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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des fausses déclarations cruciales sur le glyphosate continuent de menacer l'agriculture

13 Octobre 2022 Publié dans #Glyphosate (Roundup), #CIRC

Des fausses déclarations cruciales sur le glyphosate continuent de menacer l'agriculture

 

Ce scientifique explique comment le CIRC, une agence des Nations Unies, a probablement manipulé des données

 

Geoffrey Kabat*

 

 

Crédit : Jeff Roberson/Associated Press

 

 

Le glyphosate, l'ingrédient actif du désherbant Roundup, a été mis sur le marché il y a plus de quarante-cinq ans et est l'herbicide le plus utilisé dans le monde. Jusqu'en 2015, la toxicité ou la cancérogénicité du glyphosate suscitait peu d'inquiétudes. Cela a changé en mars 2015, lorsqu'un groupe de travail du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a conclu que le glyphosate était « probablement cancérigène pour l'homme ». (Le rapport complet, la Monographie 112 du CIRC, Some Organophosphate Insecticides and Herbicide,s est sorti presque deux ans plus tard, en janvier 2017). À partir de 2015, le jugement du CIRC a fait l'objet d'une énorme attention de la part des médias, des cercles réglementaires, des groupes environnementaux activistes et, dans le cadre de litiges intentés contre le producteur initial du produit chimique, Monsanto, et son successeur, Bayer Ag.

 

Sur la base de la détermination du CIRC, en 2017, l'État de Californie a étiqueté le glyphosate comme étant un cancérogène humain connu en vertu de la Proposition 65.

 

À partir de 2018, le verdict du CIRC a joué un rôle clé dans les premiers procès intentés contre Monsanto en Californie. Et il continue de jouer un rôle central dans les litiges contre le glyphosate.

 

Comment ce document a-t-il pu avoir une influence aussi énorme ? Le nombre de personnes qui ont réellement lu le texte de l'évaluation du glyphosate par le CIRC (Monographie 112) semble être extrêmement faible. Il semble que le jugement du CIRC ait eu un tel cachet que peu de gens ont ressenti le besoin de lire les 91 pages qui sont consacrées au glyphosate et de se faire une opinion indépendante du rapport. Au lieu de cela, il a été accepté comme un article de foi. Le fait que l'agence soit vaguement affiliée à l'Organisation Mondiale de la Santé peut expliquer en partie l'autorité largement incontestée du CIRC.

 

Une raison moins spéculative est que dix-sept supposés experts internationaux en recherche sur le cancer, qui faisaient partie du groupe de travail, ont approuvé la conclusion. Quiconque s'intéresse à la science et au processus réglementaire devrait s'interroger sur le fait que des erreurs fondamentales dans le document du CIRC aient pu échapper à tant d'experts.

 

C'est parce qu'on a accordé tant de poids à la détermination du CIRC sur le glyphosate et qu'elle a pourtant fait l'objet de si peu d'examen critique que j'écris ce commentaire. Bien qu'il y ait eu de sérieuses critiques de la détermination du CIRC sur le glyphosate (ici, ici, ici, ici et ici), un problème majeur de la classification du CIRC a souvent été négligé en raison de l'attention accordée à des questions qui, bien que dignes de commentaires, sont moins importantes. Il s'agit notamment de l'accent mis par le CIRC sur le « danger » au lieu du « risque » et des évaluations de l'Agence sur d'autres produits chimiques/substances.

 

Le statisticien Robert Tarone vient de publier une lettre dans la revue Clinical Lymphoma, Myeloma, and Leukemia en réponse à un examen des preuves que le glyphosate provoque des lymphomes non hodgkiniens**. (Tarone a travaillé à l'Institut National du Cancer pendant 28 ans, puis à l'Institut International d'Épidémiologie pendant 14 ans). Sa brève lettre, bien qu'un peu technique, mérite une lecture attentive.

 

Avant d'annexer la lettre, je soulignerai les points essentiels et ajouterai quelques commentaires de mon cru :

 

  1. Le CIRC a fondé sa classification du glyphosate sur des données concernant les animaux (c'est-à-dire des rongeurs), parce qu'il a jugé que l'épidémiologie (c'est-à-dire les données humaines) était « limitée ».

 

  1. Lorsque toutes les études sur les rongeurs sont examinées, il existe davantage d'associations inverses entre l'exposition au glyphosate et l'incidence des tumeurs que d'associations positives. (Le CIRC a simplement ignoré les associations inverses et s'est concentré sur quelques associations faiblement positives). Il existe également des preuves que, au cours de l'édition de la monographie, les preuves positives ont été renforcées et les preuves disculpatoires ont été amoindries.

