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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les pollinisateurs sont-ils en voie d'extinction ? Voici où nous en sommes

26 Octobre 2022 Publié dans #Biodiversité, #Abeilles

Les pollinisateurs sont-ils en voie d'extinction ? Voici où nous en sommes

 

Elizabeth Maslyn, AGDAILY*

 

 

Image : Davide Bonora, Shutterstock

 

 

Il ne fait aucun doute que, où que vous vous situiez dans l'agriculture, les pollinisateurs sont l'un de vos acteurs clés. Que vous produisiez des cultures ou éleviez des vaches, en intérieur ou en extérieur, vous avez besoin de pollinisateurs. Pourtant, ces insectes duveteux sont trop souvent considérés comme allant de soi – il est vital de se pencher sur leur santé et de se demander si les pollinisateurs sont en voie d'extinction.

 

Depuis des décennies, nous assistons au déclin de notre population de pollinisateurs en raison de plusieurs facteurs, notamment le changement climatique, les prédateurs, la destruction des habitats et la lutte contre les parasites et maladies dans les cultures, les jardins et les pelouses.

 

En 2014, le président de l'époque, Barack Obama, a promulgué la Federal Pollinator Task Force, coprésidée par l'Agence de Protection de l'Environnement et le Département de l'Agriculture des États-Unis. L'objectif était de restaurer les populations de pollinisateurs indigènes et de restaurer ou d'améliorer 280.000 hectares de terres pour les pollinisateurs à travers les États-Unis. Ainsi, chaque État américain devait proposer un plan pour contribuer à cet objectif.

 

En juin 2022, le résumé de l'enquête sur les pollinisateurs indigènes de l'Empire State a été publié sur le site Web du Programme du Patrimoine Naturel de l'État de New York. Il a révélé que sur les 10 groupes d'insectes étudiés, au moins 38 % (et jusqu'à 60 %) d'entre eux risquent de disparaître de l'État de New York.

 

 

Les 10 groupes d'insectes étudiés, selon les résultats de l'Empire State Native Pollinator Survey.

 

 

Cela semble assez effrayant, mais ces 38 à 60 % de la population d'insectes en danger ne concernent que la très petite partie des insectes indigènes de New York étudiés, et les insectes étudiés étaient tous supposés être en danger de disparition avant même que l'étude ne commence.

 

Ayant grandi au milieu de l'agriculture dans le charmant Upstate New York, je me suis demandée quelles pouvaient être les conséquences de ces résultats. Aux États-Unis, l'État de New York est le deuxième producteur de pommes, le quatrième producteur de raisins et le deuxième producteur de choux, entre autres productions importantes, auxquelles il faut ajouter les myrtilles, les choux-fleurs, le foin, etc.. Comme toutes ces cultures dépendent directement des pollinisateurs, ces cultures sont-elles également en danger ?

 

J'ai parlé avec Maria Van Dyke, directrice du Danforth Lab of Entomology de Cornell. Van Dyke est passionnée par les pollinisateurs, en particulier les abeilles. Elle a déclaré qu'aucune culture ou famille de plantes n'était réellement menacée d'extinction en raison du déclin de la population de pollinisateurs. Mais cela ne signifie pas que nous sommes à l'abri : il est important que chacun s'informe sur les pollinisateurs et sur ce que nous pouvons faire pour les aider.

 

Il est intéressant de noter que certains pollinisateurs sont difficiles du point de vue de leur alimentation, tandis que d'autres se nourrissent sur presque tout ce qui se trouve à leur portée. Les papillons monarques sont connus pour leur amour de l'asclépiade, et leurs chenilles ne se nourrissent que sur des plantes de la famille des asclépiadacées ; les monarques sont donc considérés comme des spécialistes. L'abeille domestique, quant à elle, consomme le pollen et le nectar de nombreuses plantes différentes, ce qui en fait une généraliste.

 

 

 

 

Les pollinisateurs spécialisés peuvent être difficiles pour diverses raisons. Pensez à nos abeilles de courges ; ces abeilles sont originaires d'Amérique centrale, tout comme les courges. Lorsque les gens se sont déplacés vers le nord depuis l'Amérique centrale, ils ont emmené des courges avec eux, et les abeilles ont rapidement suivi. Très vite, l'État de New York est devenu un énorme producteur de courges, et nous avons des abeilles à courges à profusion ! Les abeilles de courges ont évolué pour ne s'alimenter que sur des courges.

 

Certaines espèces ont évolué avec une famille de plantes, laquelle possède tout ce dont le pollinisateur a besoin. Pour ceux d'entre vous qui commandent toujours la même chose dans tous les restaurants, vous savez ce que ressentent ces pollinisateurs : « If it ain’t broke, don’t fix it! », si ce n'est pas cassé, ne le réparez pas !

