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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le New York Times attaque un grand scientifique et sa crédibilité [du NYT] s'en ressent

22 Novembre 2022 Publié dans #critique de l'information

Le New York Times attaque un grand scientifique et sa crédibilité [du NYT] s'en ressent

 

Cameron English*

 

 

Image : pixel2013 via Pixabay

 

 

Le New York Times a de nouveau attaqué un scientifique intègre sur la base d'affirmations faites par des groupes activistes maniant la duplicité. Cet épisode illustre pourquoi la confiance du public dans les médias est en chute libre.

 

 

La confiance du public dans les médias est proche de son plus bas niveau historique. Seuls 7 % des Américains ont « une grande » confiance dans les médias, et 27 %, « une assez grande confiance », a indiqué Gallup le 18 octobre 2022. « Pendant ce temps, 28 % des adultes américains disent ne pas avoir beaucoup de confiance et 38 % n'en ont aucune dans les journaux, la télévision et la radio. »

 

Pourquoi tant de gens ont-ils si peu confiance dans les journalistes ? Les explications sont multiples : le public ne sait pas comment naviguer dans les journaux, il y a trop peu de couverture de l'actualité locale, trop peu de gens font confiance aux vérificateurs de faits lorsqu'ils parcourent les gros titres, etc. Aucune de ces réponses ne permet de cerner le véritable problème : les journalistes sont manifestement incompétents et idéologiques. Ils n'ont pas la confiance du public parce qu'ils en ont abusé pendant des années.

 

 

Un autre article à charge

 

Prenons l'exemple de ce récent article en première page du New York Times [derrière un péage] : « He’s an Outspoken Defender of Meat. Industry Funds His Research, Files Show » (C'est un défenseur de la viande qui ne mâche pas ses mots. L'industrie finance ses recherches, selon les dossiers). L'exposé visait le Dr Frank Mitloehner, un spécialiste de la qualité de l'air à l'Université de Californie, à Davis. Le Times veut que vous sachiez que les travaux de Mitloehner sont financés par des « intérêts agricoles » qui tentent de détourner la responsabilité du changement climatique  

 

« Selon des documents internes de l'Université de Californie examinés par le New York Times, le groupe universitaire du Dr Mitloehner, le Clear Center de l'UC Davis, reçoit la quasi-totalité de son financement de dons de l'industrie et se coordonne avec un important groupe de pression du secteur de l'élevage pour les campagnes de communication. »

 

Il n'est pas nécessaire de réfuter les allégations de l'article ; cela a déjà été fait. Le Clear Center a toujours divulgué ses financements industriels. M. Mitloehner a également répondu à l'article, expliquant que son équipe de recherche utilise les subventions pour concevoir des solutions permettant de « réduire l'empreinte environnementale de l'agriculture animale ». Nous avons discuté de certains de ces travaux impressionnants dans des articles récents. D'autres scientifiques ont souligné qu'aucun des travaux du Clear Center ne s'écarte du consensus scientifique sur le changement climatique.

 

Ce que nous allons faire ici, c'est comparer le coup du Times sur Mitloehner à un article tout aussi fallacieux qu'il a publié en 2015, attaquant le Dr Kevin Folta, un généticien des plantes à l'Université de Floride, comme un lobbyiste de l'industrie biotechnologique. Les noms et les dates ont été changés, mais l'article récent était essentiellement un clone de l'article précédent, jusqu'à une structure de phrase identique dans certains cas.

 

 

La tactique des « documents de l'industrie »

 

Les deux articles tentent de faire croire que Folta et Mitloehner sont secrètement de mèche avec les entreprises, Folta avec Monsanto et Mitloehner avec le « lobby du bétail ». Voici comment le journaliste Eric Lipton a formulé l'histoire de Folta en 2015 :

 

« Les manœuvres de Monsanto [...] sont détaillées dans des milliers de pages de courriels qui ont d'abord été demandées par le groupe à but non lucratif U.S. Right to Know [USRTK] [...] Le New York Times a demandé séparément certains de ces documents, puis a fait des demandes supplémentaires dans plusieurs États pour obtenir des dossiers de courriels d'universitaires ayant des liens avec l'industrie biologique. »

 

Voici l'allégation de 2022 contre Mitloehner :

 

