Désinformation sur les OGM au Kenya
Joseph Maina*
On dit qu'un mensonge peut parcourir la moitié du monde avant que la vérité ne mette ses chaussures. À peine l'encre de la directive du cabinet ministériel du Kenya levant l'interdiction portant sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), vieille de 10 ans, avait-elle séché que les activistes anti-OGM ont donné l'assaut, dénigrant les OGM à tout bout de champ.
Qu'il s'agisse de politiciens ou de groupes de la société civile, les militants anti-OGM ont saisi toutes les occasions possibles pour exprimer leur opposition à la technologie et minimiser ses avantages, alors même que le gouvernement et d'autres parties prenantes, dont l'Alliance pour la Science, cherchent à rassurer le public kenyan en affirmant que la levée de l'interdiction avait pour objectif de contribuer au bien général du pays.
Il est cependant clair que le lobby anti-OGM n'hésite pas à déployer des mensonges occasionnels, des doses d'hyperbole, des saupoudrages de demi-vérités ou des déformations pures et simples des faits pour faire avancer ses objectifs néfastes. Voici huit exemples marquants de désinformation sur les OGM, apparus juste après la levée de l'interdiction des OGM par le gouvernement, et nous allons voir pourquoi ces allégations sont fausses.
Dans un article de The Elephant, Claire Nasike, militante anti-OGM, affirme que les OGM menaceraient la souveraineté alimentaire et semencière en « maintenant les agriculteurs dans des cycles d'endettement qui réduisent leur capacité à produire davantage de nourriture pour la consommation ».
Elle affirme que la levée de l'interdiction des OGM exposerait les agriculteurs aux « prix exorbitants » des semences génétiquement modifiées, prévoyant que les agriculteurs – dont la plupart sont de petits exploitants – seraient enfermés dans des cycles d'endettement pour tenter de payer des semences qui ont elles-mêmes été acquises grâce à des prêts.
Il est préférable de replacer l'économie de l'accès aux semences par les petits exploitants au Kenya dans son contexte, le cotonnier Bt servant probablement de meilleur exemple empirique.
Deux ans après que le Kenya a approuvé la culture commerciale du cotonnier Bt, les agriculteurs ne se sont guère inquiétés de la disponibilité des semences ou de la perte de contrôle au profit de forces extérieures, comme on le prétend.
Certes, les semences de cotonnier Bt coûtent plus cher que les semences de cotonnier conventionnelles, mais il est prouvé que leur coût est compensé par les coûts d'intrants relativement plus faibles et, en fin de compte, par les rendements plus élevés obtenus avec la culture du cotonnier Bt. Les producteurs de coton du pays ont admis par le passé que, malgré le coût plus élevé des semences de cotonnier Bt, « les bénéfices en valent la peine si la culture est bien gérée ».
Il est également un fait que les semences certifiées (non OGM) ont toujours coûté plus cher au Kenya, mais cela n'a pas entraîné les inconvénients envisagés par l'activiste. Alors pourquoi les semences GM se comporteraient-elles différemment ?
L'affirmation selon laquelle les semences GM seraient facturées à des prix « exorbitants » serait donc exagérée, tout comme l'affirmation selon laquelle les semences GM condamneraient les petits exploitants à des cycles d'endettement.
Il s'agit là d'un exemple couramment utilisé dans la rhétorique anti-OGM sur le continent, souvent juxtaposé à des variables mal assorties, et les développements au Kenya ont fourni une telle occasion.
L'activiste Claire Nasike prétend que la même variété de cotonnier Bt adoptée au Burkina Faso a été adoptée au Kenya, ce qui implique que les hoquets qui se sont ensuivis dans le pays de l'Afrique de l'Ouest devraient s'abattre sur le Kenya avec les mêmes conséquences.
L'argument adopte une approche simpliste en transposant les facteurs de l'expérience d'un pays à un autre sans tenir compte de tous les déterminants contextuels sous-jacents.
Le Burkina Faso a introduit la culture du cotonnier Bt en 2008, mais l'a abandonnée en 2015 à la suite d'inquiétudes concernant la qualité et la longueur de la fibre du coton, dont les prix étaient plus bas. La raison de ces résultats décevants était que les développeurs avaient modifié une variété qui n'était pas adaptée à une production généralisée.
