Protection des plantes : l'interdiction des pesticides dans les zones de protection du paysage est contre-productive
Karl Bockholt, AGRARHEUTE*
© agrarfoto
Utilisation d'herbicides dans les céréales : des voix s'élèvent contre l'interdiction totale des produits phytosanitaires, notamment dans les zones de protection des paysages généreusement délimitées. C'est particulièrement vrai dans les régions à forte densité de population, comme la Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
De vives protestations s'élèvent contre les projets de l'UE visant à interdire les produits phytosanitaires dans les zones protégées écologiquement sensibles. Le vase semble prêt à déborder. Un commentaire de Karl Bockholt, rédacteur d'AGRARHEUTE. [L'article d'origine est du 15 août 2022.]
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Karl Bockholt, rédaction d'AGRARHEUTE.
Les projets de la Commission Européenne en matière de protection phytosanitaire laissent de nombreux chefs d'exploitation perplexes. L'objectif de réduire de plus de moitié l'utilisation des produits chimiques d'ici 2030 et de les interdire totalement à l'avenir dans les zones dites sensibles indigne les personnes concernées. Elles considèrent à juste titre qu'il s'agit d'une attaque contre l'existence même de leurs exploitations. La conséquence serait la fin de nombreuses fermes. Cela met en péril l'autosuffisance par la production locale de denrées alimentaires.
Cela vaut surtout pour les champs, les pâturages et les prairies dans les zones de protection des paysages. A l'avenir, aucune protection phytosanitaire chimique ne devrait y être possible. Avec cette interdiction, les bureaucrates de Bruxelles ne visent manifestement pas seulement les zones naturelles, les zones FFH (Flore-Faune-Habitat) et les zones de protection des oiseaux.
Dans les premières, l'utilisation d'herbicides et d'insecticides est de toute façon interdite depuis le paquet protection des insectes. Il s'agit désormais plutôt d'inclure les vastes zones désignées pour la protection des paysages et de l'eau.
C'est toutefois trop. Chaque chef d'exploitation ne sait même pas exactement pourquoi ses terres relèvent de la protection des paysages. En outre, les projets de l'UE visant à proposer un règlement directement applicable sur « l'utilisation durable des produits phytosanitaires » étaient dès le départ formulés de manière floue. Tant qu'il n'est question que de zones écologiquement sensibles, personne ne se fait une idée de l'ampleur de l'interdiction. Mais si l'on voit la carte complète dans son ensemble, on comprend vite la portée des projets.
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© Agence Européenne pour l'Environnement
Voici les zones protégées en Allemagne.
Si cela se passe ainsi, il ne restera plus guère à l'avenir de surfaces où il s'agit en premier lieu de nourriture et de fourrage. On peut alors se demander quelle sera la fonction des agriculteurs dans cette société et dans quelle mesure les denrées alimentaires dépendront à l'avenir des importations.
Le paquet de mesures de protection de la nature prévu par l'UE bouleverserait en tout cas complètement le mode d'exploitation actuel. Même les défenseurs de la nature crient au scandale lorsque la houe ou la herse étrille détruisent les nichées des oiseaux qui nichent au sol. De plus, les alternatives aux produits chimiques contre les maladies et les ravageurs importants sont encore rares. Les moyens financiers réduits pour la recherche et le conseil agricoles n'améliorent pas la situation. Il n'existe pas de concepts viables offrant de réelles perspectives face au changement climatique.
Dans les zones de protection des paysages, les exploitants ont compté à juste titre sur le fait qu'ils maintiendraient un bon état écologique de manière conventionnelle grâce à de bonnes pratiques professionnelles et à de nouvelles obligations, et que la protection phytosanitaire intégrée continuerait à compter. Ils sont aujourd'hui amèrement déçus.
En plus de leur perte de rendement et donc de revenu, les plans affaiblissent la confiance dans l'UE en tant qu'institution. La politique s'éloigne trop des problèmes des exploitations. À cela s'ajoute la perte de valeur des terres. Il arrive un moment où la coupe est pleine. De violentes protestations, comme aux Pays-Bas et aujourd'hui à Bonn, ne manqueront alors pas de se produire.
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* Karl Bockholt est rédacteur cross-média chez AGRARHEUTE, responsable des grandes cultures et des prairies. Il travaille depuis plus de 30 ans au Deutscher Landwirtschaftsverlag (dlv), après avoir travaillé pour Feld & Wald (Girardet) et agrar-praxis (Konradin). Agriculteur et ingénieur diplômé, il gère sa ferme dans le Münsterland en tant qu'activité secondaire. Il est cavalier, chasseur et amoureux de la nature.
Source : Pflanzenschutz: Verbot in Landschaftsschutzgebieten kontraproduktiv | agrarheute.com
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