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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les conséquences de l'interdiction (éventuelle) du glyphosate dans l'Union Européenne

5 Octobre 2022 Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup), #Agronomie, #Economie, #Ecologie

Les conséquences de l'interdiction (éventuelle) du glyphosate dans l'Union Européenne

 

 

 

Environmental Sciences Europe – une revue qui sert de préférence la soupe à une « science » militante, c'est-à-dire « anti » – a publié « Impact assessment of the loss of glyphosate within the EU: a literature review » (évaluation de l'impact de la perte du glyphosate au sein de l'UE : une revue de la littérature).

 

Les auteurs en sont Sarah Wynn et Elise Webb, d'ADAS, qui se présente comme « le plus grand fournisseur indépendant du Royaume-Uni en matière de conseil agricole et environnemental, de conseil politique et de recherche et développement ».

 

En voici le résumé (découpé) :

 

« Depuis l'introduction du glyphosate en 1974, son efficacité contre une vaste gamme de mauvaises herbes et son faible prix en ont fait l'herbicide le plus utilisé en Europe.

 

Cependant, les inquiétudes concernant les impacts possibles sur la santé et l'environnement menacent aujourd'hui la poursuite de son utilisation. Cette étude examine la contribution du glyphosate à l'agriculture européenne et les impacts probables sur la production végétale s'il devait être retiré.

 

Sans le glyphosate, les agriculteurs de l'UE pourraient subir des pertes de production de blé allant jusqu'à 24 Mt (d'une valeur de 10,5 milliards d'euros), de 10,4 Mt de pommes de terre (d'une valeur de 2 milliards d'euros) et de 4,7 Mt de raisins (d'une valeur de 4,2 milliards d'euros).

 

Le retrait du glyphosate entraînerait une augmentation du travail du sol, ce qui nuirait à l'environnement en raison de la dégradation de la structure du sol, de l'augmentation du risque d'érosion du sol, de la réduction de la biodiversité du sol et de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre de 1,4 à 3,8 Mt CO2e par an dans l'UE en raison de l'oxydation de la matière organique.

 

L'utilisation accrue de machines nécessiterait 15 à 44 litres de carburant en plus par hectare.

 

Les stratégies alternatives de lutte contre les mauvaises herbes sont à la fois moins efficaces et plus coûteuses, et nécessitent souvent une main-d'œuvre supplémentaire en période de pointe. Elles sont également moins efficaces pour assurer un contrôle durable sur un large éventail d'espèces et sont inapplicables aux pratiques de travail du sol de conservation. »

 

Selon FAOstat, l'Union Européenne a produit entre 124 et 145 millions de tonnes de blé entre 2015 et 2020. Pour la pomme de terre, le minimum enregistré a été de 46 millions de tonnes et le maximum, de 56. Pour les raisins, FAOstat donne 23 et 28 millions de tonnes, respectivement.

 

Les auteurs annoncent donc des pertes de production de l'ordre de 18-20 %. Cela paraît beaucoup.

 

Dans leur texte, elles écrivent :

 

« En utilisant les données des huit études nationales, cette analyse prévoit qu'en l'absence de glyphosate au niveau de l'UE, les rendements du blé diminueraient de 7 à 30 % et ceux des pommes de terre de 5 à 20 %, tandis que pour la vigne (définie ici comme le raisin de table et le raisin de cuve), les réductions de rendement vont de 1 à 3 % en Italie à 12 à 20 % en France. »

 

Voici pour le blé (au cours actuel du blé, la perte de valeur serait encore plus importante) :

 

