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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs et les protecteurs de la nature parlent-ils des langues différentes ?

27 Novembre 2022 Publié dans #Divers

Les agriculteurs et les protecteurs de la nature parlent-ils des langues différentes ?

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Je rentre actuellement d'un atelier organisé par le BfN [Bundesamt für Naturschutz – Office Fédéral de Protection de la Nature]. Voici un petit extrait de la conférence que j'y ai donnée. [L'article d'origine est du 17 novembre 2022.]

 

 

Parlez-vous chinois ? Savez-vous lire les caractères ? Probablement pas, et c'est aussi mon cas. Je sais bien que les signes signifient quelque chose, mais comme ils sont si fondamentalement différents des signes et des langues occidentales, je ne peux même pas deviner de quoi il s'agit.

 

Ce n'est pas aussi grave avec les agriculteurs et les défenseurs de la nature. C'est plutôt comme l'allemand et le néerlandais : les langues sont très proches, certains mots sont les mêmes, on peut deviner de quoi il s'agit en écoutant, mais je ne peux pas non plus vraiment suivre une conversation.

 

Voilà pour la différence de langue. Mais le problème de la communication entre les agriculteurs et les protecteurs de la nature commence, selon mon expérience, bien avant. Il n'y a guère d'endroits ou d'occasions où les agriculteurs et les protecteurs de la nature se rencontrent. Je vais vous donner un exemple.

 

Nous avons une exploitation agricole dans la baie de Cologne-Aix-la-Chapelle. Nous avons d'excellents sols de loess, sur lesquels tout pousse. Du point de vue des protecteurs de la nature, nous avons des « paysages dégagés » et je dis aux visiteurs d'autres régions du monde que chez nous « la plus haute plante qui fait de l'ombre est la betterave sucrière ».

 

Le thème de la protection de la nature, chaque agriculteur le rencontre le plus facilement dans les paiements de l'UE. Pour satisfaire aux règles de la conditionalité, nous avons jusqu'à présent choisi d'implanter des cultures intermédiaires. Celles-ci reçoivent certes le moins de « points », mais comme nous avons toujours semé des cultures intermédiaires jusqu'à présent, c'était pour nous le moyen le plus simple. Les exploitations un peu plus grandes ont également choisi la « rotation diversifiée » ou encore la culture de légumineuses. Sur notre exploitation de 40 hectares (en coopération avec le voisin, cela fait environ 90 hectares), ce serait très morcelé. Nous avons également essayé la féverole, le tournesol et, à petite échelle, le soja. Et nous y avons renoncé.

 

 

Contacts avec les protecteurs de la nature

 

Voici Monsieur K., de G. Il est employé par l'autorité locale responsable des paysages. Sa voiture est connue de tous les agriculteurs du district, car c'est lui qui se déplace constamment dans les champs pour effectuer des contrôles. Comme on peut s'en douter, il n'est pas très apprécié, ce qui le stimule. J'ai eu plusieurs expériences avec lui, je vais en décrire une brièvement.

 

Lors d'une tempête en automne, un peuplier géant est tombé d'un remblai de chemin de fer désaffecté sur nos betteraves sucrières. Comme les betteraves devaient être arrachées quelques jours plus tard, notre fils et moi avons entrepris de retirer la couronne de l'arbre du champ de betteraves. Nous avons chargé le bois sur une remorque et l'avons ramené à la maison. L'opération a duré environ trois heures et nous a coûté beaucoup de sueur. Quelques jours plus tard, nous avons reçu un appel de Monsieur K. nous demandant si nous savions qui avait retiré la couronne de notre champ. Lorsque nous lui avons répondu que c'était nous, il nous a fait savoir qu'il renonçait cette fois encore à porter plainte pour vol. Lorsque nous lui avons demandé si nous devions éventuellement enlever le tronc qui se trouvait encore à côté de notre champ, il a répondu par la négative. Ce tronc serait laissé à la nature et devrait naturellement pourrir.

 

Dans un autre cas, il nous a envoyé le service des déchets de l'arrondissement parce que nous avions entassé des branches et des feuilles en un tas de compost à côté de la propriété d'une dame située à côté d'un petit bois. En discutant avec la dame pour faire comprendre pourquoi il s'agissait de déchest, elle a surtout été gênée par les branches. Pour les feuilles, c'était bon, elles appartenaient à une forêt. Nous nous sommes mis d'accord sur le fait que nous allions mettre petit à petit le compost dans notre champ. L'affaire était ainsi réglée.

 

Pourquoi je raconte ça ? Parce que je me sens désormais persécuté par Monsieur K., et je ne suis pas le seul, mon collègue professionnel est dans le même cas. Vous comprendrez que de telles expériences ne favorisent pas la volonté de faire du bénévolat pour la protection de la nature.

 

 

Dois-je comprendre cela ?

 

Un ruisseau passe devant notre ferme. Des ragondins vivent dans le talus. Une partie du talus a glissé et le ruisseau s'est mis à méandrer. Lorsque j'appelle le syndicat des eaux compétent, il m'informe que je dois accepter sans compensation la perte de mon pâturage, car cette renaturation naturelle est voulue. S'il me venait à l'idée de remettre le talus dans son état initial, je devrais m'attendre à payer une amende. Un de mes collègues, qui a dû déplorer la perte de 80 ares de betteraves sucrières à cause des castors, a reçu une réponse similaire. Il s'agissait ici d'un préjudice de plusieurs milliers d'euros. A ma connaissance, une indemnisation n'est prévue pour le castor qu'en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg, mais la plupart du temps, le budget ne suffit pas à couvrir les dégâts. Le fait que les agriculteurs fassent toujours l'expérience, en cas de dommages causés par des animaux protégés, de devoir s'asseoir sur leurs pertes n'encourage pas vraiment une communication positive.