 

Et certaines espèces n'ont tout simplement pas beaucoup d'options. Les plantes comme les hémérocalles et les iris ne poussent que dans des conditions très humides, elles ont donc besoin d'un pollinisateur qui puisse tolérer ces conditions. Les plantes telles que les cactus et les yuccas aiment un environnement chaud et sec, et ont donc besoin d'un pollinisateur qui aime cela aussi. Nous devons également nous rappeler que nos pollinisateurs ne sont pas présents toute l'année – certains ne bourdonnent qu'au printemps, d'autres qu'à l'automne, tandis que d'autres encore semblent ne jamais partir.

 

Ainsi, lorsqu'il s'agit d'aider les pollinisateurs, vous ne pouvez pas planter n'importe quoi. La meilleure façon d'aider les pollinisateurs locaux est de mettre des plantes indigènes. Van Dyke et ses collègues de l'Université Cornell ont publié un guide pour la création d'un jardin pour les pollinisateurs afin de vous aider à comprendre ce dont vos pollinisateurs ont besoin. Un guide que j'aime beaucoup est celui de la Xerces Society sur les plantes indigènes de votre région et leurs besoins.

 

Au-delà des jardins pour les pollinisateurs, nous devons également renforcer nos protocoles de lutte intégrée contre les parasites et maladies (IPM). Vous ne mettriez pas un pansement sur votre genou parce que vous risquez de tomber aujourd'hui, n'est-ce pas ? Nous ne devrions donc pas non plus appliquer automatiquement des pesticides dans nos champs ou nos jardins simplement parce qu'ils pourraient contenir des parasites. Le resserrement des traitements en bordure de nos pelouses, jardins et champs peut également avoir un impact énorme sur les pollinisateurs. La réduction ou l'élimination de la dérive des insecticides et des herbicides est un objectif que nous devons atteindre.

 

Les pollinisateurs étant essentiels pour nous tous dans l'agriculture, nous devons commencer à penser à eux davantage. Que ce soit par la mise en œuvre de nouveaux protocoles de lutte intégrée contre les parasites et maladies ou par la plantation d'un jardin pour les pollinisateurs, nous avons besoin des pollinisateurs plus qu'ils n'ont besoin de nous.

 

_____________

 

Elizabeth Maslyn est une productrice de lait qui est née et a grandi dans le nord de l'État de New York. Sa passion pour l'agriculture l'a poussée à partager les histoires des agriculteurs avec tous les consommateurs et à promouvoir l'agriculture dans tout ce qu'elle fait. Elle s'efforce d'améliorer les connaissances en matière d'alimentation dans sa communauté et souhaite partager les histoires de ses agriculteurs locaux.

 

