La croisade anti-modernité de la critique du génie génétique Vandana Shiva menace les pauvres du monde entier
Henry I. Miller et Drew Kershen*
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Genetic Literacy Project
Son plaidoyer malhonnête fait un tort incalculable aux plus vulnérables.
Le « Social Justice Warrior Handbook » [manuel du guerrier de la justice sociale], qui fait la satire des personnes qui défendent des points de vue libéraux [au sens états-unien], multiculturels, anticapitalistes, antimondialistes et politiquement corrects, aurait pu avoir en couverture l'activiste et charlatane indienne Vandana Shiva. Elle s'oppose aux outils et aux pratiques de l'agriculture et de la science modernes – et d'ailleurs à la modernité en général – et préconise des politiques régressives qui provoquent la malnutrition, la famine et la mort de ceux-là mêmes qu'elle prétend défendre. Et elle n'est pas non plus une amie de l'environnement.
Il est donc intéressant de noter qu'au début du mois, deux universités américaines – la Florida International University et le Boston College – l'ont invitée à donner une conférence. Ce n'est guère surprenant, étant donné les tendances « progressistes » de ces institutions, mais c'est néanmoins inquiétant. Bien qu'elle bénéficie d'une bonne presse de la part des publications environnementales de gauche et radicales, et que les étudiants naïfs l'adorent, Shiva est largement considérée par la communauté scientifique comme déséquilibrée (dans les deux sens du terme) pour avoir préconisé des politiques dangereuses et non fondées et avoir promulgué des théories réfutées sur l'agriculture. Plus de 50 scientifiques ont publié une lettre ouverte adressée aux deux universités, dans laquelle ils critiquent l'invitation qu'elles lui ont adressée.
Comme l'ont écrit l'auteur scientifique Jon Entine et la communicatrice scientifique Cami Ryan, bon nombre des chevaux de bataille de Shiva se sont avérés extrêmement boiteux. Quelques exemples marquants :
« La "Révolution Verte". Les nouvelles variétés et pratiques de la Révolution Verte ont apporté une plus grande sécurité alimentaire à des centaines de millions de personnes dans les pays en voie de développement sur une grande partie de la planète ; elle a rendu disponibles des variétés de blé à haut rendement ainsi que de nouvelles pratiques agronomiques et de gestion qui ont transformé la capacité du Mexique, de l'Inde, du Pakistan, de la Chine et de certaines régions d'Amérique du Sud à nourrir leurs populations. Entre 1950 et 1992, la production mondiale de céréales est passée de 692 millions de tonnes produites sur 690 millions d'hectares de terres cultivées à 1,9 milliard de tonnes sur 700 millions d'hectares de terres cultivées, soit une augmentation extraordinaire du rendement par hectare de plus de 150 %.
L'Inde en est un excellent exemple. En 1963, le blé y poussait en touffes éparses et irrégulières, était récolté à la main et était sensible à la maladie de la rouille. Le rendement maximal était de 900 kilos par hectare. En 1968, le blé poussait en rangs serrés, était résistant à la rouille et le rendement maximal était passé à 6.700 kilos par hectare. Sans l'agriculture à haut rendement, soit des millions de personnes seraient mortes de faim, soit l'augmentation de la production alimentaire n'aurait été possible qu'en augmentant de manière considérable les terres cultivées – avec des pertes de nature vierge bien plus importantes que toutes les pertes dues à l'expansion urbaine, suburbaine et commerciale. »
Et pourtant, du haut de son perchoir dans un univers parallèle, Shiva soutient que la Révolution Verte a en fait provoqué la faim. Ici, comme ailleurs, elle utilise la technique de propagande connue sous le nom de « Big Lie », la répétition fréquente d'un mensonge connu comme s'il s'agissait d'une vérité évidente, dans l'espoir d'amener les auditeurs à considérer le scandaleux mensonge comme allant de soi. Lisez la suite !
Les Riz Dorés sont des variétés génétiquement modifiées qui sont biofortifiées, ou enrichies, par l'ajout de gènes produisant du bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A. Ces variétés pourraient constituer une avancée monumentale en matière de santé publique, car la carence en vitamine A est épidémique chez les populations pauvres dont le régime alimentaire est composé en grande partie de riz, qui ne contient ni bêta-carotène ni vitamine A. Dans les pays en développement, 200 à 300 millions d'enfants en âge préscolaire risquent de souffrir d'une carence en vitamine A, qui les rend plus vulnérables aux maladies, notamment la rougeole et les maladies diarrhéiques. Chaque année, environ un demi-million d'enfants deviennent aveugles à cause d'une carence en vitamine A, et 70 % d'entre eux meurent dans l'année qui suit. Mais Shiva s'oppose au Riz Doré.
