« J’avoue toutefois une certaine sympathie pour les agriculteurs... »
José David
J'ai eu la curiosité de sortir le dernier Nexus de la deuxième étagère chez mon marchand de journaux. Comme vous pouvez le voir, j'ai été intéressé à la vue de l'entièreté de la couverture.
Le bimestriel, Nexus ? « Véritable exception dans la presse », et ce, pas parce qu'il est sans publicité :
« Le magazine NEXUS est un bimestriel de 112 pages (sans publicité !) engagé en faveur d’une information qui résonne avec les grands défis du monde et les grandes questions de l’Humanité. Situés dans les angles morts des médias traditionnels, nos sujets explorent des angles parfois tabous, souvent incomplets voire incompris. »
En fait, il y a deux articles dans ce numéro : « Le glyphosate, un empoisonnement mondial orchestré » de M. Luc-Thierry Rossi et « Intolérance au gluten : la faute au glyphosate ? » de Mme Sandra Franrenet.
Ça butine aux meilleurs sources délirantes et complotistes. Françaises, que nous ne citerons pas, ou états-uniennes comme Anthony Samsel, Stephanie Seneff et Nancy Swanson.
Parmi elles, une autre « merveille » publiée en juin 2017 par The Conversation, « Impacts du glyphosate sur la santé et l’environnement, ce que dit la science » de M. Noureddine Benkeblia, Professor of Crop Science, Department of Life Sciences, University of the West Indies, Mona Campus.
Quand vous lisez que « [l]es effets toxiques sur la faune s’avèrent plus importants que sur les plantes », vous n'avez aucune peine à comprendre l'étendue des dégâts.
L'article fut fort commenté – lire : taillé en pièces. L'auteur a pourtant eu l'audace d'écrire en réponse à des critiques :
« Cet artilce, n'es ni un article de recherche ni un commentaire, mais un article de synthese qui met justement en evidence la cotroverse sur les glyphosates. La reponse a votre question est dans le titre meme de cet article. »
Dans les commentaires, il y en a eu un qui a retenu mon attention. Je l'« emprunte » à son auteur.
Encore une fois cet article qui prétend parler au nom de « la science » fait l'erreur classique (mais impardonnable pour ceux qui font un article sur ces sujets) de confondre continuellement DANGER et RISQUE. Et j'attire une nouvelle fois l'attention du comité de rédaction sur ce point. Le glyphosate, comme toute substance active est ACTIVE et a des effets que personne ne nie sur les sols, les plantes (c'est pour cela qu'on l'utilise), les animaux et les hommes. Il est quasi certain que si vous en buvez un bol chaque matin, cela nuira à votre santé. C'est donc bien un produit dangereux (comme presque toutes les substances actives artificielles ou naturelles comme la nicotine, l'alcool et les huiles essentielles par exemple). OUI le glyphosate est très probablement « potentiellement” cancérogène », comme le rayonnement solaire est « certainement » cancérogène, comme les tigres sont « certainement » dangereux pour l'homme, comme vous êtes « potentiellement » un assassin si vous possédez un couteau dans votre cuisine. Mais faut-il interdire le glyphosate, rendre obligatoire la combinaison intégrale avec lunettes noires pour éviter toute exposition au soleil et euthanasier tous les tigres et l'auteur de cet article (qui, je le rappelle, est « potentiellement criminel ») ? La VRAIE question qui se pose et à laquelle les VRAIS scientifiques doivent répondre est : quel est le risque induit par chaque type d'utilisation du glyphosate et quel est le rapport bénéfice-risque de cette utilisation ?
VOUS AVEZ RAISON, des études sur le risque (pas sur le danger !), donc « des études beaucoup plus approfondies visant à obtenir des données fiables quant aux effets directs et indirects de ces produits sur les organismes vivants, l’environnement et l’homme » sont souhaitables, mais dans leurs conditions d'utilisation (pas si on en boit un bol au petit déjeuner). Sont-elles urgentes ? Vu le temps depuis lequel on « utilise massivement le glyphosate en agriculture » (au début avec des doses beaucoup plus importantes), et pendant lequel aucun effet sanitaire significatif n'a été signalé, le risque, s'il existe, est « certainement » très faible et le rapport bénéfice risque (seule question pertinente pour légiférer sur le produit) probablement très positif, mais étudions donc pour avoir une réponse certaine !
Le parallèle que vous faites avec le DDT en fin d'article est très pertinent, très significatif et très intéressant. Et vous devriez l'étudier sérieusement.
