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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un pionnier de l'agroécologie plaide en faveur des cultures biologiques CRISPR

9 Août 2022 Publié dans #Agriculture biologique, #NGT

Un pionnier de l'agroécologie plaide en faveur des cultures biologiques CRISPR

 

Cameron English*

 

 

Image : Merio via Pixabay

 

 

Les agriculteurs biologiques devraient-ils cultiver des plantes génétiquement éditées ? Une figure de proue du mouvement agro-écologique répond par l'affirmative, tout comme la génération d'écologistes qui lui emboîte le pas.

 

 

Les recherches menées depuis de nombreuses années ont clairement démontré que l'agriculture biologique a tendance à nécessiter plus de terres tout en produisant moins de nourriture que son homologue conventionnelle. Il y a cependant un argument persistant : ce déficit de rendement pourrait être atténué si les agriculteurs biologiques pouvaient cultiver des plantes génétiquement modifiées. En prime, ces agriculteurs devraient utiliser moins de pesticides dans de nombreux cas, réduisant ainsi l'impact environnemental de l'agriculture – un objectif partagé par de nombreux partisans de l'agriculture biologique.

 

Il s'agit là d'un argument assez classique en faveur de l'élargissement de l'utilisation de la biotechnologie agricole. Mais ce que beaucoup de lecteurs ne savent peut-être pas, c'est qu'il y a des voix au sein du mouvement de l'agriculture biologique qui le reconnaissent également. L'une de ces voix est celle d'Urs Niggli, président de l'Institut d'Agro-écologie et pionnier largement reconnu de l'agriculture biologique. Ces dernières années, il a reconnu à plusieurs reprises que la biotechnologie n'était pas le croque-mitaine que certains de ses collègues prétendaient. Répondant à une question sur l'agriculture durable, M. Niggli a récemment déclaré au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung [du 9 février 2022] que le monde devait reconnaître les limites de l'agriculture biologique :

 

« Nous ne pouvons pas rêvasser et être heureux dans la bulle bio ! Si l'on passe entièrement à l'agriculture biologique, la productivité diminue fortement. Il faudrait alors importer beaucoup plus de denrées alimentaires et donc exporter des impacts environnementaux vers d'autres pays. […] Cela aurait des effets catastrophiques sur la biodiversité […] La combinaison d'une productivité élevée et d'une durabilité écologique élevée est la voie que nous devons suivre aujourd'hui. Il faut plus que du bio. »

 

Comment combiner haute productivité et durabilité ? En incorporant des cultures génétiquement éditées. Cette suggestion fait sortir de nombreux militants de leurs gonds, mais M. Niggli soutient qu'il s'agit d'une proposition parfaitement raisonnable. De nombreuses variétés produites et vendues comme produits « certifiés biologiques » ont été obtenues par une forme de sélection par mutation. Lisez cet article détaillé si vous voulez en savoir plus, mais voici l'essentiel :

 

« La mutagenèse consiste à exposer des plantes à des radiations ionisantes ou, plus rarement, à des produits chimiques pour faire muter leurs gènes, puis à les cultiver pendant plusieurs générations pour isoler les caractères souhaitables. Les plantes possédant ces caractères sont sélectionnées pendant encore plusieurs générations afin d'obtenir une certaine uniformité, puis testées sur le terrain pour voir comment elles se comportent dans le monde réel. Si ces plantes mutées donnent de bons résultats, elles sont autorisées** et distribuées aux agriculteurs. »

 

Étant donné que les techniques d'édition de gènes comme CRISPR-Cas9 fonctionnent essentiellement de la même manière, mais avec beaucoup plus de précision, il semble qu'il n'y ait aucune raison d'exclure les cultures génétiquement éditées de l'agriculture biologique. Mais la logique prévaut rarement dans ces discussions ; toutes les semences génétiquement modifiées sont interdites. Les agriculteurs biologiques peuvent cultiver des plantes contenant des milliers de mutations aléatoires dans leur génome, mais les plantes obtenues par des méthodes plus précises sont interdites. « Comment cela s'articule-t-il ? » demande Uggli de manière rhétorique, car la restriction n'a évidemment aucun sens.

 

 

Les cultures génétiquement éditées n'ont rien d'« inorganique ».

 

Voici un autre élément à prendre en compte. Les cultures génétiquement modifiées sont améliorées au niveau moléculaire des années avant d'être cultivées à des fins commerciales. Le terme « biologique », quant à lui, décrit les méthodes utilisées pour produire une culture à des fins commerciales. Quel sens cela a-t-il, alors, d'exclure des plantes en raison de leur génétique ? Aucun. Et cela nous amène à une constatation importante : l'idée que les agriculteurs conventionnels et biologiques sont des adversaires idéologiques dans une bataille rangée pour l'âme de l'agriculture est une fiction. Comme le rapportait AgDaily au début de l'année dernière :

 

« Cette rivalité n'est cependant pas représentative de la réalité. Il y a trop de chevauchements fonctionnels pour que les graines de la méchanceté soient plantées. Par exemple, ces dernières années, les producteurs conventionnels ont davantage adopté les pratiques de culture de couverture utilisées depuis longtemps par les producteurs biologiques, tandis que ces derniers pratiquent davantage le semis direct, comme l'ont fait les producteurs conventionnels. Et il n'est pas rare de trouver un producteur "conventionnel" à grande échelle qui cultive une partie importante de ses terres sur le mode biologique. »

 

Il me semble que le génie génétique pourrait devenir un « croisement fonctionnel » de plus. Cela a été empêché par une poignée de groupes d'activistes qui promeuvent une perspective « agriculture biologique ou rien (ABOR) ». Les questions honnêtes sur les frontières floues entre les méthodes de sélection et la génétique des semences sont une hérésie pour cette faction. « Les OAACs existent là où il n'y a pas de discussion cohérente, seulement de l'idéologie », ajoute AgDaily. L'Organic Consumers Association (OCA), une organisation anti-OGM notoire, en est peut-être le meilleur exemple ; ce groupe militant s'est même opposé à la vente de cultures issues de mutations provoquées sous la bannière « biologique ».

 

 

Conclusion

 

Mais l'OCA a un adversaire de taille en la personne d'une personnalité respectée comme M. Niggli, qui semble vouloir faire évoluer le débat dans un sens favorable à la technologie. Une jeune génération d'écologistes, notamment dans l'UE, ne voit guère de raison de rester farouchement anti-OGM. Un vieux dicton dit que « la science progresse d'un enterrement à l'autre ». Il en va peut-être de même pour l'agriculture biologique.

 

_____________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

** Ma note : « licensed ». Ce mot est un peu ambigu. Il n'y a généralement pas de réglementation, notamment dans l'Union Européenne, qui soumet la commercialisation d'une variété obtenue par mutagenèse à une procédure d'autorisation autre que celle qui s'appliquz aux variétés « conventionnelles » (inscription au catalogie, le cas échéant).

 

Source : Agroecology 'Pioneer' Makes the Case for Organic CRISPR Crops | American Council on Science and Health (acsh.org)

 

 

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