« En se concentrant sur une seule culture, le riz, qui ne fournit pas à lui seul tous les nutriments, y compris des quantités plus élevées de vitamine A que le Riz Doré, les promoteurs du Riz Doré aggravent en fait la crise de la faim et de la malnutrition », dit-elle, ajoutant que « les promoteurs du Riz Doré sont aveugles à la diversité, et sont donc des promoteurs de la cécité, tant sur le plan métaphorique que nutritionnel ».
Shiva a rejeté le Riz doré en le qualifiant de canular et de mythe – le plus vil des mensonges, qui n'est pas sans rappeler ceux des charlatans pernicieux qui nient que les vaccins pour enfants préviennent les maladies infectieuses.
Comme l'écrivent Entine et Ryan : « L'autre solution proposée par Shiva pour promouvoir la "diversité de l'alimentation" n'a pas fonctionné pour les très pauvres qui n'ont pas les moyens d'acheter des légumes ou des fruits ou qui ne peuvent pas consacrer la terre de leur ferme de subsistance pour en cultiver davantage. »
Le canular, c'est l'alternative irréalisable de Shiva, et non les avantages avérés du génie génétique.
Cotonnier génétiquement modifié résistant à des parasites (cotonnier Bt, appelé ainsi parce qu'il contient une protéine de la bactérie Bacillus thuringiensis qui tue certains insectes). Shiva affirme que la culture de ces semences est inefficace et a provoqué des centaines de milliers de suicides d'agriculteurs en Inde. Mais les statistiques de Shiva sont sélectionnées, en grande partie non pertinentes, et souvent tout simplement fausses. Son argument repose sur un sophisme, une logique fallacieuse, connu sous le nom de post hoc, ergo propter hoc – après le fait, donc à cause du fait. En d'autres termes, elle confond corrélation et causalité, le genre de « logique » qui conduirait à croire que l'autisme est causé par l'alimentation biologique en raison de graphiques comme celui-ci (pince-sans-rire).
Dans un article publié en 2013 dans la revue Nature, le socio-économiste agricole Dominic Glover a fait observer qu'« il est absurde d'attribuer les suicides d'agriculteurs uniquement au cotonnierBt » et que « [b]ien que les difficultés financières soient un facteur déterminant du suicide chez les agriculteurs indiens, le taux de suicide des agriculteurs n'a pratiquement pas changé depuis l'introduction du cotonnier Bt ».
Renforçant les observations de Glover, une étude définitive et complète du cotonnier Bt en Inde publiée en 2011 a conclu : « Le cotonnier Bt est accusé d'être responsable d'une augmentation des suicides d'agriculteurs en Inde [...] Les données disponibles ne montrent aucune preuve d'une "résurgence" des suicides d'agriculteurs. De plus, la technologie du cotonnier Bt a été très efficace dans l'ensemble en Inde. Néanmoins, dans certains districts et certaines années, le cotonnier Bt a pu contribuer indirectement à l'endettement des agriculteurs, ce qui a conduit à des suicides, mais son échec est principalement dû au contexte ou à l'environnement dans lequel il a été planté. »
Conclusion : Une étude réalisée en 2006 dans quatre des principaux États indiens producteurs de coton a révélé que le cotonnier Bt avait permis des gains de rendement d'environ 31 % et une diminution de 39 % du nombre de pulvérisations d'insecticides, ce qui a entraîné une augmentation de 88 % de la rentabilité, soit environ 250 dollars par hectare.
