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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Projet européen de réduction des produits phytosanitaires : prenez position !

14 Septembre 2022 Publié dans #Union Européenne, #Pesticides

Projet européen de réduction des produits phytosanitaires : prenez position !

 

Hans-Heinrich Voigts chez Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

C'est jusqu'au 19 septembre que chacun peut donner son avis sur l'utilisation des produits phytosanitaires. Voici la lettre que Hans-Heinrich Voigts a envoyée à Bruxelles et que je peux publier ici.

 

Ma note : Pour répondre à la Commission Européenne sur la proposition de règlement « concernant une utilisation des produits phytopharmaceutiques compatible avec le développement durable et modifiant le règlement (UE) 2021/2115 », c'est ici (descendre jusqu'au rectangle jaune « Donnez votre avis »).

 

 

C'est avec l'agriculture qu'a commencé le développement culturel de l'humanité et la création de richesses. Le législateur fédéral [allemand] a précisé dans la loi fédérale sur la protection de la nature que l'exploitation agricole conforme ne constitue pas une intervention dans l'équilibre naturel. Voir article 14, alinéa 2 de la loi fédérale sur la protection de la nature !**

 

Je soutiens expressément la réduction de l'utilisation de produits phytosanitaires dans les cultures, grâce à la rotation des cultures, à l'utilisation des techniques agricoles les plus récentes, au choix des variétés ainsi qu'aux connaissances et au savoir-faire en matière de cultures. Mais je refuse catégoriquement d'interdire l'utilisation de produits phytosanitaires dans les zones protégées [sensibles] sur une surface de 3.546.000 ha à l'échelle de l'Allemagne.

 

Nous sommes une exploitation de grandes cultures dans la région de Calenberg, avec un assolement diversifié. La région se caractérise par une grande fertilité des sols, avec des indices de valeur des sols de 66 à 98 points. La rotation se compose de betteraves sucrières, blé, pommes de terre, blé, colza, maïs et pois. La même culture, à l'exception du blé, est cultivée au plus tous les cinq ans sur le même champ. Nous exploitons dans la zone de protection des paysages deux parties de l'exploitation. La troisième est située dans la zone de protection des eaux.

 

L'interdiction des mesures phytosanitaires mettrait massivement en danger les rendements et la qualité des produits.

 

 

Colza

 

Pour la culture du colza, il faudrait s'attendre à des pertes de rendement de 30 à 50 % en raison des maladies fongiques Sclérotinia et Phoma ainsi que des ravageurs. Conclusion : la culture du colza ne serait donc plus viable et ne serait en outre pas rentable.

 

 

Pommes de terre

 

Pour la culture des pommes de terre, l'utilisation d'herbicides peut être remplacée au mieux par un désherbage mécanique, mais ce n'est pas le cas des produits phytosanitaires contre les agents pathogènes fongiques etles ravageurs. En effet, lorsque le temps est humide et lourd, le mildiou peut entraîner des pertes de rendement de 50 %, sans parler de la capacité de stockage des pommes de terre. Les années de calamité comme celle-ci, le doryphore peut causer des dommages de 60 % de perte de rendement s'il n'est pas combattu. Si le mildiou ne peut plus être combattu chimiquement sur l'ensemble du territoire, il est impossible d'éviter des épidémies dans des régions entières, et donc des mauvaises récoltes. La famine qui a frappé l'Irlande en 1850 devrait être un avertissement suffisant. Conclusion : la culture de la pomme de terre ne serait donc plus rentable.

 

 

Blé

 

La culture qui représente la plus grande part de surface dans notre exploitation nécessite une protection chimique contre l'oïdium, l'helminthosporiose, le piétin-verse et les fusarioses dans certaines conditions météorologiques. Les fusarioses peuvent être particulièrement dangereuses pour la santé, car elles ont un effet toxique et les grains atteints ne pourraient même plus être utilisées comme fourrage. Conclusion : la culture du blé ne serait donc pas rentable.

 

 

Betteraves sucrières

 

La culture de la betterave sucrière est le pilier de notre exploitation. La technique agricole actuelle n'est pas encore prête à remplacer l'utilisation d'herbicides et peut entraîner un travail manuel d'environ 100 heures par ha. Outre le fait qu'il n'y a pas de main-d'œuvre disponible pour cela, même avec le salaire minimum, les coûts s'élèvent à plus de 1.000 €. L'interdiction du traitement des semences aux néonicotinoïdes peut nécessiter un budget insecticide trois fois plus élevé que le traitement des semences. En cas d'attaque des betteraves sucrières par le virus, il faut s'attendre à des pertes de rendement de 50 %. Remarque : les abeilles ne butinen pas sur les betteraves sucrières. Les maladies foliaires telles que la cercosporiose, la ramulariose et l'oïdium peuvent entraîner des pertes de rendement de 30 % ou plus selon le moment où elles apparaissent. La sélection de la résistance n'est pas encore très avancée dans ce domaine. Les méthodes de sélection CRISPR/Cas, que vous rejetez en tant que manipulations génétiques, permettraient d'obtenir des résultats de sélection plus rapides et plus ciblés, rendant ainsi les interventions phytosanitaires superflues. Conclusion : la culture de la betterave sucrière ne serait plus rentable.