« Les meilleures données concernant l'augmentation des coûts de production ont été présentées pour le blé, avec des estimations de pertes allant de 27 € ha-1 à 134 € ha-1 en raison des coûts supplémentaires de carburant et de main-d'œuvre [21]. En supposant que ces augmentations de coûts soient appliquées à l'ensemble de la superficie de blé de l'UE, soit 25,4 Mha, nous avons calculé une augmentation des coûts de production de 690 à 3.400 millions d'euros. En outre, une réduction ultérieure de 7 à 30 % de la production, à une valeur de 171 € la tonne, équivaudrait à une réduction de 1,6 à 7,1 milliards d'euros de la valeur de la production de blé de l'UE. Il a été calculé qu'en l'absence de glyphosate, le coût pour le secteur du blé pourrait atteindre 10,5 milliards d'euros en termes d'augmentation des coûts et de perte de revenus, en supposant que les surfaces cultivées soient maintenues. »

 

Citons encore un paragraphe relatif à la biodiversité :

 

« Une enquête menée par le réseau français DEPHY [18] a interrogé les agriculteurs sur l'utilisation du glyphosate pour améliorer la biodiversité à la ferme. Les résultats ont mis en évidence que l'une des principales utilisations du glyphosate est la destruction des cultures de couverture, qui recouvrent et protègent la surface du sol entre les cultures principales de la rotation. Les cultures de couverture servent également d'habitat supplémentaire et de source de nourriture pour les insectes et les oiseaux pendant les périodes où le sol serait autrement nu, ce qui augmente la biodiversité. Les agriculteurs interrogés ont estimé que la perte du glyphosate rendrait le semis et, surtout, la destruction des cultures de couverture non rentables [34]. Par conséquent, il y a un risque que l'utilisation de cultures de couverture ait un impact négatif dans certaines rotations de cultures et doive être remplacée par une augmentation des façons culturales et des sols nus entre les cultures, ce qui entraînerait des effets néfastes sur la biodiversité. »

 

Une partie de la conclusion :

 

« Les approches alternatives chimiques et non chimiques actuellement disponibles pour la gestion des mauvaises herbes :

 

  • Sont moins souples quant au moment de leur utilisation ;

     

  • Demandent plus de temps pour être mises en œuvre et doivent être mises en œuvre pendant les périodes de pointe ;

     

  • Sont moins efficaces pour assurer un contrôle durable d'une gamme aussi large d'espèces – les niveaux de contrôle des mauvaises herbes diminueront et les stocks de graines de mauvaises herbes augmenteront ;

     

  • Sont plus coûteuses ;

     

  • Peuvent avoir un impact négatif sur la structure du sol et augmenter le risque d'érosion par le vent et l'eau ;

     

  • Ont souvent des émissions de GES plus élevées en raison de l'oxydation accrue de la matière organique et de l'utilisation de combustibles fossiles ;

     

  • Peuvent réduire la biodiversité dans le sol et en surface en affectant les systèmes de production qui peuvent être utilisés ; et

     

  • Ne sont pas toutes pratiques pour être utilisées dans les systèmes de travail du sol de conservation. »

 

On peut s'attendre à ce que cet article soit, ou bien ignoré, ou bien réduit en charpie par la mouvance anti-pesticides. Il y a, certes, des aspects qui intriguent, en particulier des extrapolations qui paraissent audacieuses. Toutefois, il faut bien voir que c'est une analyse à partir de matériaux pré-existants, y compris de sources comme l'INRA qui ne sont pas enthousiasmés par le recours aux produits phytosanitaires (en partie pour répondre aux attentes de l'autorité qui détient les cordons de la bourse).

 

L'extrait de la conclusion reproduit ci-dessus est difficilement discutable. Puisse cette étude faire réfléchir les décideurs et les inciter à considérer, non pas le rapport bénéfices-risques (c'est la formulation usuelle), mais le rapport dangers-risques.

 

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M
Bonjour, citez-moi une étude favorable à l'utilisation d'un produit phytosanitaire classique de la part de l'INRA ? depuis 15 à 20 ans : AUCUN alors qu'ils vivent de notre argent et ne produisent plus RIEN de concret ! Les agriculteurs auraient besoin d'une recherche fondamentale qui extrapole ses résultats vers les agriculteurs et non pas d'une idéologie trop éloignée du factuel !
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