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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Investir dans la science pour la sécurité alimentaire en Afrique

18 Novembre 2022 Publié dans #Afrique

Investir dans la science pour la sécurité alimentaire en Afrique

 

Busani Bafana*

 

 

Le professeur Eric Danquah reçoit le Prix Africain de l'Alimentation 2022 des mains du président du Rwanda, Paul Kagame, sous le regard de M. Hailemariam Dessalegn, président de l'Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA).

 

 

L'Afrique doit investir davantage dans la recherche scientifique afin de créer des innovations qui permettront de lutter contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle. C'est ce qu'a déclaré un éminent phytogénéticien, le professeur Eric Danquah, directeur fondateur du West Africa Center for Crop Improvement (WACCI – Centre Ouest-africain d'Amélioration des Plantes) de l'Université du Ghana.

 

« La voie durable la plus sûre pour le développement de l'Afrique passe par l'agriculture. Nous avons besoin de plus de fonds et d'investissements connexes, notamment pour la prochaine génération de scientifiques, les systèmes de semences et les chaînes de valeur », déclare le Pr Danquah, lauréat du prix Africa Food 2022 pour son expertise, son leadership et ses compétences en matière d'octroi de subventions qui ont conduit à la création et au développement du WACCI, lequel est devenu l'un des plus grands programmes de doctorat en amélioration des plantes en Afrique.

 

Le Prix Africain de l'Alimentation, d'une valeur de 100.000 dollars, est la récompense annuelle la plus prestigieuse décernée à des personnes ou des institutions exceptionnelles qui s'efforcent de changer la réalité de l'agriculture en Afrique.

 

Le président du Comité du Prix Africain de l'Alimentation, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria, a déclaré en annonçant que le Pr Danquah était le lauréat du Prix Africain de l'Alimentation : « Le leadership du Pr. Danquah en matière d'innovation génétique inspire l'avenir de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Afrique et a fait une différence tangible dans la manière dont une nouvelle génération travaille à l'amélioration des systèmes alimentaires africains. »

 

 

Investir dans l'agriculture, nourrir et alimenter l'Afrique

 

En 2006, les chefs d'État africains se sont engagés à allouer au moins un pour cent du produit intérieur brut (PIB) des budgets nationaux aux dépenses de recherche et développement (R&D) à l'horizon 2010. Aucun des pays n'a atteint cet objectif.

 

« De nombreux pays africains n'ont même pas respecté l'engagement pris d'investir un pour cent du PIB dans la recherche et le développement et il est devenu important que l'Afrique investisse dans la science pour débloquer les innovations qui transformeront son développement, le moment est venu », a déclaré le Pr Danquah dans une interview accordée à l'Alliance pour la Science.

 

Le WACCI, un partenariat entre l'Université du Ghana et l'Université Cornell, aux États-Unis, a été créée en juin 2007 grâce à un financement de l'Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA – Alliance for a Green Revolution in Africa), à l'Université du Ghana pour former des sélectionneurs de plantes en Afrique, travaillant à l'amélioration des cultures africaines dans des environnements locaux pour les agriculteurs en Afrique.

 

Bien que les données sur le nombre de phytogénéticiens en Afrique soient sommaires, le Pr Danquah estime que chaque pays a besoin d'au moins deux phytogénéticiens bien formés pour chaque culture et chaque région agro-écologique, capables d'utiliser des techniques conventionnelles et modernes pour développer de nouvelles cultures.

 

« Ce sont les sélectionneurs de plantes qualifiés qui développeront les innovations qui auront un impact positif sur la productivité de nos cultures de base, dont le rendement est actuellement le plus faible au monde », a noté le Pr. Danquah, ajoutant que la lutte contre la fuite des cerveaux accélérera le développement d'une masse critique de scientifiques qui travailleront à la transformation de l'agriculture sur le continent.

 

« L'Afrique a des scientifiques qui innovent pour changer le paysage alimentaire, mais les gouvernements africains n'investissent pas dans la recherche scientifique comme ils le devraient », a déploré le Pr. Danquah, soulignant que l'Afrique a trop longtemps fait semblant d'investir dans l'agriculture.

 

En 2003, les chefs d'État et de gouvernement africains ont signé la déclaration de Maputo sur l'agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique, s'engageant à investir au moins 10 % des ressources budgétaires nationales dans la mise en œuvre des politiques de développement agricole et rural. Dix ans plus tard, ils ont signé la Déclaration de Malabo sur l'accélération de la croissance et de la transformation agricoles pour une prospérité partagée et l'amélioration des moyens de subsistance, qui réaffirme les engagements de Maputo, mais de nombreux pays ne sont pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs et les cibles.