Source : Are pollinators going extinct? Here's where we stand | AGDAILY

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H
@pm22, Christian Levêque est passionnant, d'autant que ce n'est pas seulement un scientifique mais également un remarquable historien des milieux naturels (enfin artificiels, la nature cela n'existe plus depuis le néolithique...), ce qui est rare. si vous voulez poursuivre cette conversation très intéressante, vous pouvez me contacter sur la page contact de mon blog http://hbscxris.over-blog.com/contact, cela évitera "d'envahir" le blog de Seppi.
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H
Là j'ai un peu envie de rigoler, les choux auraient besoin de pollinisateurs ??? Les producteurs de semences de choux oui, mais pas l'agriculteur qui les récolte avant le stade de la pollinisation, comme énormément de plantes (salades, choux, carottes, betteraves) Et pas de souci pour les agriculteurs multiplicateurs qui travaillent avec des apiculteurs professionnels. <br /> La vigne n'a pas besoin de pollinisateur, c'est un autogame complet qui se passe même du vent. <br /> Beaucoup de cactus sont fécondés par des chauve souris, les abeilles en étant incapables, la fleur de beaucoup de cactées étant trop grande, l'abeille touche rarement le pistil, l'abeille peut même constituer un problème en pillant le pollen le soir quand parfois les fleurs nocturnes s'ouvrent trop tôt, ce qui fait échouer la fécondation nocturne. J'en sais quelque chose, je produis des pitayas. <br /> Sur les cucurbitacées, d'énormes progrès génétiques ont été fait ces dernières années, et pour certains, notamment dans le cas des concombres, on se passe de fécondation. <br /> Une grande partie des céréales que nous consommons et des graminées qui nourrissent le bétail sont autogames et même cléistogames, c'est à dire s'autofécondent avant même que la fleur ne s'ouvre.<br /> <br /> Bref, cette histoire de pollinisateurs indispensables aux agriculteurs ou éleveurs est une vaste blague, 15% de notre alimentation au plus en dépend, et pour les plantes qui nécessitent impérativement une pollinisation des solutions technologiques (pulvérisateurs à pollen pour les dattiers ou les kiwis) ou biotechnologiques (voir le colza où ont été développées des variétés autogames à 90% ou développement parthénocarpique induit) existent déjà ou sont au bout de nos doigts. L'Académie d'Agriculture dans sa news avait un assez bon tableau récapitulatif la semaine dernière.<br /> <br /> L'article n'est pas vraiment étonnant, beaucoup d'agriculteurs et d'éleveurs ignorent presque tout de la fécondation des plantes qui est très peu enseignée, du coup. J'ai un énorme bouquin universitaire de biologie végétale où le sujet doit faire 3 pages, c'est à dire rien. Il faut sérieusement creuser pour parvenir à en savoir plus. Voir différents ouvrages d'André Gallais ou Paul Pesson "Pollinisation et production végétale"
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P
Merci pour votre réponse, fort intéressante.<br /> <br /> 1) En ce qui concerne les haies, il y aurait un travail de communication à faire auprès des jeunes agriculteurs qui « veulent faire propre » par rapport à leurs voisins et taillent plus court que court. Ceci dit, ayant des haies, j’ai bien conscience du coût d’entretien de haies plus hautes et plus épaisses… Cela justifierait, je crois, une aide de la collectivité. <br /> <br /> 2) Les bandes enherbées riches en faune et en flore le long des parcelles sont aussi une piste très intéressante (association Hommes et Territoires, dans le Loiret et l’Eure et loir, Chloé Swiderski)<br /> <br /> 3) les livres de Christian Lévêque (le dernier « Erosion de la Diversité, Enjeux et débats, éditions ISTE) sont passionnants et… hélas non lus dans les milieux « écolos » <br /> <br /> En résumé, plus de pragmatisme et moins d’idéologie.
H
@pm22, merci pour votre intérêt. <br /> Que les insectes pollinisateurs soient parfois affamés, vu les abeilles qu'on installe partout, n'est pas étonnant, vous citez le cas très juste de Paris. J'ai lu, il y a 2 ans, que les pâtissiers avaient saisi la mairie car leurs ateliers et leurs boutiques étaient envahi d'abeilles affamées. <br /> Pour moi qui connait bien le vignoble bourguignon, je suis sidérée d'y voir pulluler les ruchers, 7 ou 8 amateurs avec une douzaine de ruches, là où autrefois, il y avait un petit apiculteur pour 3-4 villages, surtout que ce n'est pas avec la vigne que les abeilles vont aller loin pour butiner ! <br /> Je peste également depuis des années contre la taille fanatique des haies que ce soit dans les zones péri-urbaines ou en rase campagne où tout ce qui dépasse est rasé 4 ou 5 fois dans l'année. Bienheureux encore si on est pas dans de la haie monospécifique, spécialité des bobos qui prennent leur jardin pavillonnaire pour une annexe bien soignée de leur salon. <br /> Et que dire des pelouses dignes d'un golf quand elles n'ont pas été bétonnées... Quand j'étais jeune, la plupart des gens avaient des lapins, on fauchait par petit bout pour les nourrir et il y avait non seulement des herbes hautes partout mais aussi de la fleur. <br /> Pour ce qui est du froid, j'ai grandi en Lorraine, dans un endroit froid, j'y ai vu des ruchers à moitié encastré dans des bâtiments très allongés et qui étaient légèrement chauffés si nécessité. Il y avait également plusieurs ouvertures permettant des ventilations naturelles en été, il fait parfois très très chaud l'été en climat continental.<br /> Je suis sûre que "Pollinisation et productions végétales" va vous enthousiasmer.
P
@hbsc xris Merci pour votre commentaire très intéressant. <br /> <br /> Je vais acheter "POLLINISATION ET PRODUCTIONS VÉGÉTALES" dont j'ai pu lire un extrait en accès libre. <br /> <br /> Ma petite expérience personnelle (et ma connaissance du milieu apicole) m'incite à penser que nos abeilles à miel sont, aujourd'hui, des animaux d'élevage, à la génétique modifiée suite aux croisements faits avec des abeilles des pays sud, plus productives... <br /> <br /> Croisement qui ont introduit, hélas, des parasites dangereux pour les abeilles solitaires (Varroa asiatique, etc.). <br /> <br /> Génétique qui les rend en plus fragiles quand la météo est mauvaise en fin d’hiver. <br /> <br /> Des abeilles à miel d’élevage à comportement "monolithique". Je veux dire par là qu'elles se précipitent sur l'espèce ou la variété de fleur la plus présente en un lieu, en négligeant les autres. Elles sont d’ailleurs sélectionnées pour cela (un apiculteur pro a souvent des ruches pour telle ou telle espèce de fleurs, châtaigner, acacia, etc.). Donc c’est parfait pour les grandes surfaces homogènes (dont le colza, adoré des apiculteurs pro qui font mine de pester contre… les pesticides ). Moins bien pour le reste des fleurs. <br /> <br /> Elles se précipitent, hélas, parfois aussi sur une espèce de fleur un peu dominante dans un milieu fragile (haute montagne, etc.), espèce qui est parfois indispensable à d'autres polinisateurs qui lui sont inféodés... Les privant ainsi de nourriture. <br /> <br /> Bref, un élevage d’abeille à miel pas si vertueux que cela. Dixit une personne du Museum d'Histoire Naturel de Paris, donc je respecte l'anonymat, et qui peste contre les ruches de Paris qui privent de nourriture les abeilles maçonnes (plus fréquentes qu’on ne le croit) de notre capitale.