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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Que penser de la recherche sur le Roundup impliquant des convulsions de vers [de nématodes] ?

30 Août 2022 Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Que penser de la recherche sur le Roundup impliquant des convulsions de vers [de nématodes] ?

 

Tim Durham*

 

 

 

 

Flash info : Study links common weedkiller to animal convulsions, une étude relie un désherbant commun à des convulsions animales ! Le coupable ? Le bon vieux Roundup.

 

Dans un contexte de jugements à plusieurs millions de dollars (pour des liens ténus du Roundup avec le cancer), ce titre confirme ce que beaucoup soupçonnent depuis longtemps – une autre maladie s'ajoute à une longue liste de maladies imposées par Monsanto à un monde sans méfiance. Non seulement le Roundup est supposé être cancérigène (une affirmation qui ne ferait que le mettre au même niveau que Disneyland, le café, les cannes à pêche et le travail de nuit [en Californie]), mais c'est aussi une puissante neurotoxine, selon cette nouvelle recherche ! Une double peine de premier ordre.

 

D'un point de vue juridique, puisqu'un tribunal a jugé Bayer (désormais propriétaire de la propriété intellectuelle du Roundup) responsable de cas de lymphome non hodgkinien, il doit en être ainsi. Pour beaucoup de personnes dans le secteur public, c'est le mot de la fin. Sauf qu'une déclaration de culpabilité n'est pas toujours fondée sur une science solide, mais souvent sur un appel aux émotions. Les juges et les jurys sont d'horribles arbitres de la vérité scientifique.

 

Mais que se passe-t-il lorsque la science semble juger de la « culpabilité » en utilisant un cadre rigoureux de recherche et d'expérimentation ? Cela devrait (en théorie) soutenir les résultats, tout en élevant le niveau de confiance.

 

En tant que scientifique appliqué, j'ai été chargé d'évaluer un récent article évalué par des pairs, un article controversé de surcroît. En résumé, l'étude de la Florida Atlantic University exposait un organisme modèle appelé Caenorhabditis elegans (un petit nématode couramment utilisé comme une sorte de « rat de laboratoire ») à l'ingrédient actif glyphosate (formulé et commercialisé sous le nom de Roundup ou sous un certain nombre d'autres noms génériques).

 

On a découvert que l'exposition à des niveaux nettement inférieurs aux limites établies provoquait des convulsions non récupérables – ce qui a suscité des questions sur la neurotoxicité chez les animaux et les humains. Essentiellement, elle a court-circuité la signalisation neurologique en provoquant un retard paralysant. Lorsque les scientifiques ont administré un médicament anti-épilepsie, le robinet bouché s'est ouvert et C. elegans s'est complètement rétabli.

 

 

 

 

Ils affirment que ce phénomène mérite une plus grande attention, notamment parce que 1) le Roundup est l'un des herbicides les plus utilisés, et son utilisation est appelée à augmenter, et 2) la voie chimique équivalente chez l'Homme (dans laquelle le glyphosate peut potentiellement interférer en touchant une cible neurologique) régule la locomotion, le sommeil et l'humeur. Cela peut potentiellement s'étendre à l'épilepsie, l'anxiété, la dépression et, à long terme, la maladie de Parkinson.

 

L'équipe de recherche a commencé par un constat qui donne à réfléchir : plus de 80 % des échantillons d'urine d'adultes et d'enfants présentaient des niveaux détectables de glyphosate, selon les Centers for Disease Control and Prevention. Ils ont omis de dire si ces quantités étaient supérieures aux seuils acceptables (c'est douteux), ou s'il s'agissait simplement d'un test de présence/absence (c'est très probable). Je ne suis pas particulièrement inquiet, car le glyphosate est expulsé du corps très rapidement. En outre, les instruments et les procédures de test actuels ont des niveaux de sensibilité et de discrimination insensés, de sorte qu'un test « chaud » ne signifie pas grand-chose sur le plan fonctionnel. Il s'agit de parties par milliard (ou moins) d'un produit chimique dont le temps de séjour est court. Un ensemble exhaustif de connaissances (plus de 40 ans) atteste de ce fait.

 

Les chercheurs ont signalé des effets observables chez C. elegans à des concentrations de glyphosate 300 fois inférieures (0,002 %) à ce qui est recommandé pour les consommateurs [ma note : c'est la première fois que je vois une « concentration […] recommandée »...]. Décourageant, c'est sûr. Mais cela ne résout pas l'ensemble du tableau expérimental.

 

Le protocole prévoyait de provoquer des crises en électrocutant les nématodes afin de neutraliser temporairement leur système neurologique. Ce n'est donc pas le glyphosate (ou Roundup) qui a provoqué les crises lors de l'exposition. Il a simplement « dopé » (augmenté) le temps de récupération en s'opposant à des voies neurologiques spécifiques. En effet, le glyphosate/Roundup a étouffé les signaux, prolongeant l'épisode épileptique. C'est juste. Mais la souche spécifique de nématodes utilisée était connue pour être particulièrement vulnérable à l'étouffement des signaux et pour avoir naturellement des convulsions prolongées en cas de stress !

 

Cela nous ramène à une autre étude – la tristement célèbre « étude » de Séralini. Cet article (aujourd'hui rétracté) affirmait que des rats soumis à un régime à long terme à base de maïs GM développaient des tumeurs. Cependant, la souche spécifique de rats de laboratoire utilisée était connue pour développer spontanément des tumeurs, ce qui invalidait les résultats.