 

Les mauvaises politiques qui ne stimulent pas la production locale et n'attirent pas les investissements dans le secteur ont été rendues responsables de la facture élevée des importations alimentaires en Afrique, qui reste l'un des points chauds de la faim, de la dénutrition et de la malnutrition, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans.

 

L'urgence d'accélérer la production et la productivité alimentaires en Afrique a été mise en lumière par les effets du changement climatique et les faibles rendements agricoles. Les sélectionneurs de plantes et de semences qui ont une connaissance approfondie des besoins de l'Afrique font défaut, affirme le Pr. Danquah.

 

 

Des merveilles au WACCI

 

Sous sa direction, le WACCI a mis au point des hybrides de maïs dont le rendement est le plus élevé au Ghana, soit entre 90 et 110 quintaux par hectare, et des variétés de tomates hybrides dont le rendement dépasse 48 tonnes par hectare.

 

« Nous avons travaillé en partenariat avec le World Vegetable Center pour mettre sur le marché trois variétés de tomates hybrides dont le rendement dépasse 48 tonnes par hectare. En supposant que nous puissions convaincre le secteur privé d'accéder à ces variétés, nous n'aurons pas à importer de la pâte de tomate de Chine, des graines de tomates de France et des États-Unis. Nous pouvons réduire les importations de tomates car nous serons autosuffisants », a-t-il déclaré.

 

Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), l'agriculture contribue pour environ 30 % au PIB du continent. Cependant, l'Afrique est un importateur net de denrées alimentaires, dépensant jusqu'à 50 milliards de dollars par an, montant qui devrait atteindre 110 milliards de dollars d'ici à 2030, à moins que le continent ne prenne des mesures pour produire des aliments plus sains de manière écologique et durable.

 

 

Promouvoir les talents scientifiques africains pour l'Afrique

 

« Ce prix a une incidence sur la durabilité du travail que nous avons accompli, car nous sommes loin de répondre à nos aspirations en tant que continent », a fait remarquer le Pr Danquah, ajoutant qu'il est indispensable d'attirer les investissements du secteur privé dans le développement agricole et la recherche scientifique.

 

Le Pr Danquah a déclaré qu'il investira l'argent du prix dans la Fondation Eric Danquah, qu'il a fondée en 2018, après avoir reçu le Prix Mondial de l'Agriculture (WAP) de 100.000 dollars de la Confédération Mondiale des Associations d'Enseignement Supérieur pour les Sciences de l'Agriculture et de la Vie (GCHERAGlobal Confederation of Higher Education Associations for Agricultural and Life Sciences).

 

La Fondation a lancé son programme phare, le programme Highflyers in Plant Breeding & Genetics (les as de l'amélioration des plantes et de la génétique) au WACCI. En outre, la Fondation a mis en relation des mentorés avec des mentors qui les dotent des compétences et des connaissances nécessaires pour qu'ils changent la donne et entrent dans l'histoire de la sélection végétale moderne pour la transformation de l'agriculture, explique le Pr Danquah.

 

 

L'enseignement scientifique est la clé

 

Il a souligné que « nous devons nous pencher sur les lycées et les écoles de base pour nous assurer que les élèves sont correctement formés aux sciences et les amener à aimer la science en tant qu'intervention qui change la donne pour le développement national ».

 

« Le temps est venu pour nous d'attirer des personnes plus intelligentes dans la science pour le développement. Je pense que si les investisseurs pouvaient accéder au financement dont ils ont besoin pour établir le partenariat nécessaire au développement, il y aurait un partenariat entre les institutions du Nord et du Sud dans l'utilisation de la science pour les innovations. »

 

Les programmes de sélection végétale sont essentiels pour relever les défis de la productivité alimentaire et pour éliminer la malnutrition. Le Pr Danquah estime que les cultures indigènes de l'Afrique, telles que le sorgho, le millet, le manioc, l'igname, le plantain, le cocoyam, le taro, le haricot bambara, l'arachide et le niébé, n'ont pas fait l'objet de recherches approfondies alors qu'elles détiennent la clé pour relever les défis alimentaires et nutritionnels.

 

_______________

 

* Source : Investing in science for food security in Africa - Alliance for Science (cornell.edu)

 

** Le Pr Danquah est également membre du conseil consultatif international de l'Alliance Cornell pour la Science, membre du conseil d'administration du Planet Earth Institute basé au Royaume-Uni et ancien président du conseil d'administration de l'Université des Mines et de la Technologie de Tarkwa, au Ghana.

 

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