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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Je suis un « carboculteur », un producteur de carbone !

16 Septembre 2022 Publié dans #Agronomie

Je suis un « carboculteur », un producteur de carbone !

 

Andre Figueiredo Dobashi*

 

 

 

 

Je suis un « carboculteur », un producteur de carbone.

 

Avez-vous déjà entendu parler d'une telle chose ? Personne n'en a entendu parler, et personne ne parle vraiment de moi de cette façon – mais à l'ère du changement climatique, nous avons besoin de nouveaux termes pour pouvoir penser l'agriculture autrement.

 

Je ne cultive pas de carbone dans ma ferme au Brésil, bien sûr. Je cultive plutôt du soja et du maïs. Cela signifie que l'on me décrit généralement comme un producteur de légumineuses ou un producteur de céréales. Il y a quelques mois, c'était le soja qui était notre première culture commerciale de l'année. Aujourd'hui, c'est le maïs, que nous sommes sur le point de récolter en tant que deuxième culture commerciale de 2022.

 

Pourtant, je pratique également l'agriculture du carbone car, en plus de produire des aliments, mes cultures retirent le carbone de l'atmosphère et le stockent dans le sol, où il enrichit la matière organique du sol.

 

L'année dernière, j'ai inventé un nom provocateur pour cette pratique: le « kidnapping du carbone ».

 

En anglais, « carbon kidnapping » est une métaphore qui attire l'attention et remplace « carbon sequestration », un terme plus abstrait que les scientifiques ont tendance à préférer. L'idée du « kidnapping de carbone » m'est venue parce que dans ma langue maternelle – le portugais, la langue officielle du Brésil – les verbes « kidnapper » et « séquestrer » sont identiques.

 

Lorsque j'évoque le « kidnapping de carbone » au Brésil, les auditeurs ont tendance à penser que je suis sur le point de me lancer dans un exposé ennuyeux sur la séquestration. En revanche, pour les auditeurs du monde anglophone, cette façon frappante de parler de ce qui se passe dans notre ferme suscite l'attention des gens. Ils veulent entendre ce que j'ai à dire. Cela crée une occasion rare de s'engager avec des esprits ouverts.

 

C'est important car, parmi les personnes à l'esprit étroit, les agriculteurs sont souvent considérés comme les créateurs de problèmes plutôt que comme les réponses à ces problèmes. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne le changement climatique, où l'agriculture et les agriculteurs font partie intégrante de la solution.

 

Il est indéniable que les agriculteurs produisent les denrées alimentaires, les aliments pour animaux et les fibres dont tout le monde a besoin, et que nos exploitations agricoles relèvent en permanence les défis du changement climatique et de son impact sur notre environnement.

 

Il est important que les consommateurs, les responsables publics et même nos collègues agriculteurs considèrent l'agriculture non pas comme une menace pour le changement climatique, mais comme une ressource dans la lutte contre ce phénomène.

 

Je suis devenu un kidnappeur de carbone agressif lorsque j'ai adopté un système d'agriculture sans labour, de conservation des sols. Nous essayons de perturber le moins possible le sol, afin qu'il conserve son humidité, préserve la biodiversité et se prémunisse contre l'érosion.

 

Un élément important de notre stratégie consiste à semer des cultures de couverture. Lorsque nous semons notre maïs, par exemple, nous semons également un Brachiaria, une herbe spéciale qui reste dans le sol même après la récolte du maïs. Elle devient alors une centrale de piégeage du carbone, captant le carbone de l'air et le stockant dans le sol, où il aidera la prochaine série de cultures commerciales à prospérer.

 

L'herbe n'est pas notre seule culture de couverture. Nous comptons également sur l'avoine, le sorgho et le millet. Nous essayons sans cesse de nouvelles combinaisons pour savoir ce qui fonctionne le mieux avec notre assortiment de cultures commerciales et dans notre région. Nous avons même intégré le bétail à nos méthodes, ce qui nous aide à contrôler les cultures de couverture et constitue même une source naturelle d'engrais. (Pour voir comment tout fonctionne, regardez ma courte vidéo).

 

Un autre avantage du semis direct est qu'en s'appuyant davantage sur les processus naturels, nous dépendons moins de la mécanisation. Nous aurons toujours besoin de tracteurs et d'autres grosses machines, mais nous ne les utilisons plus autant qu'avant. Comme nous brûlons moins de carburant, nous économisons plus d'argent, surtout en ce moment où les prix des carburants s'envolent. Nous émettons également moins de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

 

C'est un scénario gagnant-gagnant-gagnant. Les agriculteurs sont gagnants parce que nous produisons plus avec moins, ce qui améliore nos résultats. Les consommateurs y gagnent parce que l'abondance de nourriture permet de contenir les prix, surtout en période d'inflation, de hausse des coûts alimentaires mondiaux et, pour certains, de pénurie alimentaire. Et l'environnement est gagnant car nos techniques sont moins perturbatrices pour le sol et le rendent plus sain.

 

Appelez cela comme vous voulez : kidnapping du carbone, agriculture du carbone ou séquestration du carbone. C'est la même chose, et c'est la meilleure façon d'aller de l'avant alors que les agriculteurs utilisent l'innovation et la technologie pour nettoyer le monde.

 

__________________

 

* Andre Figueiredo Dobashi, agriculteur, Brésil

 

Andre cultive sans labour (no-till) 3.000 hectares de soja GM et de maïs hybride GM à la frontière entre le Brésil et le Paraguay. Il élève également du bétail dans la même zone pendant la saison hivernale, ce qui réduit l'empreinte carbone de la viande. Il a amélioré le premier projet d'agriculture à faible émission de carbone sur son exploitation, en travaillant avec un fonds bancaire public et le soutien d'un fournisseur multinational d'intrants pour mettre en œuvre ses meilleures pratiques et les partager avec d'autres producteurs. Les meilleures pratiques de gestion et la responsabilité environnementale le guident dans ses décisions de production.

 

André est un leader agricole dans l'État du Mato Grosso do Sul. Il est président de l'association des producteurs de soja de l'État. Outre l'agriculture, il conselle d'autres producteurs sur l'agriculture de précision et les systèmes de production intégrés. Andre a récemment pris part aux efforts de plaidoyer visant à amplifier la connectivité Internet dans les zones rurales.

 

Source : I’m a Carbon Farmer! – Global Farmer Network®

 

 

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