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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le marché du bio en crise : le Pr Götz Rehn ne voit aucune chance d'atteindre 30 pour cent d'ici 2030

7 Octobre 2022 Publié dans #Agriculture biologique, #Allemagne

Le marché du bio en crise : le Pr Götz Rehn ne voit aucune chance d'atteindre 30 pour cent d'ici 2030

 

Julia Schürer, AGRARHEUTE*

 

 

© Marc Doradzillo

Un marché Alnatura à Munich : dans de nombreux magasins bio, les clients ne viennent pas.

 

 

Dans un entretien accordé à la Süddeutsche Zeitung, le professeur Götz Rehn, directeur d'Alnatura, parle du « pire effondrement du marché bio depuis 35 ans ». Les chiffres le montrent : le comportement d'achat des consommateurs et les projets du gouvernement fédéral d'étendre l'agriculture biologique sont actuellement très éloignés l'un de l'autre.

 

 

Trente pour cent de la surface cultivée en bio d'ici 2030, tel est le projet du gouvernement fédéral. « Complètement illusoire », juge le professeur Götz Rehn, directeur du fabricant de produits alimentaires biologiques Alnatura, dans un entretien accordé au Süddeutsche Zeitung (SZ). Pour atteindre cet objectif, il faudrait convertir 450.000 ha par an dans toute l'Allemagne. En 2021, ce chiffre n'était que de 80.000 ha.

 

Le gouvernement fédéral s'est fixé pour objectif d'atteindre 30 pour cent d'agriculture biologique en Allemagne d'ici 2030. L'Allemagne dépasse ainsi l'objectif de l'UE de 25 pour cent. L'association professionnelle BÖLW (Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft – fédération de l'économie alimentaire biologique) critique depuis longtemps le fait que les moyens mis à disposition à cet effet dans le plan stratégique national sont loin d'être suffisants pour atteindre l'objectif de 30 pour cent de bio.

 

 

Agriculteurs bio : un drame gigantesque se profile à l'horizon

 

M. Rehn a souligné dans l'entretien que de nombreux agriculteurs bio avaient encore en stock la récolte 2021 et ne pouvaient pas la commercialiser, car la demande s'est effondrée. « Le drame qui se prépare est gigantesque », a déclaré le patron d'Alnatura. Il y a un risque que les agriculteurs bio abandonnent l'agriculture biologique et reviennent à l'agriculture conventionnelle.

 

 

Les produits bio restent dans les rayons

 

En raison de l'inflation et de l'insécurité, les consommateurs ont voulu faire des économies et se sont de nouveau tournés vers les marchandises des supermarchés et des discompteurs, explique le pionnier du bio âgé de 72 ans. Mais chez Rewe, Aldi et Lidl, on trouve des « produits de masse fabriqués industriellement » et des aliments subventionnés à hauteur de milliards d'euros par l'argent des contribuables. « Les prix mentent », explique M. Rehn. Cela fausse la concurrence.

 

Actuellement, la crise touche particulièrement les magasins d'aliments naturels et les magasins de produits diététiques, qui ont enregistré une baisse de 39 pour cent de leur chiffre d'affaires au premier semestre 2022 selon GfK, comme le rapporte la Lebensmittel Zeitung. Pour les magasins à la ferme, les baisses ont été d'environ 17 pour cent, et les supermarchés bio ont subi une perte de chiffre d'affaires de près de 15 pour cent. Les premiers commerçants et magasins, surtout les petits, ont déjà déposé le bilan. Le secteur bio est d'autant plus durement touché par cette chute après « l'incroyable boom du bio » en 2021, qui a incité certains à se lancer dans des projets qui les mettent aujourd'hui en difficulté, a déclaré M. Rehn.

 

 

Les agriculteurs bio sont-ils sur le point de disparaître ?

 

Après l'explosion des ventes d'aliments bio pendant la crise de la Covid, le changement de comportement des consommateurs, plus économes, touche aujourd'hui d'autant plus durement le secteur bio. Les ventes de produits bio dans les supermarchés sont au point mort, les discompteurs déréférencent les produits bio, les clients des magasins spécialisés en produits naturels et des magasins bio à la ferme ne viennent plus. « Je ne peux pas répercuter les hausses de prix de mes fournisseurs sur mes clients », rapporte une agricultrice bio. « Si je le faisais, plus personne ne viendrait dans le magasin ». Les associations bio s'étaient pourtant montrées optimistes au début de l'été, notamment parce que les agriculteurs bio étaient moins touchés que leurs collègues conventionnels par la hausse des coûts de l'énergie ou des engrais.

 

 

FiBL : Les discompteurs pourraient faire plus pour le bio

 

Selon l'Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique (FiBL), les discompteurs et les supermarchés ont une forte influence sur le comportement d'achat des clients bio. 62 pour cent du chiffre d'affaires des produits alimentaires bio est réalisé dans le commerce alimentaire de détail conventionnel. Aldi Nord, Aldi Sud, Edeka, Kaufland, Lidl, Netto Markendiscount, Penny et Rewe n'ont jusqu'à présent pas suffisamment utilisé leur marge de manœuvre pour rendre le système alimentaire plus respectueux de l'environnement, affirme une récente étude du FiBL Suisse commandée par l'Office Fédéral allemand de l'Environnement (UBA).

 

L'aménagement des magasins, le placement des produits et la publicité ne font pas encore, selon le rapport, assez pour motiver les gens à prendre des décisions d'achat plus respectueuses de l'environnement. Ainsi, la publicité pour les produits respectueux de l'environnement est proportionnellement sous-représentée dans tous les supermarchés étudiés. Dans les prospectus hebdomadaires, les aliments certifiés par des labels de durabilité ne représentent qu'à peine 7 % des produits alimentaires promus.

 

Avec du matériel de Süddeutsche Zeitung, Lebensmittel Zeitung, FiBL

 

____________

 

Julia Schürer est rédactrice au dlv depuis plus de 10 ans. Elle s'est d'abord concentrée sur les jeunes agriculteurs, puis a été chef de service à AGRARHEUTE avant de prendre la direction de la rubrique « magazine ». Ses thèmes de prédilection sont aujourd'hui la vie à la campagne, la gestion d'exploitation et l'agriculture biologique.

 

Source : Biomarkt in der Krise: Rehn sieht keine Chance für 30 Prozent bis 2030 | agrarheute.com

 

Ma note : On croit rêver ! Les consommateurs allemands font attention à leur porte-monnaie et recherchent le bon marché... les thuriféraires reprochent aux entreprises de la distribution de ne pas suffisamment inciter les consommateurs à acheter plus cher. Avec l'argument fallacieux du respect de l'environnement (en France on ferait jouer l'argument tout aussi fallacieux de la santé).

 

Et, bien sûr, l'État devrait mettre plus de moyens pour l'extension d'une filière de production dont le marché s'effondre...

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J
On va donc trouver "la qualité" dans les discounteurs...
Répondre