.adobe.com/Deyan Georgiev
L'irrigation pourrait devenir un luxe. Car l'approvisionnement en eau potable passe avant tout.
En Allemagne aussi, l'eau devient un bien rare. Avec une stratégie de l'eau, le gouvernement fédéral veut assurer l'approvisionnement. En ligne de mire : l'agriculture.
Les agriculteurs et les propriétaires forestiers ressentent le plus violemment la tendance de ces dernières années : la pluie manque, la sécheresse affecte les cultures et les forêts. L'Allemagne devient elle aussi un pays où la sécheresse n'est pas seulement imaginable, mais devient la règle. Le gouvernement fédéral veut être préparé et a adopté cette semaine la stratégie nationale de l'eau et un programme d'action pour l'eau. En fin de compte, cela signifie économiser et mieux répartir. La gestion de l'eau concerne également les agriculteurs.
La stratégie doit :
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Assurer les réserves d'eau de l'Allemagne,
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Prévenir la pénurie d'eau,
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Désamorcer les conflits d'utilisation,
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Améliorer l'infrastructure de l'eau et
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Améliorer l'état des eaux.
Pour cela, un catalogue de 80 mesures est à l'ordre du jour. L'urgence est là : « Les dernières années de sécheresse ont laissé des traces évidentes dans nos forêts, nos lacs et nos rivières ainsi que dans l'agriculture », explique la ministre de l'Environnement Steffi Lemke. Selon elle, l'objectif est que de l'eau propre soit disponible en quantité suffisante partout en Allemagne. L'eau potable est prioritaire.
Dix priorités ont été définies pour la mise en œuvre. Il s'agit par exemple de développer les infrastructures de l'eau, de relier les circuits ou de protéger les zones maritimes. L'agriculture est par nature très concernée par le thème de l'eau. D'une part, elle utilise l'eau dans les cultures et pour l'alimentation des bovins, des porcs ou des poulets. D'autre part, les champs et les prairies fournissent de l'eau.
Les agriculteurs devraient être attentifs. En comparaison, la part de l'agriculture dans le monitoring est inoffensive. Il s'agit de recenser l'offre et la demande en eau. Les mesures portent ensuite sur la contribution que l'agriculture doit apporter au maintien de l'approvisionnement en eau des populations. Cela concerne bien sûr aussi le prélèvement d'eau. Mme Steffi Lemke s'est exprimée à ce sujet sur la NDR : selon elle, il faut conserver davantage d'eau dans des sols et des forêts intacts. Elle a également précisé qu'en cas de pénurie, il fallait clarifier la quantité d'eau disponible pour l'agriculture et l'industrie.
La ministre a précisé que l'agriculture ne représentait jusqu'à présent qu'une très petite part de la consommation d'eau. Contrairement à l'industrie. Néanmoins, « l'agriculture devra se préparer à adapter son irrigation à la crise climatique ». Il ne sera peut-être pas possible d'irriguer à tout moment tout ce qui est irrigué aujourd'hui.
Un autre élément de la stratégie de l'eau est la gestion des apports provenant des produits phytosanitaires et des engrais. La quantité qui parvient dans les lacs ou les rivières serait trop élevée. Pour y remédier, des bordures végétalisées doivent être aménagées sur 100 pour cent des cours d'eau bordant les champs ou les prairies. En outre, selon le document, « l'utilisation de produits phytosanitaires sera interdite le long des cours d'eau à une distance de dix mètres (sans les bordures végétalisées) et de cinq mètres pour les bordures végétalisées ».
Les idées sur l'eau ne font pas l'unanimité. Certains critiquent par exemple le fait que le prélèvement supposé de deux pour cent de l'eau par l'agriculture est fixé à un niveau trop faible. Il n'existe aucune enquête indépendante à ce sujet, seulement des données provenant des agriculteurs eux-mêmes. Une vérification est maintenant prévue. Les exceptions à l'obligation d'autorisation de prélèvement d'eau doivent également être revues.
L'organisation non gouvernementale Campact estime que cette stratégie manque de cohérence. Trop de compromis ont été faits. Ainsi, le document du gouvernement ne mentionne plus que l'on ne peut prélever que la quantité d'eau souterraine qui s'accumule. Cela aurait été sacrifié aux intérêts de l'industrie. La valeur de la priorité accordée jusqu'à présent à l'approvisionnement en eau potable par rapport à l'industrie se manifeste par exemple dans le Brandebourg : l'usine automobile de Tesla absorbe autant qu'une ville de 30.000 habitants. Et ce, dans un coin de l'Allemagne qui ressent déjà aujourd'hui le manque d'eau.
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* Peter Laufmann travaille comme chef de texte à la rédaction d'AGRARHEUTE. Le rédacteur et auteur travaille depuis de nombreuses années dans le journalisme environnemental et scientifique. Son intérêt porte régulièrement sur le grand écart entre l'utilisation et la protection des ressources naturelles.
Source : Neue Wasserstrategie ist raus: Das kommt auf Landwirte zu | agrarheute.com
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