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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le registre des lobbies montre la force du lobby environnemental au Bundestag

15 Février 2023 Publié dans #Allemagne, #Divers

Le registre des lobbies montre la force du lobby environnemental au Bundestag

 

Norbert Lehmann, AGRARHEUTE*

 

 

© IMAGO/IPON

Le registre des lobbies du Bundestag montre qu'il y a deux fois plus de représentants d'intérêts qui tentent d'influencer la politique environnementale que la politique agricole et alimentaire.

 

 

Le registre des lobbies du Bundestag le montre : le lobby environnemental est bien plus représenté à Berlin que le lobby agricole.

 

 

De nombreuses légendes circulent sur l'influence du lobby agricole et de l'association des agriculteurs, paraît-il si puissants, sur la politique allemande et européenne. Mais il est loin le temps où le chancelier Konrad Adenauer (CDU) exhortait son cabinet à « satisfaire les exigences du front vert avant d'être contraint par le Bundestag à des concessions bien plus importantes ».

 

A l'époque, le « front vert » signifiait encore la coopération efficace de députés du Bundestag proches de l'agriculture, au-delà des frontières des partis et des groupes parlementaires. Une telle entente entre les politiciens agricoles n'existe plus depuis longtemps en séance plénière.

 

La prise d'influence ne fonctionne plus comme à l'époque d'Edmund Rehwinkel ou de Constantin Freiherr von Heereman, présidents de la DBV, l'association allemande des agriculteurs. Certains peuvent le regretter. Mais les temps changent. Un autre groupe d'intérêt a depuis longtemps beaucoup plus de représentants à Berlin, et c'est le lobby environnemental.

 

 

Deux fois plus de lobbyistes pour les thèmes environnementaux que pour les thèmes agricoles

 

Depuis un peu plus d'un an, le Bundestag tient un registre des lobbies accessible au public. Il a pour but de créer la transparence. Les citoyens doivent pouvoir identifier les lobbyistes qui tentent d'influencer la législation.

 

Tous les représentants d'intérêts doivent s'inscrire dans le registre des lobbies, à quelques exceptions près, mais elles sont importantes. Un coup d'œil sur ce registre le montre : après l'« économie », l'« environnement » est le domaine pour lequel le plus grand nombre de lobbyistes sont enregistrés.

 

Plus de 40 % des représentants d'intérêts inscrits ont déclaré faire du lobbying dans le domaine de l'environnement. Le domaine de l'agriculture et de l'alimentation ne représentait qu'à peine 19 % des mentions. Il convient de noter que des doubles mentions sont possibles. Par exemple, le Deutscher Bauernverband (DBV) est enregistré à la fois pour l'environnement et l'agriculture, tout comme le Naturschutzbund Deutschland (association allemande pour la protection de la nature – NABU).

 

 

Plus de 5.500 organisations de lobbying enregistrées auprès du Bundestag allemand

 

Au total, 5.536 représentants d'intérêts actifs étaient inscrits au registre des lobbyistes du Bundestag au début de l'année. La grande majorité d'entre eux étaient des personnes morales, des sociétés de personnes ou des réseaux. Seules 313 personnes physiques sont inscrites comme lobbyistes, dont 57 pour le secteur agricole et 107 pour le secteur environnemental.

 

 

Les associations économiques dominent le domaine de l'environnement

 

Conformément à la loi sur le registre des lobbies, les associations, entreprises et personnes doivent indiquer le montant de leurs dépenses annuelles en matière de lobbying. Selon les règles de transparence, elles doivent également indiquer le nombre de personnes qu'elles emploient à cette fin. La multiplication des domaines d'intérêt dilue toutefois la pertinence de la liste.

 

Les trois organisations les plus puissantes financièrement du « lobby environnemental » seraient donc le Gesamtverband der Deutschen Versicherungswirtschaft (fédération allemande des assurances), le Verbraucherzentrale Bundesverband (fédération allemande des consommateurs) et le Verband der Chemischen Industrie (fédération de l'industrie chimique – VCI). Chacune de ces organisations dépense entre 8 millions et 15 millions d'euros par an pour la représentation de ses intérêts à Berlin. Elles n'ont cependant pas pour thème principal le lobbying environnemental. En revanche, le NABU en fait partie avec 1,35 million d'euros déclarés et plus de 80 employés.

 

 

L'association des agriculteurs dépense 4,4 millions d'euros

 

Le registre des lobbyistes agricoles est tout aussi faussé. Classés selon le montant de leurs dépenses, le Verbraucherzentrale Bundesverband (l'association fédérale des consommateurs), le VCI et le Handelsverband Deutschland (association du commerce allemand – HDE) sont en tête. En réalité, il est peu probable que les agriculteurs voient leurs intérêts représentés par ces organisations. Cela vaut certainement aussi pour l'organisation non gouvernementale (ONG) Campact, qui dépense chaque année 5,2 millions d'euros pour son travail de lobbying auprès du Bundestag. L'association allemande des agriculteurs a déclaré des dépenses de 4,4 millions d'euros et plus de 30 employés.

 

 

La politique environnementale est une tâche transversale

 

La construction du registre des lobbies a pour conséquence que le gain de connaissances pour le citoyen reste faible. Les seules données sur les dépenses financières ou le nombre de collaborateurs ne disent pas grand-chose sur l'efficacité de la représentation d'intérêts. Le fait qu'autant d'organisations et de personnes soient enregistrées pour le domaine de l'environnement montre cependant combien de secteurs considèrent la politique environnementale comme pertinente pour leur activité. En revanche, l'agriculture et l'alimentation mènent une existence plutôt discrète d'un groupe d'intérêt très délimité.

 

 

Des lacunes dans le registre des lobbies

 

Les lacunes du registre des lobbies, fixées par la loi, affaiblissent encore sa pertinence : ni les syndicats, ni les organisations patronales, ni les églises ne sont tenus de publier leurs activités de lobbying dans le registre du Bundestag. Il manque des informations transparentes sur leurs activités visant à influencer le pouvoir législatif.

 

De plus, les personnes enregistrées ne sont pas tenues d'indiquer sur quelles lois ou autres activités du Bundestag elles ont concrètement tenté d'exercer une influence.

 

Pour informer le public de manière vraiment transparente sur l'interaction entre les représentants d'intérêts et les députés, il faudrait publier davantage de données sur les échanges et les contacts entre le Parlement et les lobbyistes. Le Bundestag et le gouvernement fédéral présenteront un premier rapport sur l'application du registre des lobbies au 31 mars 2024.

 

____________

 

Norbert Lehmann travaille depuis plus de 25 ans comme journaliste spécialisé. Après des études d'économie agricole à Bonn, le service de presse et d'information Agra-Europe a été sa première étape professionnelle. Il a fait de fréquents séjours à Bruxelles en tant que correspondant. Ensuite, activités au sein du groupe d'édition Handelsblatt, dans les relations publiques scientifiques ainsi qu'en tant qu'indépendant. Depuis 2012, il travaille au dlv, en dernier lieu en tant que chef de la rubrique Management & Markt à la rédaction d'AGRARHEUTE.

 

* Source : Lobbyregister zeigt Stärke der Umweltlobby beim Bundestag | agrarheute.com

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