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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Guardian se trompe (une nouvelle fois) sur les pesticides

31 Octobre 2022 Publié dans #Activisme, #Pesticides

Le Guardian se trompe (une nouvelle fois) sur les pesticides

 

Cameron English*

 

 

Image : DanielleTunstall via Pixabay

 

 

Le groupe activiste Friends of the Earth (FOE) et ses pom-pom girls du Guardian affirment que l'utilisation croissante des pesticides empoisonne des millions de personnes et en tue des milliers. Fidèles à leurs habitudes, ils ont fait un usage abusif des preuves pour étayer leurs propos.

 

 

Les preuves sont assez claires à ce stade. Utilisés correctement, les pesticides ne présentent pas de risque sérieux pour la santé humaine ou l'environnement. Malheureusement, ces observations n'ont pas empêché les groupes d'activistes et les journalistes d'induire le public en erreur sur ce sujet très important. « L'utilisation de pesticides dans le monde a presque doublé depuis 1990, selon un rapport », a rapporté le Guardian le 18 octobre :

 

« L'utilisation mondiale de pesticides a augmenté de 80 % depuis 1990, et le marché mondial devrait atteindre 130 milliards de dollars l'année prochaine, selon un nouvel Atlas des pesticides. Mais les pesticides sont également responsables d'environ 11.000 décès humains et de l'empoisonnement de 385 millions de personnes chaque année, selon le rapport. »

 

Il s'agit sans aucun doute de statistiques troublantes pour le lecteur non initié, mais ce n'est rien d'autre. L'examen des chiffres dans leur contexte montre clairement que les avantages de l'utilisation des pesticides l'emportent sur les risques qu'ils présentent.

 

 

La « flambée » de l'utilisation des pesticides

 

Commençons par la statistique la plus choquante : « L'utilisation mondiale de pesticides n'a cessé d'augmenter depuis des décennies : entre 1990 et 2017, d'environ 80 % », selon l'« Atlas des pesticides » cité par le Guardian et rédigé par les Amis de la Terre Europe (FOE) [et d'autres : Heinrich-Boell Stiftung, Bund et Pesticide Action Network Europe]. Ce chiffre ne signifie pas grand-chose en soi. En fait, en modifiant subtilement la façon dont nous mesurons l'utilisation des pesticides, nous pouvons obtenir des résultats différents. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, l'utilisation des pesticides a diminué au cours de la même période pour 1.000 dollars de production agricole (figure 5). Si nous mesurons par habitant, il n'y a pratiquement pas eu de changement depuis 1990 (figure 6).

 

 

 

 

 

 

Nous devrions également nous poser une question importante à propos de ce chiffre de 80 % : par rapport à quoi ? Par exemple, si nous commençons en 1996, la première année où les cultures génétiquement modifiées (GM) ont occupé des surfaces importantes de terres agricoles (1,66 million d'hectares), nous obtenons un élément de contexte très important. Comme le rapporte l'économiste Graham Brookes dans une étude publiée ce mois-ci :

 

« Depuis 1996, l'utilisation de pesticides sur les surfaces cultivées en OGM a diminué de 748,6 millions de kg d'ingrédients actifs (soit une réduction de 7,2 %) par rapport à la quantité raisonnablement attendue si ces surfaces avaient été plantées en cultures conventionnelles [...] En termes d'impact environnemental associé à l'utilisation d'herbicides et d'insecticides sur ces cultures [...] cette amélioration est de 17,3 %. »

 

Remarquez la variable subtile mais significative que l'analyse de Brookes, évaluée par des pairs, introduit dans la discussion : dans quelle mesure l'utilisation des pesticides aurait-elle été plus élevée sans l'introduction des cultures génétiquement modifiées au milieu des années 1990 ? Comme les économistes le savent depuis des siècles, nous devons tenir compte des effets visibles et invisibles d'une action donnée. Les FOE ont consacré moins de deux pages (p 36-37) à l'impact de la technologie GM, et le groupe n'a pas expliqué comment l'introduction de ces cultures améliorées a influencé l'utilisation des pesticides. Le rapport ne contient que des chiffres sur l'application de l'herbicide glyphosate et des « insecticides » pour certains pays et certaines périodes.

 

Cela nous amène à une autre raison pour laquelle ces chiffres sont trompeurs. Les pesticides ne sont pas tous créés égaux. Comme l'explique à juste titre les FOE, « des facteurs tels que la toxicité des substances, les méthodes d'application, les taux d'application ou la fréquence d'application jouent également un rôle » dans leurs impacts sur la santé et l'environnement.

 

Même dans les cas où la quantité de pesticides appliquée augmente, il peut y avoir un avantage net si un produit chimique moins toxique remplace ou réduit l'utilisation d'un autre ayant un profil environnemental plus mauvais. De meilleurs herbicides et insecticides ont été mis au point au fil des ans, ce qui rend ce type de progrès possible. L'addition des quantités d'un produit chimique appliqué à une culture est loin d'être aussi instructive que le public a été amené à le croire. Comme l'a noté le malherbologiste Andrew Kniss en 2017 :

 

« Une forte augmentation du poids d'herbicide appliqué pourrait simplement être due au passage d'un herbicide actif à faible dose à un herbicide moins bioactif. De même, une réduction du poids total d'herbicide appliqué peut ne pas être réellement indicative d'une réduction de l'utilisation d'herbicides, car un seul herbicide peut être remplacé par de nombreux herbicides différents avec des taux d'utilisation plus faibles, et pourrait en fait poser un risque sensiblement plus élevé pour les applicateurs et l'environnement. »

 

En gardant ces qualificatifs cruciaux à l'esprit, nous pouvons comprendre pourquoi l'accent mis par les FOE sur la « consommation mondiale de pesticides » est complètement erroné.

 

On peut en dire autant de l'observation effrayante du Guardian selon laquelle les pesticides sont « responsables d'environ 11.000 décès humains et de l'empoisonnement de 385 millions de personnes chaque année ». Ces chiffres ont été extrapolés à partir de 7.446 décès et de 733.921 cas non mortels d'empoisonnement présumé par des pesticides rapportés par des études individuelles.

 

Les chercheurs ont reconnu que leur conclusion était « en partie fondée sur une base de données faible. Certains pays n'étaient couverts que par une seule publication ou par des données portant sur des échantillons de petite taille [aussi peu que 50 personnes] de populations étudiées spécifiques ». En outre, ils ont expliqué que « la plupart des études ne donnaient pas de définitions de cas et de délais clairs ». Il est difficile d'estimer les empoisonnements par les pesticides lorsque la définition du terme « empoisonnement » est incertaine.

 

Au-delà des statistiques, les empoisonnements aux pesticides sont tragiques, même s'ils sont généralement le résultat d'une mauvaise utilisation ou d'une tentative de suicide. Cela n'a rien à voir avec la sécurité de notre approvisionnement alimentaire, ni avec le risque que courent les agriculteurs et les applicateurs de pesticides lorsqu'ils utilisent ces produits chimiques comme prévu. Nous n'utiliserions pas les décès dus à l'alcool au volant pour décourager les gens de se rendre au travail le matin, mais c'est exactement le genre de sophisme auquel se sont livré les FOE.

 

La conclusion inéluctable est la suivante : les pesticides, bien que potentiellement très dangereux, sont des outils essentiels qui aident les agriculteurs à produire notre abondante nourriture. Dans un monde sans accès à ces produits chimiques, beaucoup plus de gens auraient faim, seraient malades ou même morts. Je suis reconnaissant que nous ne vivions pas dans un tel monde.

 

______________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : The Guardian is Wrong About Pesticides (Again) | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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