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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM, Pesticides : Des outils écologiques que les écologistes devraient adorer

12 Novembre 2022 Publié dans #OGM, #Pesticides, #Activisme

OGM, Pesticides : Des outils écologiques que les écologistes devraient adorer

 

Cameron English*

 

 

Image : martinvickery via Pixabay

 

 

Contrairement à ce qu'affirment les groupes militants et les journalistes, des recherches récentes ont montré que les cultures génétiquement modifiées et les pesticides qui leur sont souvent associés présentent des avantages environnementaux impressionnants.

 

 

Il y a près de trente ans, des groupes d'activistes ont commencé à faire toutes sortes de prédictions troublantes sur les dangers de la culture de plantes génétiquement modifiées (GM). L'une de leurs prévisions les plus inquiétantes concernait la possibilité que ces plantes bidouillées accélèrent l'utilisation de pesticides.

 

« Pendant des décennies, les agriculteurs conventionnels ont été piégés sur un "tapis roulant de pesticides" », affirme le Pesticide Action Network (PAN). « Les semences génétiquement modifiées brevetées sont conçues pour être utilisées avec des pesticides spécifiques, ce qui entraîne une utilisation accrue de ces produits chimiques. Et l'application généralisée de ces pesticides conduit à l'émergence de "super mauvaises herbes" résistantes aux herbicides [...] »

 

Les scientifiques ont amassé une montagne de preuves sur les impacts environnementaux de la culture de plantes génétiquement modifiées. À la lumière de ces recherches, les prédictions des activistes se sont-elles vérifiées ? Selon une étude qui vient d'être publiée, il est temps pour les gens du PAN de trouver un nouvel emploi, car ils ne peuvent certainement pas prévoir l'avenir.

 

L'économiste Graham Brookes a étudié la littérature existante évaluée par des pairs, puis a analysé « les changements au niveau des cultures et des pays dans les pratiques agricoles, de lutte contre les parasites, maladies et mauvaises herbes, ainsi que les données sur l'utilisation des pesticides ». Conclusion ? Entre 1996 et 2020,

 

« [L]'utilisation généralisée de la technologie des semences GM résistantes à des insectes et tolérantes à des herbicides a permis de réduire l'application de pesticides de 748,6 millions de kg (- 7,2 %) de matières actives et, par conséquent, de diminuer l'impact environnemental associé à l'utilisation d'insecticides et d'herbicides sur ces cultures [...] »

 

Ces résultats confirment une fois de plus que les groupes environnementaux ne comprennent pas les technologies auxquelles ils s'opposent. Une analyse nuancée exige que nous tenions compte des risques et des avantages de l'utilisation des pesticides. Le PAN et ses alliés exagèrent les premiers tout en ignorant les seconds, c'est pourquoi ils obtiennent systématiquement une mauvaise réponse.

 

 

Des « super mauvaises herbes » pas si super que ça

 

Les mauvaises herbes résistantes à des herbicides constituent une menace réelle pour la productivité agricole, comme le PAN l'a correctement expliqué. On estime que 56 espèces de mauvaises herbes ont développé une résistance au glyphosate, dont 17 ont été trouvées aux États-Unis. Personne ne nie que certains agriculteurs sont devenus trop dépendants de l'herbicide. Mais, comme M. Brookes l'a dit à l'ACSH par courriel, « deux mots sont très importants ici : "contexte" et "relatif" ».

 

Comme tous les organismes vivants, les mauvaises herbes s'adaptent à leur environnement ; elles peuvent souvent prospérer dans des conditions défavorables, se propager sur de grandes distances et développer une résistance aux herbicides après une exposition répétée**. Ce n'est pas un problème créé par l'industrie – c'est l'évolution. Tous les agriculteurs, quel que soit le système de production qu'ils utilisent, luttent contre les robustes mauvaises herbes.

 

La bonne nouvelle est que les agriculteurs, les malherbologistes et les fabricants de pesticides sont des acteurs rationnels qui ont intérêt à s'attaquer au problème. Les groupes militants ont tendance à supposer que les agriculteurs utilisent un produit chimique jusqu'à ce qu'il cesse d'être efficace, ce qui incite les entreprises à développer un nouvel herbicide, que les agriculteurs utilisent jusqu'à ce qu'il cesse d'être efficace – lavage, rinçage, nouveau cycle... Mais ce n'est pas le cas. Selon M. Brookes :

 

« Lorsque les agriculteurs utilisant la technologie des cultures GM HT [génétiquement modifiées, tolérantes à un herbicide] ont été, et sont, confrontés à des mauvaises herbes résistantes au glyphosate, il leur est conseillé d'être proactifs et d'inclure d'autres herbicides (avec des modes d'action différents et complémentaires) en combinaison avec le glyphosate et, dans certains cas, d'adopter des pratiques culturales telles que le labour dans leurs systèmes de gestion intégrée des mauvaises herbes. »