 

  1. C'est Christopher Portier, un statisticien américain, qui, en 2014, a présidé un conseil consultatif qui a proposé au CIRC d'évaluer le glyphosate. Portier a ensuite servi d'« expert invité » au sein du groupe de travail qui a évalué le glyphosate. Dans les deux semaines qui ont suivi la réunion du groupe de travail, il est allé travailler comme consultant en litiges pour deux cabinets d'avocats représentant des plaignants contre Monsanto.

 

  1. L'auteur de l'étude [l'article auquel Tarone répond] prétend qu'un document comprenant des données disculpatoires sur les rongeurs n'était pas disponible pour examen par le CIRC. Cependant, Tarone souligne qu'en fait, le CIRC a cité l'article en question et a noté qu'il fournissait un supplément de données en ligne contenant les données originales sur les tumeurs, mais que le groupe de travail les a ignorées ou que le personnel du CIRC ne les lui a pas fournis. Ces données ont été incluses dans la propre évaluation de Tarone sur le CIRC et le glyphosate. Tarone commente que, quelle que soit l'explication de la non-citation de ces données, cela reflète un « manque de rigueur ».

 

  1. Pour conclure, Tarone signale un autre exemple de ce manque de rigueur. L'ordre du jour initial de la Monographie 112, qui a été publié en juillet 2014, ne comprenait que des insecticides organophosphorés – et non le glyphosate***. Le glyphosate a été ajouté plus tard, et son évaluation a peut-être été précipitée. Quoi qu'il en soit, le CIRC utilise la mauvaise désignation chimique pour le glyphosate. C'est un phosphonate, et non un organophosphate, comme indiqué dans le titre de la monographie.

 

  1. Mon dernier point est que cela nous dit quelque chose d'important : un examen méticuleux des preuves contenues dans le commentaire de 2018 de Tarone reçoit beaucoup moins d'attention – même de la part des scientifiques concernés par cette question – qu'un rapport gravement défectueux, dont la conclusion est en désaccord avec celle de toutes les autres agences sanitaires et réglementaires du monde.

 

 

 

 

Après avoir examiné certaines des questions cruciales impliquées dans l'évaluation du glyphosate par le CIRC, nous sommes mieux placés pour apprécier une phrase étonnante qui apparaît au début de la lettre de Tarone :

 

« Des preuves totalement disculpantes concernant les tumeurs des rongeurs ont dû être exclues des délibérations pour que le groupe de travail de la Monographie 112 du CIRC ait pu conclure qu'il y avait suffisamment de preuves que le glyphosate était un cancérogène pour les animaux.'

 

______________

 

Geoffrey Kabat est épidémiologiste spécialiste du cancer et auteur de Getting Risk Right: Understanding the Science of Elusive Health Risks. Retrouvez Geoffrey sur Twitter @GeoKabat.

 

** [Ma note] Robert Tarone a répondu à Dennis Weisenburger, « A Review and Update with Perspective of Evidence that the Herbicide Glyphosate (Roundup) is a Cause of Non-Hodgkin Lymphoma » (examen et mise à jour avec mise en perspective des preuves que l'herbicide glyphosate (Roundup) est une cause de lymphome non hodgkinien).

 

Nous avons rencontré Dennis Weisenburger dans nos pérégrinations, notamment ici et surtout ici, un article qui reproduit l'opinion, plutôt cinglante, du juge Vince Chhabria sur la crédibilité de sa déposition.

 

*** [Ma note] Il y a eu trois captures du programme des groupes de travail sur les monographies en 2014.

 

 

Après le passage de témoin entre Chris Wild et Elisabete Weiderpass, les URL ont été modifiés, de sorte que l'on ne peut plus accéder aux archives en partant du site web du CIRC. Si nous avons pu y accéder, c'est parce que nous avons noté l'ancienne URL dans nos documents.

 

 

 

 

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U
Les études les plus significatives ( AHS et Agrican ) sont parues aorès l'avis du CIRC.<br /> Elles ne montrent pas d'effet significatif du glyphosate.<br /> L'avis du CIRC est de toute façon obsolète.
Répondre
M
Cela n'a aucune importance, le glyphosate a été définitivement admis comme dangereux par décision politique et médiatique.<br /> L'affaire est pliée.