Mais il ne faisait aucun doute que le cotonnier Bt était le résultat d'une technologie de sélection supérieure. Les agriculteurs avaient vu leurs rendements et leurs revenus augmenter pendant la période de culture du cotonnier Bt, et la pollution par les pesticides avait été considérablement réduite. Même les ligues anti-OGM ont dû concéder cette réalité.
Les experts ont noté qu'il existe d'autres variétés de cotonnier Bt dont la fibre est d'excellente qualité, égale ou supérieure à celle des variétés conventionnelles, et que l'échec au Burkina Faso est dû au fait que les semences Bt n'ont pas été suffisamment rétrocroisées avant leur commercialisation.
« Le trait Bt n'a pas été incorporé dans les meilleures lignées », note l'AUDA-NEPAD. « La Compagnie Nationale des Semences et Monsanto (aujourd'hui Bayer) sont conscients du problème et s'efforcent de le résoudre ».
Les agriculteurs du Burkina Faso ont été particulièrement touchés par la décision d'éliminer progressivement le cotonnier Bt, après avoir bénéficié des marges de production et des revenus plus élevés réalisés dans le cadre de la culture du cotonnier GM.
S'adressant à l'Alliance, le président de l'Union des Producteurs de Coton du Burkina Faso, François Traoré, avait déclaré : « Tous les agriculteurs qui ont de l'expérience avec le cotonnier Bt regrettent le passage du cotonnier Bt au cotonnier conventionnel ... mais ils sont impuissants et espèrent que le gouvernement va les écouter »
Les lobbyistes anti-OGM ont souvent jeté l'opprobre sur les capacités des mécanismes de réglementation nationaux à superviser efficacement les OGM dans leurs juridictions respectives. Il s'agit d'une attitude courante dans les pays africains.
Au Nigeria, par exemple, les groupes civils opposés aux OGM ont par le passé minimisé la capacité de l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité (NBMA – National Bio-safety Management Agency) à remplir son mandat, ce que la NBMA a réfuté.
Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que cela se produise au Kenya. Des formations militantes locales se sont également fait l'écho de cette accusation, mettant en doute la capacité de l'Autorité Nationale de Biosécurité (National Biosafety Authority) à réglementer les OGM.
Mais divers experts locaux ont affirmé que le Kenya avait la capacité de réglementer efficacement les OGM.
En outre, l'AUDA-NEPAD assure que tous les organismes de réglementation de la biosécurité des pays africains impliqués dans la biotechnologie disposent de comités consultatifs scientifiques composés de scientifiques hautement qualifiés formés dans les domaines pertinents de la biotechnologie et de la biosécurité dans des universités renommées en Afrique et à l'étranger.
« Les comités examinent toutes les demandes de biotechnologie dans leur pays et formulent des recommandations à l'intention des organismes de réglementation afin qu'ils puissent prendre des décisions en connaissance de cause », indique l'Agence.
La coalition politique d'opposition Azimio la Umoja One Kenya Alliance, dans une déclaration largement diffusée, a jeté des doutes sur la sécurité des OGM et a exhorté le gouvernement à revoir sa décision.
« La science a révélé des zones d'ombre en ce qui concerne la sécurité de la consommation d'OGM », peut-on lire dans une déclaration de la coalition. « Cela pose un grave défi au système de santé déjà émacié sur le long terme ».
De nombreux organismes crédibles et faisant autorité ont affirmé la sécurité des OGM, avec l'assurance que les OGM sont soumis à des réglementations rigoureuses qui certifient leur sécurité pour l'utilisation humaine.
« Les aliments génétiquement modifiés actuellement disponibles sur le marché international ont passé les évaluations de sécurité et ne sont pas susceptibles de présenter des risques pour la santé humaine. En outre, aucun effet sur la santé humaine n'a été démontré à la suite de la consommation de ces aliments par la population générale dans les pays où ils ont été approuvés », déclare l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Dans l'ensemble, Ledama est un orateur astucieux et érudit sur de multiples questions touchant ses électeurs de Narok et le pays en général. Il est une figure visible et influente dans les principaux médias kenyans. Mais sur les OGM, le sénateur a, à plusieurs reprises, raté la cible de très loin.
