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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les Néerlandais ferment de force la moitié de leurs exploitations agricoles

16 Janvier 2023 Publié dans #Pays-Bas

Les Néerlandais ferment de force la moitié de leurs exploitations agricoles

 

Amanda Zaluckyj*

 

 

 

 

Ma note : Il me semble que cet article comporte quelques exagérations. Mais il a le mérite de poser la bonne question et de se terminer par de bons conseils.

 

 

Le monde est un endroit cinglé, et ça ne fait qu'empirer. Si vous êtes agriculteur aux Pays-Bas, cette réalité vous touche de près. Le gouvernement du pays envisage de forcer la moitié de ses agriculteurs à mettre la clé sous la porte.

 

 

Bienvenue aux Pays-Bas

 

Remettons cette débâcle dans son contexte. Les Pays-Bas (aussi appelés la Hollande) sont un pays du nord-ouest de l'Europe qui compte moins de 18 millions d'habitants (à titre de comparaison, la population des États-Unis est d'environ 331,9 millions). Sa superficie est à peu près égale à celle du Maryland, avec beaucoup de terres plates et basses.

 

Malgré leur population et leur taille, les Pays-Bas sont le deuxième pays au monde pour les exportations agricoles (les États-Unis occupent la première place). Rien qu'en 2021, ses exportations ont totalisé la somme impressionnante de 105 milliards d'euros. Leurs cultures les plus importantes sont le blé, les cultures fourragères et les pommes de terre. Et, bien sûr, les Néerlandais sont connus pour leur horticulture, notamment les fameuses tulipes.

 

Mais que tout cela soit maudit, car les Pays-Bas ont pour mission de réduire de moitié leurs émissions d'azote d'ici à 2030. Le bilan azoté est le rapport entre l'azote produit par l'agriculture et l'azote utilisé par les exploitations. Le pays présente un bilan azoté deux fois supérieur à celui des autres pays européens, dont la majeure partie provient de l'agriculture. Le gouvernement cherche donc à réduire ces chiffres et à se conformer aux règles de conservation de l'Union Européenne.

 

Les agriculteurs néerlandais font obstacle à cette démarche. Le gouvernement estime qu'il devra fermer 11.200 exploitations. Et au moins 17.600 exploitations devront réduire considérablement leur nombre de têtes de bétail. Il n'est pas surprenant que le secteur agricole soit mécontent de cette décision. Au cours de l'été, les agriculteurs néerlandais ont protesté contre ces objectifs en bloquant des routes, des ponts et d'autres infrastructures, et en faisant généralement du grabuge.

 

Les Pays-Bas vont donc dépenser quelque 25 milliards de dollars pour racheter environ 3.000 agriculteurs et autres grands « émetteurs d'azote ». Et si les agriculteurs ne sont pas intéressés par le rachat ? La ministre néerlandaise de l'azote a déclaré au parlement du pays que les agriculteurs qui résistent seront contraints d'accepter l'argent et de fermer boutique.

 

La plupart de ces mesures visent l'agriculture animale. Le pays élève beaucoup d'animaux, ce qui produit beaucoup de fumier. Une surabondance de fumier peut potentiellement causer des problèmes, comme la pollution de l'eau, la production d'émissions de gaz à effet de serre et la réduction de la biodiversité naturelle. Le gouvernement se concentre donc sur la réduction de la production de viande.

 

 

La fermeture forcée d'exploitations agricoles : une meilleure solution ?

 

Honnêtement, je ne connais pas très bien l'agriculture aux Pays-Bas. Je ne sais donc pas comment ils fonctionnent, s'ils sont ouverts à la technologie et à l'innovation, ni quelle importance ils accordent à la gestion du fumier. Mais d'après ce que j'ai compris d'autres personnes, les Néerlandais sont doués pour la technologie, l'innovation et la modernité. Certaines de leurs exploitations sont restées dans la même famille pendant des siècles, et cela n'arrive que si l'on se soucie de préserver les ressources naturelles. Il ne s'agit donc pas d'une question de durabilité, mais d'une opposition à l'agriculture moderne.

 

Une question en suspens est de savoir quel sera l'impact de ces mesures sur le marché. Certains s'inquiètent d'une éventuelle pénurie de viande et de produits laitiers dans le monde. Je suis toutefois un peu sceptique, car les exploitations agricoles d'autres régions du monde pourraient augmenter leur production pour répondre à la demande. Le problème, c'est que ces fermes pourraient ne pas être situées dans des endroits où l'on se préoccupe de l'environnement. Dans ce cas, les Néerlandais ont-ils vraiment accompli quelque chose d'autre que d'externaliser le « problème » ?

 

C'est la même raison pour laquelle je suis si critique à l'égard de la stratégie « de la ferme à la table » de l'UE. Elle récompense les pays qui réduisent leurs émissions de carbone, quelle que soit la manière dont ils s'y prennent. L'agriculture est une cible facile car elle n'a pas d'impact sur les activités quotidiennes de la plupart des citoyens (contrairement à l'obligation de renoncer à sa voiture ou de ne pas allumer la climatisation). Ainsi, par un tour de passe-passe, ils demandent plus à des endroits comme l'Amérique du Sud, où les agriculteurs ouvrent de nouveaux champs en détruisant la forêt tropicale. Au final, cela ne fait rien pour réduire réellement les émissions de carbone.

