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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Printemps silencieux » de Rachel Carson, automne babillard de Stéphane Foucart

17 Octobre 2022 Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Pesticides, #Biodiversité

« Printemps silencieux » de Rachel Carson, automne babillard de Stéphane Foucart

 

 

Le 9 octobre 2022, le Monde publiait sur son site Web une chronique de M. Stéphane Foucart, « Printemps silencieux” permet de mesurer l’étendue de la victoire de l’industrie chimique contre les sciences de l’environnement ».

 

En chapô :

 

« Il y a soixante ans, le livre de la biologiste américaine Rachel Carson lançait le mouvement environnementaliste moderne. Le relire montre que l’usage massif des pesticides dont il dénonçait alors les ravages est aujourd’hui devenu la norme. »

 

Dans l'édition papier des 9 et 10 octobre 2022, le titre a été raccourci en : « "Printemps silencieux", si actuel », mise en page sur deux colonnes oblige.

 

On ne saurait nier l'importance de « Printemps silencieux », fréquemment décrit comme l'acte de naissance du mouvement environnementaliste contemporain aux États-Unis d'Amérique, pour ce qui concerne les effets délétères de l'utilisation des pesticides dangereux sur la santé publique et l'environnement.

 

Pour le reste, une chronique est une chronique... L'auteur peut y exprimer ses opinions à sa guise... sous le regard scrutateur, en principe, du rédacteur en chef.

 

Or cela commence mal dès le titre, qui relève du casse-tête : comment un ouvrage de 1962 peut-il permettre de mesurer une « victoire » qui, à l'évidence, est une fiction ?

 

De même, on ne peut qu'être stupéfait devant l'audace du chapô.

 

C'est faire un monstrueux anachronisme que de déclarer que « [l]e relire montre que l’usage massif des pesticides dont il dénonçait alors les ravages est aujourd’hui devenu la norme ». Ce n'était pas un ouvrage d'anticipation !

 

Il est tout aussi indécent, à notre sens, de prétendre que « l'usage massif » est la « norme ».

 

C'est, franchement, prendre les agriculteurs pour des idiots, tout comme d'autres acteurs de la vie économique et sociale, en particulier les agences d'évaluation et les autorités de réglementation.

 

Faut-il être aussi aveuglé par l'idéologie pour refuser de constater que les molécules préoccupantes qui étaient autorisées dans les années 1960 et suivantes – selon des procédures qui laissaient effectivement à désirer – ont été retirées du marché ? Que sont en passe de l'être celles qui sont encore sur le marché mais qui sont devenues préoccupantes à la lumière des nouvelles connaissances – issues, notamment, des progrès des « sciences de l'environnement » évoquées dans le titre de l'article – et dans le contexte d'une attention grandissante aux risques réels, et même suspectés, voire imaginés ?

 

En outre, pour la France, les statistiques montrent une baisse tendancielle sur le long terme. Du reste, elle finira un jour par s'arrêter lorsqu'on aura atteint le minimum en-deçà duquel la protection phytosanitaire ne sera plus suffisamment assurée, voire par s'inverser si, les molécules efficaces ayant été supprimées, les agriculteurs seront obligés de recourir à des produits qui le sont moins.

 

 

(Source)

 

Les années 2018 et 2019 sont des anomalies, les agriculteurs ayant procédé à des achats anticipés en 2018 à cause de l'augmentation de la taxe pour pollutions diffuses intervenues au 1er janvier 2019. (Source)

 

 

Et, pour le monde, quoi de plus normal que le recours aux produits de protection des plantes augmente avec le développement de l'agriculture et la nécessité de nourrir une population en croissance et globalement plus exigeante ?

 

Selon les statistiques de la FAO, on utilisait quelque 1,7 millions de tonnes en 1990, et 2,7 millions de tonnes en 2020... un chiffre relativement stable depuis 2010 !

 

La dissonance cognitive ne s'arrange pas dans le texte !

 

« Pour autant, avec six décennies de recul, il fait peu de doute que l’industrie chimique est sortie globalement gagnante de la bataille engagée au printemps 1962. [...] »

 

Cela fait écho au titre de la version électronique de la chronique, et cela relève de la psychose !

