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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un consultant californien : la conversion au bio pourrait faire augmenter le prix des aliments et réduire les bénéfices des exploitations agricoles

13 Février 2023 Publié dans #Agriculture biologique, #Alimentation, #Economie

Un consultant californien : la conversion au bio pourrait faire augmenter le prix des aliments et réduire les bénéfices des exploitations agricoles

 

AGDAILY Reporters*

 

 

Image : Victoria Moloman, Shutterstock

 

 

Un objectif politique de l'Union Européenne visant à faire passer l'agriculture biologique à 25 % [ma note : le texte original dit « 30 », ce qui semble être l'objectif californien envisagé] de l'ensemble de la production agricole d'ici 2030 – une expansion considérable par rapport à la situation actuelle de l'UE – devrait également être envisagé par le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, pour le budget de l'année prochaine. Cependant, une nouvelle analyse économique indique qu'un tel plan augmenterait considérablement le prix des aliments pour de nombreux consommateurs et mettrait en péril la solvabilité des exploitations biologiques.

 

L'étude, intitulée Economic Considerations for Conceptual Organic Policy Targets, a été réalisée par Californians for Smart Pesticide Policy, une coalition d'agriculteurs et d'entreprises qui dépendent des agriculteurs, dont le but est de sensibiliser les décideurs aux avantages des outils agricoles scientifiques modernes. Elle a été réalisée pour le compte de la California Bountiful Foundation, la branche scientifique et de recherche 501(c)(3) [une organisation sans but lucratif, bénéficiant d'exemptions d'impôts] du California Farm Bureau.

 

La Californie compte actuellement environ 2,97 millions d'hectares de terres cultivées irriguées, dont 186 000 hectares – soit 6 % – sont certifiées biologiques, et ces terres ne sont pas toutes exploitées au cours d'une année donnée.

 

Une analyse préliminaire réalisée par ERA Economics, une société de conseil basée à Davis et spécialisée dans l'économie de l'agriculture et des ressources en eau en Californie, s'est concentrée sur les défis potentiels de l'application des normes européennes à une culture californienne : la tomate. L'État produit 95 % des tomates de transformation américaines et la récolte annuelle totale de tomates est évaluée à 1,2 milliard de dollars.

 

 

 

 

Seuls 5 % des 92 000 hectares de tomates de transformation de la Californie sont actuellement nécessaires pour répondre à la demande des consommateurs en matière de produits biologiques. L'étude a révélé qu'atteindre une production biologique de 30 % d'ici 2030 entraînerait des perturbations importantes sur le marché. On estime que le prix à la production des tomates conventionnelles augmenterait de plus de 11 %. Et, surtout, le prix des tomates biologiques chuterait de 28 % au niveau de l'exploitation, ce qui pourrait faire passer le prix du marché en dessous du coût de production.

 

Cela pourrait signifier que les agriculteurs biologiques seraient contraints de cesser leur production, de vendre ou de cultiver autre chose – un résultat qui pourrait potentiellement faire s'effondrer le marché biologique et, en fin de compte, faire grimper les prix à la consommation. Rendre obligatoire l'augmentation des surfaces cultivées en agriculture biologique sans lien clair avec la demande des consommateurs pourrait entraîner des perturbations du marché qui nuiraient à la fois aux agriculteurs, aux employés agricoles et aux consommateurs, souligne l'étude.

 

 

 

 

Toute baisse initiale du prix des produits biologiques profiterait principalement aux consommateurs les plus riches qui achètent des produits issus de l'agriculture biologique, les clients à faible revenu payant davantage pour les produits issus de l'agriculture traditionnelle. Tous les producteurs de tomates, biologiques ou non, pourraient voir leurs bénéfices diminuer, selon l'analyse.

 

L'étude coïncide avec d'autres préoccupations soulevées par des chercheurs indépendants au sujet de la production biologique, notamment le fait que, malgré la forte perception du public selon laquelle l'agriculture biologique produit de meilleurs résultats environnementaux, les données montrent que l'agriculture conventionnelle est souvent plus performante en ce qui concerne les mesures environnementales, notamment l'utilisation des terres, les émissions de gaz à effet de serre et la pollution des masses d'eau.

 

Les conclusions d'ERA Economics sont les suivantes :

 

  • L'augmentation de la superficie consacrée aux tomates biologiques destinées à la transformation, qui passerait d'une moyenne de 4 % à 30 %, représenterait une multiplication par cinq ou six des superficies actuelles [ma note : c'est ce que dit l'original...]. Les producteurs et les transformateurs de tomates interrogés dans le cadre de l'analyse ont confirmé les données de l'industrie concernant le désir limité des consommateurs d'acheter des produits issus de tomates biologiques.

 

  • Les producteurs de tomates peuvent se spécialiser dans la culture biologique, non biologique ou les deux, selon la demande et les conditions du marché. Le fait d'imposer une méthode de culture spécifique pourrait avoir un impact considérable sur la capacité des agriculteurs à maintenir la viabilité de leur exploitation, tant sur le plan financier qu'en ce qui concerne les autres défis à relever, comme le changement climatique, les parasites et les maladies.

 

  • Les producteurs de tomates de transformation, tant conventionnels que biologiques, sont confrontés à des risques de pertes économiques. Les producteurs conventionnels, avec une réduction probable de la superficie cultivée, pourraient subir une baisse potentielle de 17 % par rapport aux revenus attendus.

 

  • La production biologique présente un risque plus élevé de mauvaises récoltes, de coûts de production plus élevés et de rendements plus faibles. Par conséquent, les agriculteurs biologiques sont susceptibles de connaître une moins grande stabilité. Ils seraient confrontés à un surcoût potentiel de 36 % du produit net prévu, ce qui rend la culture de tomates de transformation biologiques potentiellement non rentable.

 

Il est surprenant qu'un État américain cherche à suivre l'UE en matière de politique agricole. Les résultats obtenus en Europe ne sont pas particulièrement bons. Par exemple, le projet de l'UE d'adopter une stratégie « de la ferme à la table » prévoyant une réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires et des engrais, ainsi qu'une transition importante vers la production biologique, a été largement critiqué en raison de la probabilité d'une baisse considérable de la production alimentaire sur le continent et des dommages causés aux forêts vierges d'outre-mer, qui feraient les frais de la demande de nouvelles terres agricoles (et d'une augmentation des émissions de carbone) pour compenser le manque de production sur le sol européen.

 

« L'agriculture fonctionne lorsque nous sommes en mesure de cultiver ce que le consommateur souhaite réellement et non ce que le gouvernement impose. Les consommateurs californiens ont déjà du mal à payer des prix plus élevés pour les denrées alimentaires que dans les autres États à cause des directives gouvernementales et ce type de propositions ne fait qu'aggraver la situation », a déclaré M. Jamie Johansson, président du California Farm Bureau. « Lorsque le gouvernement augmente le prix des denrées alimentaires, cela agit comme une taxe régressive qui frappe le plus durement les familles à revenus faibles et moyens. En fin de compte, le gouvernement doit laisser les marchés biologiques se développer de manière organique. »

 

________________

 

* Source : Converting to organic could increase food prices, shrink farm profits (agdaily.com)

 

 

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