 

 

Une expérience très positive !

 

Mais il existe une autre solution : dans notre commune, il y a un endroit où l'on trouve des hamsters d'Europe. J'en ai d'abord entendu parler dans le journal, puis j'ai reçu une invitation de la station biologique de l'arrondissement de Neuss, une association enregistrée. On m'a demandé si je ne voulais pas participer à la promotion du hamster.

 

« On peut toujours écouter », me suis-je dit, comme l'ont pensé de nombreux autres collègues. Et nous voulions aussi savoir ce qu'il en était du hamster. M. Stevens, le directeur de la station biologique, est un biologiste diplômé, une personne très calme et équilibrée. Lors de cette première réunion, il nous a expliqué où en était le hamster et ce qui avait été imaginé pour augmenter à nouveau sa population. Toutes ces mesures étaient conçues de manière à ce que nous, les agriculteurs, puissions les mettre en œuvre avec des moyens simples. Cela a finalement conduit à ce que presque tous les agriculteurs de la région participent au programme. La compensation financière pour notre travail était très raisonnable ; l'idée que nous faisions quelque chose de positif, et qui plus est dans une communauté plus large, était bien plus importante pour nous. C'est ainsi que je suis devenu un « agriculteur hamsters » avec des « terres en attente de hamsters ». Car jusqu'à présent, le hamster ne s'est pas encore installé sur mes terres.

 

Pourquoi je raconte cela : M. Stevens nous a tout simplement convaincus par son attitude impassible et réservée. Il ne nous a pas fait de reproches concernant le recul du hamster, nous avons réfléchi ensemble aux causes possibles de ce recul et avons trouvé quelques pistes.

 

Lors de la mise en œuvre des mesures de promotion du hamster, il y a eu aussi quelques pannes. M. Stevens a tout de suite trouvé une alternative ; et là aussi, pas de reproches, cela peut arriver, continuez.

 

 

Des entreprises qui font de l'argent avec la protection de la nature

 

Ensuite, il y a les expériences avec les ONG comme NABU, BUND, WWF et autres protecteurs de la nature et de l'environnement à but commercial. On se rencontre de temps en temps sur Twitter ou Facebook, mais j'ai aussi cherché le contact direct dans le passé et j'ai réalisé quelques interviews pour mon deuxième livre. Un débat très positif entre le Pr Weiger du BUND et moi-même a été reproduit par le magazine top agrar. J'ai invité M. Tumbrinck de la NABU à venir chez moi à la ferme et nous avons eu une conversation très animée. Mme Wilhelm du WWF a été un peu insistante. Ce qui me frappe, c'est qu'au cours d'un entretien direct, on fait généralement preuve de compréhension pour ma situation personnelle d'agriculteur. La conversation se déroule alors à peu près comme suit : « Nous n'avons rien contre vous, mais la manière dont l'agriculture est pratiquée aujourd'hui doit changer de toute urgence. Et oui, la transformation de l'agriculture doit bien sûr être soutenue par la société. Nous n'avons plus de temps à perdre et la transformation doit commencer si possible immédiatement. La crise climatique, la crise de la biodiversité, la disparition des espèces, les insectes, la crise alimentaire, nous devrions tous manger moins de viande, mais nous avons besoin de l'engrais organique, le nombre d'animaux doit baisser, le glyphosate doit être interdit, nous avons besoin de plus de bio, il ne faut pas opposer les crises entre elles. Et nous ne devons pas jeter autant de choses. » Je suis toujours assommé par ces discussions, car il y a tant de conflits d'objectifs dans ces différentes revendications qui ne sont pas résolus. Mais ce n'est pas un problème pour les représentants des ONG, seulement pour moi.

 

Ce que j'essaie de faire comprendre aux citoyens : nous, les agriculteurs, pouvons tout faire. Nous pouvons produire des denrées alimentaires, nous pouvons protéger la nature, nous pouvons protéger le climat, nous pouvons assurer le bien-être des animaux. Mais nous ne pouvons faire tout cela que si nous sommes payés pour ce que les citoyens souhaitent. Et c'est là que je reviens à la Commission Avenir de l'Agriculture : il ne suffit pas de vouloir quelque chose. Si elle n'est pas mise en œuvre, elle ne sert à rien.

 

 

Perspective et sécurité de planification

 

Pour terminer, je voudrais encore tordre le cou à un préjugé. Dans des discussions comme celle-ci, on nous reproche souvent, à nous les agriculteurs, de ne pas être prêts au changement. Cela m'agace, car depuis plus de 40 ans que je suis agriculteur, nous avons constamment dû faire face à des changements. Qu'il s'agisse de décisions politiques ou du climat changeant : celui qui n'a pas changé n'existe plus aujourd'hui. Mais voici ce que nous ne pouvons pas faire : transformer notre exploitation après chaque législature.

 

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Source : Sprechen Bauern und Naturschützer unterschiedliche Sprachen? - Bauer Willi

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