 

 

Protection phytosanitaire

 

Pour la planification et la mise en œuvre de la protection phytosanitaire, nous sommes conseillés par la chambre d'agriculture de Basse-Saxe, y compris pendant la végétation lors de visites sur le terrain. Nous utilisons les techniques les plus récentes avec un guidage GPS et un personnel compétent. Malgré toute la technique, les connaissances spécialisées et les prévisions météorologiques, les conditions météorologiques nous jouent parfois des tours. L'agriculture se pratique à l'air libre et non en laboratoire.

 

 

Mon appel

 

La Commission Européenne doit retirer le projet, car la menace de faillite ne pèse pas seulement sur les exploitations situées dans les zones protégées. La sécurité alimentaire de la population est en jeu. En cas de pénurie, les prix des denrées alimentaires s'envolent pour la population. La guerre en Ukraine en est un exemple édifiant, lorsque les céréales et les oléagineux se font rares sur le marché. J'attends de la Commission Européenne qu'elle n'interdise pas la méthode de sélection des plantes CRISPR/Cas en tant que technique génétique, car elle permettrait de développer plus rapidement des cultures résistantes aux maladies, des cultures efficaces en termes de nutriments ainsi que des cultures résistantes à la sécheresse. En cas de délocalisation de la production végétale dans d'autres pays européens, les besoins en surface seront deux fois plus élevés en raison des rendements plus faibles, sans parler de l'explosion des coûts de transport et du bilan CO2.

 

J'ai l'impression que nous nous trouvons au milieu d'une guerre de religion que je croyais terminée depuis 500 ans. Les connaissances scientifiques sont ignorées pour imposer des convictions et des opinions.

 

 

Conclusion

 

Du point de vue de l'économie générale, la pandémie de Covid-19 – avec les perturbations et les interruptions des flux internationaux de commerce et de marchandises –, ainsi que les conséquences de la guerre en Ukraine – avec l'explosion des prix de l'énergie et des denrées alimentaires –, devraient être une incitation à continuer à développer l'Europe en tant que site favorable à l'agriculture. La « voie de la Basse-Saxe » devrait être le fil conducteur de la politique agricole de l'UE.

 

Avec mes salutations les plus cordiales

 

Hans-Heinrich Voigts

 

Les articles invités représentent l'opinion de l'auteur.

 

______________

 

 

* Source : Nehmen Sie Stellung! - Bauer Willi

 

** Cet article a la teneur suivante :

 

Article 14 Interventions dans la nature et le paysage

 

(1) Les interventions dans la nature et le paysage au sens de la présente loi sont des modifications de la forme ou de l'utilisation de surfaces de base ou des modifications du niveau de la nappe phréatique en relation avec la couche de sol vivante, qui peuvent porter atteinte de manière significative aux prestations et au fonctionnement de l'équilibre naturel ou à l'aspect du paysage.

 

(2) L'utilisation du sol à des fins agricoles, sylvicoles ou piscicoles n'est pas considérée comme une intervention, dans la mesure où elle tient compte des objectifs de protection de la nature et d'entretien des paysages. Si l'utilisation du sol à des fins agricoles, sylvicoles et de pêche répond aux exigences visées à l'article 5, alinéas 2 à 4, de la présente loi ainsi qu'aux exigences de bonnes pratiques découlant de l'article 17, alinéa 2, de la loi fédérale sur la protection des sols et du droit de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche, elle n'est généralement pas contraire aux objectifs de protection de la nature et d'entretien des paysages.

 

(3) N'est pas considérée comme une intervention la reprise d'une utilisation du sol à des fins d'agriculture, de sylviculture ou de pêche lorsqu'elle a été temporairement limitée ou interrompue

 

1. en raison d'accords contractuels ou de la participation à des programmes publics de limitation de l'exploitation et si la reprise a lieu dans les dix ans suivant l'expiration de la limitation ou de l'interruption,

 

2. en raison de la mise en œuvre de mesures de compensation anticipées, mais que la mesure anticipée n'est pas utilisée pour une compensation. »

 

Cet article fait l'objet de nombreuses clauses particulières dans les Länder.

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U
Ma contribution :<br /> Les problèmes relevant de la science doivent être traités par des scientifiques et non des politiciens. En matière de pesticides, seule l'EFSA est compétente et ses avis devraient avoir valeur réglementaire.
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