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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quarante pour cent de rendement en moins : les paysans sri-lankais sont au bord du gouffre

10 Octobre 2022 Publié dans #Sri Lanka

Quarante pour cent de rendement en moins : les paysans sri-lankais sont au bord du gouffre

 

Julia Schürer, AGRARHEUTE*

 

 

© J. Schubert

 

 

D'abord la crise économique, maintenant la crise alimentaire : par manque d'argent, l'État insulaire du Sri Lanka a misé sur le bio et supprimé l'utilisation d'engrais. Désormais, le nécessaire fait défaut et l'approvisionnement de la population en denrées alimentaires est menacé. [Article du 30 septembre 2022]

 

 

Les experts du monde entier se demandent si la conversion au bio en est la cause ou si la conversion de toute l'agriculture à l'agriculture biologique a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase – les experts du monde sont divisés. Une chose est sûre : le Sri Lanka, l'État insulaire idyllique au sud de l'Inde, se dirige vers la famine. Le Sri Lanka connaît la pire crise économique depuis des décennies, rapporte la Deutsche Presse Agentur (dpa).

 

 

Les productions s'effondrent

 

Les paysans sri-lankais luttent pour nourrir le pays. C'est le cas de Shadagopalan Chandrasekaran. Son champ est depuis toujours le moyen de subsistance de ce paysan sri-lankais. Lorsque l'État a interdit l'importation d'engrais chimiques l'année dernière par manque de devises, ce sexagénaire a subi – comme d'innombrables autres paysans du pays – des pertes de récolte dévastatrices : « Notre rendement en riz a chuté de plus de 40 pour cent », raconte l'agriculteur.

 

Certes, l'interdiction d'utiliser des engrais chimiques a été levée entre-temps. Mais la situation des agriculteurs et donc l'approvisionnement en denrées alimentaires de la population de l'Etat insulaire sont menacés ; les experts tirent la sonnette d'alarme.

 

 

Des agriculteurs bio malgré eux

 

Les problèmes financiers pour ce pays fortement dépendant des importations ont commencé avant la pandémie de Covid – une mauvaise politique fiscale et une élite avide ont fait partie des éléments déclencheurs. Ensuite, la pandémie a touché le secteur du tourisme et donc une importante source de devises. Pour économiser de l'argent, le gouvernement a interdit l'importation d'engrais artificiels. Les agriculteurs devaient utiliser des engrais biologiques. Cette mesure a été présentée comme la création de la première république biologique du monde. Mais comme la conversion au bio décrétée par les autorités n'était ni planifiée ni réfléchie, les récoltes se sont effondrées. Le Sri Lanka, qui était jusqu'alors largement autosuffisant en riz, a été contraint d'importer son principal aliment de base, ce qui n'a fait qu'aggraver le manque de devises. Le gouvernement a certes levé l'interdiction d'importation en novembre 2021. Mais les dégâts causés mettent en péril la production alimentaire.

 

 

La crise énergétique frappe d'autant plus durement les paysans

 

Les nouvelles semailles commencent ce mois-ci, mais pour certains agriculteurs, il est trop tard. « On nous a assuré que nous recevrions suffisamment d'engrais, mais certains agriculteurs se sont entre-temps retirés de l'agriculture, car les coûts de production augmentent », décrit le riziculteur Chandrasekaran à l'agence allemande dpa. Selon lui, les riziculteurs ne sont pas les seuls à être touchés, les maraîchers le sont également.

 

A cela s'ajoute le manque de carburant. De nombreux agriculteurs n'ont pas pu récolter une moisson déjà compromise en raison de la crise des engrais, car ils manquaient de carburant pour les moissonneuses, explique T. B. Sarath, de l'association des agriculteurs. « Nous attendons du gouvernement qu'il fournisse des engrais et du carburant pour labourer les champs et préparer la prochaine campagne », qui débute ces semaines-ci. Il n'est pas certain que le gouvernement, remanié entre-temps après la fuite du président autoproclamé de la République bio Gotabaya Rajapaksa, puisse résoudre la crise. Que ce soit avec le bio ou sans.

 

_____________

 

Julia Schürer est rédactrice au dlv depuis plus de 10 ans. Elle s'est d'abord concentrée sur les jeunes agriculteurs, puis a été chef de service à AGRARHEUTE avant de prendre la direction de la rubrique « magazine ». Ses thèmes de prédilection sont aujourd'hui la vie à la campagne, la gestion d'exploitation et l'agriculture biologique.

 

Source : 40 Prozent weniger Ertrag: Sri Lankas Bauern stehen am Abgrund | agrarheute.com

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