En effet, le DDT, que vous citez et qui a valu le prix Nobel de MÉDECINE ! à son découvreur en tant qu'insecticide en 1949, a été « reconnu comme dangereux ». Mais par qui ? Par des politiciens mal informés (ou qui ne voulaient pas déplaire à leurs électeurs), par les médias toujours friands de catastrophisme et donc en conflit d'intérêt structurel avec la vérité scientifique si elle est rassurante et qui ont mal interprétés (volontairement ?) les données scientifiques (comme aujourd'hui pour le glyphosate), ce qui a conduit à une forte pression sur les agences de santé. Mais pas par les scientifiques ! Qui expliquent encore aujourd'hui que le DDT n'est que très peu toxique pour l'Homme à forte dose, et inoffensif aux doses utiles employées (car il continue à être employé en pulvérisation à l'intérieur des maisons dans certains pays impaludés avec plus de 90 % d'efficacité). Il a bien été interdit par les mêmes politiciens dans les années 1970 (en 1972 pour la majorité des pays « riches » dans lesquels la malaria avait été éradiquée (grâce au DDT) et qui n'en avaient donc plus besoin) et interdit en 2001 non pas par l'OMS, mais par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement malgré la protestation le 1er décembre 2000 de 406 scientifiques originaires de 63 pays, dont trois prix Nobel (c'est assez rare pour être cité) et que je conseille à tous de lire (http://malaria.org). Cet appel a heureusement été (un peu) entendu et l'interdiction comporte une clause d'exemption pour les pays qui le souhaitent. Si l'épandage massif de DDT (du type « La mort aux trousses ») a des effets négatifs démontrés sur l'environnement (mais encore une fois, la question est le rapport bénéfice-risque et si pour éradiquer le paludisme dans une région et éviter des millions de morts il y a une dégradation de l'environnement qui mettra une dizaine d'année à s'en remettre quasi totalement, faut-il le faire ou laisser mourir ?). L'utilisation raisonnée (hors épandage massif) du DDT ne présente en revanche aucun danger sérieux démontré ni pour l'Homme, ni pour l'environnement (et donc aucun risque) mais est par contre très efficace pour lutter contre les maladies qui ont des insectes pour vecteur (malaria, chikungunya,…). L'interdiction du DDT a été faite sur les dangers de l'épandage massif (d'ailleurs très surestimés). Mais la vraie question est encore une fois : quel est le RISQUE induit par l'utilisation raisonnée du DDT et quel est le rapport bénéfice-risque de cette utilisation ? Explicitement, la question est : devons-nous laisser périr près de 3 millions de personnes (dont beaucoup d'enfants) par an dans le monde de maladies comme la malaria ou le chikungunya, par notre refus d'utiliser le DDT dont la seule action néfaste avérée est de diminuer l'épaisseur de la coquille des œufs de certains rapaces ??? Pour l'instant, au vu de votre démarche et de votre raisonnement, votre réponse est oui.
Déclaration d’intérêts : je ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de ce commentaire. Mais je n’ai en outre aucune sympathie ni aucun lien philosophique ou politique particulier pour aucun des acteurs cités et en particulier aucune sympathie pour Monsanto. J’avoue toutefois une certaine sympathie pour les agriculteurs qui font de leur mieux à travers le monde pour nourrir l’humanité (qui sont les grands oubliés de l’article et dont certains seront poussés au suicide par l’interdiction du glyphosate), ainsi que pour les millions de personnes qui risquent indirectement de mourir de faim pour la même raison. Je rappelle que contrairement aux journalistes qui ont systématiquement intérêt à privilégier une présentation « scandaleuse » des informations plutôt qu’une information objective, et aux politiques qui ont systématiquement intérêt à dire ce que leurs électeurs ont envie d’entendre plutôt que la vérité scientifique, les véritables scientifiques (dont la vocation est de découvrir la vérité) n’ont en général aucun conflit d’intérêts avec la vérité scientifique et que la présomption de culpabilité sous-tendue par leur obligation de déclaration d’intérêts à savoir « s'il a un vague intérêt financier dans l'affaire IL MENT SUREMENT!!! » insulte profondément tous les vrais scientifiques qui, POUR LE BIEN DE L'HUMANITE, travaillent avec des industriels pour apporter les bienfaits potentiels issus de la science jusqu’aux citoyens.
Si vous avez envie de dépenser 8,90 € pour en savoir plus des élucubrations de Nexus, voici une démonstration du grand complot ourdi une bonne décennie, sinon deux, avant le début de la deuxième étape :
« Il convient d'autre part de se remémorer le fait que le glyphosate et ses déclinaisons ont été mis au point dans l'objectif d'établir une emprise et développer un monopole sur des plantes génétiquement modifiées (PGM), censées contrôler à la fois le commerce, la démographie, la santé des populations en créant une véritable dépendance, des paysans comme des consommateurs. »
Source : Hervé Kempf, peut-être William Engdahl.
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