« Disons tous non aux OGM. Nous ne voulons pas que les enfants naissent avec 15 doigts », a-t-il lancé.
Le sénateur n'a cité aucune donnée scientifique montrant que la consommation d'OGM entraînerait la naissance d'enfants à plusieurs membres. Il n'a pas non plus fourni d'exemples d'un tel phénomène.
Cette affirmation est apparue avec force après la levée de l'interdiction, l'idée étant qu'en adoptant les OGM, les Kenyans céderaient effectivement le contrôle de leur agriculture à de puissantes multinationales qui en dicteraient les conditions.
Il est important de noter que, malgré la levée de l'interdiction, les agriculteurs kenyans continuent de jouir de la même liberté qu'avant de choisir les variétés qu'ils souhaitent semer. Les semences GM seront mises à la disposition des agriculteurs volontaires, qui auront toute latitude pour décider de semer des OGM ou des variétés conventionnelles.
La même liberté s'étendra aux consommateurs, qui choisiront entre les OGM et les variétés conventionnelles en suivant les directives d'étiquetage obligatoire qui permettront au public de distinguer les deux catégories.
L'affirmation selon laquelle les OGM ne sont pas nécessaires est manifestement fausse au vu de la situation actuelle de sécheresse qui touche des millions de personnes dans la Corne de l'Afrique, notamment au Kenya, en Somalie et en Éthiopie. Une situation qui appelle des variétés de plantes plus résistantes.
Le Kenya est en proie à la pire sécheresse qu'ait connue le pays en quarante ans, ce qui a entraîné des pertes massives de récoltes et des pénuries alimentaires catastrophiques dans de nombreuses régions.
La décision du gouvernement de lever l'interdiction des OGM fait partie des réponses à moyen et long terme à la sécheresse. Elle s'inscrit dans le cadre de mesures plus larges qui redéfiniront de manière significative l'agriculture du pays grâce à l'adoption de cultures tolérant la sécheresse et résistant aux parasites et aux maladies.
Un exemple notable est le maïs, dont la production a été considérablement affectée par la chenille du légionnaire d'automne (FAW Fall Armyworm), qui a été signalée pour la première fois en 2017 et a entraîné des pertes massives de rendements et de revenus.
Les scientifiques de l'Organisation Kényane de Recherche sur l'Agriculture et l'Élevage (KALRO – Kenya Agricultural and Livestock Research Organisation) ont travaillé sur une variété de maïs Bt dans le cadre du projet Maïs Efficace pour l'Eau pour l'Afrique (WEMA – Water Efficient Maize for Africa), qui s'est avéré résister à l'invasion de la FAW et ainsi épargner des pertes aux agriculteurs. Des travaux similaires ont été entrepris pour développer des variétés de manioc résistantes à des maladies.
Un examen plus approfondi du dialogue en cours sur le sujet révèle qu'un nombre croissant de personnes reconnaissent que les OGM ont un rôle à jouer dans l'amélioration de la productivité agricole et dans l'indispensable résilience aux aléas climatiques.
Des entretiens avec des agriculteurs confrontés au défi des ravageurs et des maladies des cultures ont également révélé que les agriculteurs étaient impatients de voir l'interdiction levée afin que s'ouvre la voie aux variétés de plantes GM qui promettent de meilleurs rendements et revenus.
Dans une interview télévisée, quelques jours seulement après l'interdiction, M. Moses Kuria, Secrétaire de Cabinet (CS) au Ministère des Investissements, du Commerce et de l'Industrie, a exhorté les Kenyans à se débarrasser des réserves qu'ils pouvaient avoir à l'égard des OGM.
Le Secrétaire de Cabinet (CS) les a assurés que les OGM sont une option sûre et viable pour la sécurité alimentaire du Kenya, tout en notant que les OGM ont été utilisés par de nombreux autres pays sans effets indésirables.
Le CS a également révélé que le Kenya a perdu des opportunités commerciales intéressantes dans le passé en raison de l'interdiction des OGM.
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* Source : Misinformation on GMOs in Kenya – Alliance for Science (cornell.edu)
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