 

La boîte à outils de la protection des plantes se vide, y compris ensuite de manœuvres frauduleuses de milieux anti-pesticides (de synthèse...), d'un recours abusif à un « principe de précaution » mal interprété ou encore de décisions démagogiques. Les conditions et restrictions d'usages se font aussi plus contraignantes.

 

Il n'y a qu'à voir les « débats » sur le glyphosate, emblématique victime de la désinformation... et aussi l'utilisation du système judiciaire américain pour rançonner les fabricants.

 

Et ça continue...

 

«  […] Pour le comprendre, il ne suffit pas de constater que l’agriculture industrielle dopée aux intrants reste maîtresse du globe, que toutes les molécules interdites sont aussitôt remplacées par d’autres souvent plus problématiques, que l’intensité de leur usage ne cesse de s’accroître, ou que l’essentiel des subventions publiques à l’agriculture continuent de nourrir cette spirale. »

 

Comment ne pas avoir la nausée devant ce dérapage intellectuel qui aligne les mots et formules les plus dénigrants possibles ?

 

 

 

 

L'agriculture « industrielle » – forcément « dopée aux intrants » pour ceux, notamment, qui ont le privilège de pouvoir recourir à des aliments issus d'un autre mode de production faussement estampillé « vertueux » – fournit l'essentiel de l'alimentation mondiale.

 

Ouvrons une parenthèse : avec la guerre en Ukraine, une partie de notre monde politique qui succombait aux sirènes de l'agriculture « biologique », le cas échéant déguisée en « agro-écologie », découvre avec stupeur que nous risquons de manquer d'« intrants » essentiels, les engrais.

 

 

Même pas six mois d'écart...(Source et source)

 

 

La réglementation des produits de protection des plantes est de plus en plus stricte et c'est, au mieux, une grossière erreur que d'affirmer qu'une substance interdite est illico remplacée par une autre plus problématique.

 

 

(Source)

 

 

Pour l'usage, nous avons déjà vu ci-dessus. Et, toutes autres choses étant égales par ailleurs, l'agriculture/agriculteur biologique touche plus que l'agriculteur conventionnel... et beaucoup, beaucoup plus par unité de denrée produite.

 

Il y a encore, dans le registre dénigrant et outrancier :

 

« les usages massifs, systématiques et indiscriminés, de produits destinés à détruire le vivant ».

 

Recourant au sophisme de l'appel à l'autorité – « grand résistant et président de l'Académie des sciences en 1963 » –, l'auteur cite la préface de la première édition de « Printemps silencieux » du biologiste Roger Heim (la préface de l'édition de 1968, a priori, la même est ici ; la dernière édition est préfacée par... Al Gore) :

 

« Qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ? »

 

Et d'opiner, après nous avoir servi le bobard des 75 % d'insectes qui auraient disparu « dans les campagnes occidentales » (c'est le fruit, largement diffusé, d'une étude pourrie) et d'autres billevesées :

 

« Aujourd'hui [...], aucun homme de science ne pourrait se risquer à de tels propos. »

 

On tombe là dans le grotesque. Il faut peut-être entendre que l'industrie agrochimique dispose de tels pouvoirs qu'elle peut museler des scientifiques. Une simple recherche avec votre moteur préféré vous montrera que la phrase en cause est très largement citée.

 

Mais M. Stéphane Foucart se doit d'enfoncer le clou :

 

« Les "empoisonneurs publics" fustigés dans les années 1960 par Roger Heim sont devenus des léviathans qui imposent leur volonté aux Etats ; ce qui était craint ou bien vécu comme scandaleux et insupportable au mitan du siècle passé est peu à peu devenu la norme. C'est ce que Rachel Carson redoutait le plus. »

 

Nous n'oserons pas prêter des pensées ou des sentiments à Rachel Carson. En revanche, nous avons – tous, M. Stéphane Foucart et les gens de même obédience exceptés – une expérience de première main sur la puissance et les nuisances alléguées des « léviathans »...

 

Le Monde a publié...

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M
Seppi, le lien vers "l'étude pourrie" sur les populations d'insectes pointe vers du vide...<br /> Ca fait désordre.<br /> Cordialement.<br /> Murps<br /> ;-)
Répondre
Bonjour,<br /> <br /> Merci beaucoup. C'est corrigé.