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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le niébé GM du Ghana va améliorer l'agriculture et stimuler l'économie

14 Septembre 2022 Publié dans #Afrique, #OGM, #économie

Le niébé GM du Ghana va améliorer l'agriculture et stimuler l'économie

 

Dennis Baffour-Awuah*

 

 

Image : Niébé conventionnel qui sera mis sur le marché au Ghana. Photo : Alliance pour la Science

 

 

L'autorisation du niébé génétiquement modifié au Ghana ouvre la voie à des avancées agricoles et à des opportunités économiques, selon des chercheurs.

 

Le Ghana a adopté sa première culture biotechnologique, le niébé résistant aux foreurs de gousses (PBR – pod borer-resistant), en juin de cette année, ce qui en fait le deuxième pays au monde à approuver le niébé génétiquement modifié pour la commercialisation. Il a fallu environ neuf ans aux chercheurs pour réaliser cet exploit.

 

Les agriculteurs, qui sont les destinataires de cette technologie, ont exprimé leur enthousiasme face à cette évolution et espèrent avoir bientôt les semences de niébé PBR entre leurs mains. M. Emmanuel Attakorah, 56 ans, qui exploite un champ de niébé de 4 hectares, s'est réjoui de ce développement et a demandé que davantage d'informations soient données pour sensibiliser les agriculteurs aux meilleures pratiques culturales à adopter pour cultiver ce produit.

 

« Je traite sur ma ferme au moins quatre fois par campagne, pour tuer les parasites, mais quand les parasites sont tenaces, je peux traiter environ deux fois de plus », a déclaré M. Attakorah. « Je suis heureux que nous puissions enfin cultiver le nouveau niébé qui résiste aux parasites. J'aimerais connaître le prix des semences, comment elles sont cultivées et même l'espacement des plantes à utiliser. »

 

Mme Serwaa Doris, qui a cultivé 1,2 hectare de niébé conventionnel la saison dernière, s'est plaint du faible rendement, même après avoir traité six fois pour lutter contre le Maruca. S'adressant à l'Alliance pour la Science, elle a déclaré que la cause principale de ce faible rendement était la faible pluviosité, les parasites et les mauvaises herbes. Elle a déclaré qu'elle aimerait être l'un des premiers agriculteurs à cultiver le niébé PBR et à en récolter les bénéfices. De cette façon, elle pourrait servir de promoteur de la technologie auprès d'autres agriculteurs.

 

Bien que la recherche se poursuive pour développer un riz génétiquement modifié efficace en azote et en eau (NEWEST), les chercheurs affirment que l'approbation du niébé PBR donnera le ton pour améliorer d'autres cultures à l'aide de la biotechnologie et réaliser des gains économiques.

 

Le Dr Daniel Osei Ofosu, chercheur à l'Institut de Recherche sur la Biotechnologie et l'Agriculture Nucléaire de la Commission de l'Énergie Atomique du Ghana (BNARI-GAEC), a déclaré dans un entretien accordé à l'Alliance pour la Science que la commercialisation du niébé résistant au foreur des gousses contribuera à mettre fin à l'importation de produits chimiques qui, à long terme, affectent la santé des agriculteurs. Il a noté que la particularité de l'approbation du Ghana est l'action directe d'approuver une culture alimentaire majeure telle que le niébé, soulignant qu'il s'agit d'un test de la technologie.

 

Il a déclaré que l'approbation de la technologie aidera les étudiants en biotechnologie agricole dans les différentes institutions tertiaires du pays à comprendre ce qu'ils étudient et à savoir de première main comment elle est appliquée par les agriculteurs, rendant ainsi leurs études plus réalistes.

 

« Lorsque vous parlez d'une technologie et que les gens n'ont pas de choses tangibles à toucher, cela semble un peu abstrait », a-t-il expliqué. « Donc dans mon esprit, je pense que l'approbation va enthousiasmer les étudiants parce qu'ils vont maintenant voir le potentiel. Après l'école, s'ils se lancent dans la recherche, ils seront en mesure de trouver de meilleures solutions pour l'agriculture. Et pour les étudiants qui ne sont pas encore entrés à l'université, cela leur donnera l'espoir de pouvoir contribuer à un moment donné à la production d'aliments plus sûrs et moins chers pour notre population. »

 

Mme Saeedatu Sulaiman, étudiante en biotechnologie à l'Université des Études de Développement de Tamale, a exprimé son enthousiasme. Elle a déclaré que cette initiative contribuerait à réduire le chômage et les importations, tout en la motivant à étudier dur pour s'adapter à ce domaine. Elle a ajouté que « l'acceptation du niébé Bt [PBR] permettra de dissiper les doutes et les idées fausses sur les OGM. »

 

 

Étudiants en biotechnologie à l'Université des Études de Développement de Tamale. Photo : Dennis Baffour-Awuah

 

 

Le Dr Richard Ampadu-Ameyaw, coordinateur national du Forum Ouvert pour la Biotechnologie Agricole, a ajouté que l'approbation et la commercialisation éventuelle du niébé PBR stimuleront l'économie. Il a expliqué que le niébé est devenu une source majeure de protéines pour beaucoup, et que sa disponibilité sur le marché aidera le commerce local et international.

 

« En ce qui concerne les exportations d'Afrique de l'Ouest, le niébé est l'une des cultures consommées par la plupart d'entre nous, donc si nous parlons de commerce au niveau sous-régional, le niébé peut être l'un des produits sélectionnés, et je peux vous dire que si nous en faisons le commerce, ne serait-ce qu'en Afrique de l'Ouest, cela stimulera l'économie. » Il a ajouté que davantage de produits alimentaires peuvent être développés à partir du niébé, attirant ainsi davantage d'agriculteurs et de transformateurs et rendant la chaîne de valeur lucrative pour tous.

 

Bien que le Ghana ne soit pas considéré comme l'un des premiers utilisateurs de la technologie, M. Ofosu a déclaré que le pays avait mis en place tous les mécanismes nécessaires pour que ses scientifiques puissent renforcer leurs capacités. Cependant, s'il n'y a pas d'investissements dans l'acquisition de ressources pour améliorer les cultures sur lesquelles on travaille, les scientifiques seront à la merci des institutions étrangères. Il a appelé le gouvernement à s'inspirer de la pandémie de Covid-19 et à donner la priorité à l'agriculture, affirmant que le secteur en est encore à ses débuts.

 

« La plupart du temps, les gens disent que les scientifiques ghanéens ne travaillent pas », a déclaré M. Ofosu. « Ils peuvent sembler ne pas travailler parce que les outils nécessaires au travail ne sont pas à leur disposition. Regardez ce que nous avons pu réaliser avec nos institutions de santé pendant la pandémie. Que se passe-t-il lorsqu'il s'agit de nourriture ? Tout le monde doit manger, qu'il soit malade ou non. Si nous avons des problèmes avec nos aliments et que nous n'investissons pas dans la recherche pour résoudre ces problèmes, nous arriverons à un point où il ne s'agira peut-être pas d'une pandémie, mais d'une épidémie où, en tant que pays, nous ne serons pas capables de nous nourrir. »

 

Il a ajouté que même si le public semble aujourd'hui mieux comprendre la technologie qu'auparavant, les scientifiques ne doivent pas hésiter à éduquer les gens à ce sujet. « Nous devons continuer à fournir un environnement favorable par le biais de réglementations et de politiques, afin de garantir que les technologies pertinentes dans ce domaine soient employées dans le pays pour aider à résoudre nos problèmes alimentaires. »

 

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* Source : Ghana's GM cowpea to improve agriculture, boost economy - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 

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