« En avril 2022, le Clear Center avait également reçu plus de 350.000 dollars d'autres sources industrielles ou commerciales, selon les documents [...] Les documents ont été obtenus par Unearthed, l'organe d'investigation de Greenpeace Royaume-Uni [...] Le New York Times a également obtenu de manière indépendante les dossiers des responsables de l'UC Davis. »

 

Avant tout, l'industrie finance couramment et ouvertement la recherche scientifique. Sans le soutien des entreprises, près de 75 % des recherches menées par les universités américaines ne seraient pas financées, selon une estimation de 2019. Le Times n'a pas obtenu de documents financiers cachés ; il a reproduit des communications hors contexte pour donner une tournure négative aux informations que Folta et Mitloehner ont volontairement divulguées au fil des ans.

 

L'USRTK et Greenpeace sont des groupes activistes sans vergogne et sans crédibilité scientifique. Nous avons documenté de nombreux cas dans lesquels ces deux organisations ont détourné des sources et bâclé la science sur des sujets d'importance vitale. Citer ces organisations en tant qu'autorités en matière d'agriculture, c'est comme citer RFK, Jr. en tant qu'expert en vaccins : c'est inexcusable. D'ailleurs, l'USRTK travaille régulièrement avec Kennedy.

 

 

Des réserves pour sauver la face

 

Anticipant certaines de ces critiques, les deux articles du Times comportaient des qualificatifs exonérant Folta et Mitloehner de tout acte répréhensible. Voici la clause d'exonération de l'article de 2015 sur Folta :

 

« Rien ne prouve que le travail universitaire ait été compromis, mais les courriels montrent comment les universitaires sont passés du statut de chercheurs à celui d'acteurs des campagnes de lobbying et de relations publiques des entreprises » [c'est moi qui souligne].

 

Et dans le profil de Mitloehner de la semaine dernière :

 

« Rien n'indique que le Dr Mitloehner ou le Clear Center aient violé les exigences de divulgation [...] Le Clear Center a déclaré dans un communiqué qu'il divulgue les financements conformément à la politique de l'Université de Californie [...] mais l'étendue du financement privé et de la collaboration n'était pas connue auparavant » [c'est moi qui souligne].

 

Voici une question simple pour les abrutis du Times : si aucun des scientifiques dont vous avez fait le portrait n'a compromis son travail universitaire ou violé la politique de divulgation de son école, pourquoi ces articles ont-ils été écrits ? Prétendre que vous avez découvert « l'étendue » de l'influence de l'industrie ou affirmer que ces chercheurs sont des lobbyistes pour Big Ag est une approche journalistique malhonnête. Folta et Mitloehner se situent tous deux dans le courant dominant de leurs disciplines respectives et sont largement respectés pour leurs efforts de communication scientifique.

 

À propos, si le Times s'inquiète de l'influence indue dans le domaine scientifique, il pourrait peut-être expliquer pourquoi l'une de ses journalistes a permis aux régulateurs du tabac de la FDA d'approuver son reportage sur les cigarettes électroniques. « Approbation d'une citation ? S'il vous plaît... Que diriez-vous d'un contrôle de l'ensemble de l'article ! Ça, ce serait une histoire », a écrit un fonctionnaire de la FDA à ses collègues au sujet de l'incident.

 

Avec toutes ces informations en tête, revenons à notre question initiale : pourquoi si peu d'Américains font-ils confiance aux médias ? Se pourrait-il que les grands journaux et réseaux

 

  • dénigrent des universitaires honnêtes ;

     

  • injectent des politiques radicales dans leurs reportages ;

     

  • mentent sur les dangers des aliments pour bébés ;

     

  • prétendent que le raisin prévient la maladie d'Alzheimer ;

     

  • allèguent que le changement climatique provoque des crises cardiaques ;

     

  • attribuent la pollution des océans aux bonbons d'Halloween ;

     

  • promeuvent « l'acceptation de l'embonpoint » (« fat acceptance »)  ;

     

  • affirment qu'un demi de bière fait rétrécir le cerveau.

 

Non, il ne peut s'agir de cette histoire documentée de journalisme bâclé. Nous devons simplement apprendre au public à utiliser les applications de vérification des faits. Cela résoudra le problème.

 

______________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : NYT Attacks Great Scientist, Further Tanks Its Credibility | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

 

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