 

Je ne vois pas en quoi la fermeture forcée des exploitations agricoles est la solution. Il existe tellement d'autres options, si la surabondance d'azote est votre préoccupation. Le gouvernement pourrait investir ces milliards d'euros dans la recherche et le développement visant à réduire ou à réutiliser l'azote produit. Il pourrait mettre en œuvre des réglementations visant à une utilisation et une gestion appropriées du fumier afin de limiter le ruissellement et la pollution atmosphérique. Ils pourraient développer des chaînes d'approvisionnement leur permettant d'utiliser le fumier comme engrais dans d'autres parties du continent. S'ils veulent vraiment réduire la quantité de bétail dans le pays, ils pourraient utiliser cet argent pour aider les agriculteurs à passer à d'autres types de production.

 

Mais, au lieu de cela, ils ont choisi de détruire les moyens de subsistance, les patrimoines et les héritages des gens. Il doit y avoir une meilleure solution.

 

 

Cela pourrait-il arriver ici ?

 

Par ici, nous aimons penser que rien de tel ne pourrait se produire. Nous ne pouvons pas imaginer que le gouvernement américain ferme de force des fermes. D'une part, nous avons des agences fédérales et d'État solides qui se concentrent sur cette question. Les agriculteurs mettent en œuvre les meilleures pratiques de gestion lorsque cela est possible. Donc j'espère vraiment que ça n'arrivera pas ici. Mais avec le monde aussi loufoque qu'il est, je n'en suis plus si sûre. Les agriculteurs des Pays-Bas ont probablement pensé que cela ne leur arriverait jamais. Et puis c'est arrivé.

 

Alors, que doivent faire les agriculteurs américains pour s'assurer qu'ils ne connaîtront pas le même sort que les agriculteurs néerlandais ? D'abord et avant tout, faire ce qu'il faut dans nos fermes ; utiliser les engrais de manière responsable et mettre en œuvre les meilleurs systèmes de gestion du fumier disponibles. Nous pouvons également être ouverts aux nouvelles technologies, aux pratiques de production et à la science. Engagez le dialogue avec les consommateurs sur les raisons et la manière dont nous gérons ce problème, afin que le sentiment national ne se retourne jamais contre nous. Participez aux conversations sur la gestion de l'azote afin de faire partie de la solution et non du seul problème. Votez pour des candidats favorables aux agriculteurs. Et toujours continuer à s'améliorer.

 

J'ai le cœur brisé de voir ce qui arrive aux agriculteurs néerlandais. Mais cela devrait être une leçon et un avertissement pour l'agriculture partout dans le monde.

 

____________

 

Amanda Zaluckyj blogue sous le nom The Farmer's Daughter USA. Son objectif est de promouvoir les agriculteurs et de lutter contre la désinformation qui tourbillonne autour de l'industrie agroalimentaire américaine.

 

Source : The Dutch Are Forcibly Shuttering Half Their Farms - The Farmer's Daughter USA (thefarmersdaughterusa.com)

 

 

Extrait d'un commentaire de Mme Heather Hansen

 

« […]

 

J'ai étudié l'agriculture à la Landbouwhogeschool, à Wageningen, dans les années 1980. C'est l'une des meilleures écoles d'agriculture au monde et elle a beaucoup fait pour faire progresser l'agriculture dans le monde. À l'époque, la politique du gouvernement néerlandais empêchait pratiquement les agriculteurs de faire faillite, tant la production alimentaire était importante. Même à cette époque, les gens se souvenaient de la Seconde Guerre Mondiale et de la faim qu'ils avaient connue. Le plan Marshall américain a permis de construire des écoles professionnelles agricoles et un service de vulgarisation dans tout le pays. Le gouvernement a juré qu'il ne laisserait pas son peuple souffrir à nouveau de la faim. Comme les temps ont changé !

 

Les fromages Gouda et Edam sont connus dans le monde entier. Le yaourt, le fromage et le jambon sont des aliments de base consommés quotidiennement aux Pays-Bas. Le petit-déjeuner le plus courant est le pain avec du beurre et du fromage. Le déjeuner le plus courant est un sandwich au jambon et au fromage (broodje met ham en kaas). Comment ces aliments sont-ils passés du statut de produit de base à celui de produit à bannir ?

 

Nourrir les gens devrait toujours passer en premier. Merci d'avoir abordé ce sujet important. »

 

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D
Le raisonnement des autorités hollandaises et européennes est que , de toute façon, la production se fera ailleurs.<br /> Mais pouvons nous compenser les baisses de la production de porc, de lait des hollandais? Pas en France, ni en Allemagne ni au DK. Europe de l'est? avec la peste porcine devenue endémique?<br /> En Ukraine (fort potentiel en porc, moins en lait).<br /> Logiquement, l'Europe verra ses importations augmenter, comme si la crise de l'énergie n'avait servi à rien.<br /> Il faut appeler un chat, un chat: nos politiques sont de gros débiles avec une vision stratégique de myope.
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M
C'est du malthusianisme pur sucre. C'est également un grand bond en avant à la chinoise.<br /> Et puis aussi une énorme connerie.<br /> Et on va tous le payer cher en Europe.
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J
Et l'horticulture qui ne sert à rien , en tout cas pas à nourrir les gens, pourquoi ne s'y attaquent ils pas???
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P
azote ou carbone? confusion ,? problème de traduction ?
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Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre question.<br /> <br /> C'est bien "carbone" qu'elle a écrit. Et cela fait sens, notamment à la lumière de la dernière phrase du paragraphe.<br /> <br /> Il va de soi que réduire les émissions d'azote est aussi un objectif... et qu'on s'y prend parfois sous la forme d'un transfert des émissions ailleurs... réduire la production de porc aux Pays-Bas pour l'augmenter dans d'autres Etats membres de l'Union Européenne...