David Zilberman, éminent économiste agricole de l'UC Berkeley, se fait l'écho de ces conclusions et résume ainsi l'expérience de l'Inde en matière de génie génétique :
« L'Inde a gagné à adopter [le génie génétique appliqué au] cotonnier, mais elle a perdu à ne pas l'adopter pour d'autres cultures. Les États-Unis, le Brésil et l'Argentine ont adopté le [génie génétique] pour le maïs et le soja, ce qui a entraîné une augmentation de la production et des gains liés à l'exportation des récoltes supplémentaires. L'Inde et le reste du monde ont également bénéficié indirectement des avantages liés à l'augmentation de l'offre mondiale de maïs en raison du [génie génétique]. »
Dans l'article du New Yorker de 2014 intitulé « Seeds of Doubt » [les semences du doute], le journaliste d'investigation Michael Specter a remis en question plusieurs des affirmations de Shiva concernant le génie génétique, ainsi que son éthique et son jugement :
« Parfois, l'absolutisme de Shiva sur [le génie génétique] peut la conduire dans des directions étranges. En 1999, 10.000 personnes ont été tuées et des millions se sont retrouvées sans abri lorsqu'un cyclone a frappé l'État d'Orissa, sur la côte orientale de l'Inde. Lorsque le gouvernement américain a envoyé des céréales et du soja pour aider à nourrir les victimes désespérées, Shiva a tenu une conférence de presse à New Delhi et a déclaré que ce don était la preuve que "les États-Unis ont utilisé les victimes d'Orissa comme cobayes" pour les produits génétiquement modifiés. Elle a également écrit à l'organisation humanitaire internationale Oxfam pour lui dire qu'elle espérait qu'elle ne prévoyait pas d'envoyer des aliments génétiquement modifiés pour nourrir les survivants affamés. Lorsque ni les États-Unis ni Oxfam n'ont modifié leurs plans, elle a condamné le gouvernement indien pour avoir accepté ces arrangements. »
De telles actions sont grotesques, comme l'est ce tweet d'elle (verbatim) :
« #MarkLynas saying farmers shd be free to grow #GMOs which can contaminate #organic farms is like saying #rapists shd have freedom to rape. »
« Mark Lynas disant que les agriculteurs devraient être libres de cultiver des OGM qui peuvent contaminer les fermes biologiques, c'est comme dire que les violeurs devraient avoir la liberté de violer » – Dr. Vandana Shiva (@drvandanashiva) 5 janvier 2013.
Nous approuvons le shopping sur le marché des idées, mais pas lorsque des produits toxiques le polluent. Rappelez-vous l'observation de Daniel Patrick Moynihan selon laquelle chacun a droit à sa propre opinion mais pas à ses propres faits. Shiva est une source apparemment inépuisable de faits faux, inventés – c'est-à-dire de mensonges – et de raisonnements bizarres et antiscientifiques.
Même la façon dont Shiva se présente au grand public et à ses interlocuteurs potentiels – en tant que « scientifique », « physicienne nucléaire » ou « physicienne quantique » – est fausse. Elle a obtenu son doctorat non pas en physique mais en philosophie.
Michael Specter, du New Yorker, a écrit que Shiva a été appelée le « Gandhi des céréales » et « comparée à Mère Teresa ». Nous pensons qu'il serait plus juste de la comparer à Trofim Denisovich Lyssenko, le charlatan et idéologue qui, à lui seul, a dévasté l'agriculture soviétique à l'époque de Staline et pendant des années par la suite. Cette analogie est particulièrement pertinente, étant donné qu'elle a encouragé les dirigeants du Sri Lanka à adopter sa philosophie « le bio, c'est le meilleur » en obligeant tous les agriculteurs du pays à adopter les pratiques primitives du bio et à rejeter les engrais de synthèse et les dispositifs de protection des cultures. Cette politique n'a pas bien fonctionné : elle a précipité une crise alimentaire, énergétique et économique qui a contraint le président du pays à fuir le pays.
Si cette Indienne de la caste supérieure n'a pas grand-chose à dire sur la science, elle sait comment soutirer de l'argent à des sponsors sur le circuit des conférences. Selon son agence de conférenciers, la Evil Twin Booking Agency (nous n'avons pas inventé ce nom), le cachet habituel de Shiva pour une intervention dans une université américaine est de 40.000 dollars, plus un billet aller-retour en classe affaires depuis New Delhi. Nous pouvons donc en déduire que les universités américaines paient probablement Shiva environ 50.000 dollars pour chaque apparition, au cours de laquelle elle expose leurs étudiants à ses attaques mensongères et sans fondement contre l'agriculture et la science modernes.
Quant au contenu réel des présentations de Shiva dans les universités, nous pouvons spéculer. Nous nous souvenons d'un vieux dessin animé « Peanuts » dans lequel le personnage de Lucy van Pelt est sur le point de se lancer dans un travail d'écriture. « Écris sur quelque chose que tu connais bien », dit le professeur. Lucy commence à taper : « L'air est lourd de stupidité... ». Qu'est-ce que ça a à voir avec Shiva ? Elle est l'auteur d'un hymne à l'agriculture paysanne et d'une attaque contre les semences améliorées et les engrais modernes, intitulée « In Praise of Cowdung » [éloge de la bouse de vache]. Ce qu'elle écrit et dit entre tout à fait dans cette catégorie.
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* Ceci est une version actualisée et plus longue d'un article publié sur ACSH en 2018.
Henry I. Miller, médecin et biologiste moléculaire, est le Glenn Swogger Distinguished Fellow de l'American Council on Science and Health. Il a été le directeur fondateur du bureau de la biotechnologie de la FDA.
Drew L. Kershen est le Earl Sneed Centennial Professor of Law (Emeritus), University of Oklahoma College of Law, à Norman, Oklahoma. \
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