 

Nous savons que les producteurs ont ajusté leurs pratiques de gestion des mauvaises herbes sur la base de ces conseils, en raison des changements documentés dans les habitudes d'utilisation des herbicides. Les agriculteurs utilisent couramment différents herbicides d'une saison à l'autre, par exemple, ou mélangent en cuve différents produits chimiques ayant des modes d'action uniques. Ces deux pratiques réduisent la probabilité que les mauvaises herbes développent une résistance à un herbicide donné. Combinés à d'autres stratégies, M. Brookes a noté que ces changements dans l'utilisation des désherbants

 

« [...] reflètent le programme plus large de développement de stratégies plus intégrées de contrôle des mauvaises herbes dans toutes les formes de systèmes de culture [...] afin de minimiser et de ralentir le potentiel de résistance des mauvaises herbes à toute forme de contrôle des mauvaises herbes pratiquée. »

 

Voici un seul point de données qui vient étayer cette conclusion. Au cours des six dernières années environ, l'utilisation du glyphosate a augmenté à un rythme plus lent par rapport à l'utilisation d'autres herbicides. Comme le dit M. Brookes, en 2016, « le glyphosate représentait une part plus faible de l'utilisation totale de matières actives sur les cultures GM HT (63 %) qu'en 1998, où il représentait 82 % de l'utilisation totale de matières actives. » Cette tendance s'est poursuivie en 2020

 

« [...] avec la disponibilité d'options supplémentaires pour le contrôle des mauvaises herbes via des variétés GM HT tolérantes à d'autres herbicides. La quasi-totalité de la nouvelle technologie de semences GM HT utilisée est tolérante au glyphosate et à d'autres herbicides plutôt que d'être tolérante uniquement à d'autres herbicides. »

 

Les chercheurs développent également des produits chimiques moins toxiques que les mauvaises herbes auront du mal à surmonter. Le PAN et d'autres groupes anti-pesticides s'opposent presque universellement à l'introduction de ces nouveaux produits. C'est une position étrange pour eux si vous y réfléchissez. L'utilisation d'une variété d'herbicides différents permet d'atténuer l'évolution des mauvaises herbes, et pourtant les militants qui se plaignent des « super mauvaises herbes » ne veulent pas de ces outils sur le marché. On pourrait vous pardonner de penser qu'ils ne veulent pas vraiment résoudre les problèmes dont ils se plaignent.

 

 

Conclusion

 

Lorsque nous faisons un zoom arrière et que nous prenons en compte quelques autres variables, le récit des activistes implose indéniablement. Des recherches récentes ont également montré que la culture de plantes génétiquement modifiées a permis de réduire les émissions de CO2 de l'agriculture de 23.631 millions de kilogrammes et d'augmenter les revenus agricoles de 261,3 milliards de dollars sur la même période de 1996 à 2020.

 

On ne saurait trop insister sur ce point : des pratiques de culture rentables contribuent à protéger notre planète. La description de l'« agriculture industrielle » comme une entreprise avide, à courte vue et sans souci de durabilité est un mythe écologiste. Les agriculteurs et les fabricants de pesticides sont-ils des anges désintéressés ? Bien sûr que non ; ils veulent faire le plus d'argent possible. Mais pour y parvenir, ils doivent utiliser judicieusement des pesticides chimiques et d'autres intrants.

 

Aussi choquant que cela puisse paraître à certains observateurs, les agriculteurs comprennent cette réalité économique bien mieux que les militants progressistes ayant un intérêt particulier à défendre.

 

______________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : 'GMOs,' Pesticides: Earth-Friendly Tools Environmentalists Should Love | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

** Ma note : Les plantes ne « développent » pas une résistance quand elles sont exposées à des herbicides, comme on peut le dire par facilité de langage. L'acquisition d'une résistance est un événement fortuit, l'herbicide conférant un avantage sélectif aux plantes devenues résistantes et leur permettant de prospérer au détriment des plantes sensibles, qui sont détruites. L'herbicide n'induit pas une modification génétique, mais la révèle.

 

Une autre erreur commune consiste à croire – ou, pour les activistes, à faire croire – que « la plante X est devenue résistante à l'herbicide Y » signifie que toutes les plantes de cette espèce sont devenues résistantes. La phrase signifie que des plantes résistantes sont apparues en un lieu donné.

 

Les résistances se gèrent préventivement et, le cas échéant, curativement quand cela est possible par la diversification des stratégies de lutte contre les mauvaises herbes, y inclus les rotations des cultures.

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