 

 

Le temps a montré que le travail de Séralini était mort, mais son héritage mortel continue d'entraver la propagation de technologies judicieuses qui pourraient aider à nourrir plus de gens et à réduire les impacts environnementaux de l'agriculture.

 

 

En tant qu'agriculteur, je me pose également des questions sur les concentrations mentionnées dans l'article. Les chercheurs font référence aux concentrations pour les consommateurs, plutôt qu'aux taux commerciaux, qui sont de 22 fl oz de Roundup par acre [1,6 litre de Roundup par hectare]. Cela représente la majeure partie des applications dans le monde. À l'école primaire, on m'a toujours appris à montrer mon travail. Si nous partons du principe qu'un sol typique peut contenir 1 pouce d'eau par pied [8 millimètres d'eau par décimètre], et qu'un acre-pied d'eau (un acre de terrain, un pied [12 pouces] de profondeur) représente 326.000 gallons [3.050 mètres cubes/hectare], alors le profil du sol d'un acre typique contiendrait 27.167 gallons d'eau [254 mètres cubes/hectare]. Convertir 22 fl oz de Roundup en gallons = 0,17 gallons. Divisez 0,17 par 27.167 gallons : cela équivaut à environ 0,0006 % de Roundup en volume. Cela signifie que les valeurs déclarées par les chercheurs sont plus de 3 fois supérieures à celles réellement trouvées dans un environnement d'eau du sol – sans tenir compte 1) de la dégradation constante par des moyens biologiques et environnementaux et 2) du fait que le Roundup n'est pas 100 pour cent glyphosate pour commencer (en raison d'autres ingrédients dans la recette formulée) ! [Ma note : 3) du fait que tout le glyphosate ne se retrouve pas au sol et 4) du fait que le glyphosate ne va pas percoler dans l'ensemble du sol.]

 

En fait, le Roundup n'est composé que d'environ 50 % d'ingrédient actif, le reste étant constitué de divers co-formulants qui améliorent les propriétés du produit (pulvérisabilité, etc.). Les chercheurs ont constaté que le Roundup provoquait davantage de crises irrécupérables que le glyphosate seul. Le raisonnement déductif suggère que ce sont les ingrédients qui sont les principaux responsables, et non l'ingrédient actif tant décrié.

 

Des inquiétudes ont été exprimées quant aux effets sur d'autres organismes vivant dans le sol, mais le C. elegans ne se trouve généralement pas dans l'environnement « naturel », et encore moins dans le sol, mais dans la végétation en décomposition et dans d'autres environnements influencés par l'Homme.

 

Enfin, l'exposition chronique et l'accumulation sont mentionnées comme des facteurs de risque. Le risque est égal au produit du danger par l'exposition. Un faible danger x une faible exposition donne un indice de risque composite global faible. Et encore une fois, le glyphosate ne s'accumule pas dans le corps humain.

 

Plus important encore, quelle est l'applicabilité de ces résultats dans le monde réel ? Est-ce que : 1) un bain perpétuel dans de l'eau infusée au glyphosate, 2) avec un paratonnerre tendu à la main, 3) par une population sélectionnée et particulièrement vulnérable – est un scénario raisonnable ?

 

Avec peu de preuves, le Roundup a été littéralement impliqué dans toutes les maladies humaines imaginables. La cacophonie des voix prédisant le malheur s'est intensifiée ces derniers temps. Sur la base d'une analyse objective de la narration qui nous est présentée, je ne peux pas, en toute conscience professionnelle, ajouter le glyphosate à un dossier de composés suspects. Pour moi, cela ressemble à un autre cas de pêche aux résultats préétablis – pas piqué de vers (ronds).

 

______________

 

La famille de Tim Durham exploite la Deer Run Farm – une ferme maraîchère à Long Island, dans l'État de New York. En tant qu'agvocat, il s'oppose à la rhétorique enflammée par des faits sensés. Tim est diplômé en médecine des plantes et est professeur associé au Ferrum College en Virginie.

 

Source : What to make of Roundup research involving worm convulsions | AGDAILY

 

 

° o 0 o °

 

 

Voici le résumé (découpé et annoté) de « Roundup and glyphosate’s impact on GABA to elicit extended proconvulsant behavior in Caenorhabditis elegans » (l'impact du Roundup et du glyphosate sur le GABA pour susciter un comportement proconvulsif prolongé chez Caenorhabditis elegans) de Akshay S. Naraine, Rebecca Aker, Isis Sweeney, Meghan Kalvey, Alexis Surtel, Venkatesh Shanbhag et Ken Dawson-Scully :

 

« Comme 3milliards de livres d'herbicide sont pulvérisés sur les terres agricoles chaque année, il est essentiel de mieux comprendre comment les pesticides peuvent influencer la santé neurologique et la physiologie des humains et des autres animaux. [Ma note : Badaboum ! Voici déjà les humains!]

 

Les études sont souvent unidimensionnelles car la majorité d'entre elles examinent le glyphosate seul. Les agriculteurs et le public utilisent des produits commerciaux, comme le Roundup, qui contiennent une myriade de produits chimiques en plus du glyphosate. [Ma note : pourquoi se gênerait-on ? Une « myriade »...]

 

À l'heure actuelle, aucune cible neurologique n'est proposée pour le glyphosate et peu de comparaisons sont faites avec le Roundup. Pour étudier cette question, nous avons comparé la façon dont le glyphosate et le Roundup affectent le comportement convulsif chez C. elegans et nous avons constaté que le glyphosate et le Roundup augmentaient le comportement de type convulsif.

 

Conformément à notre hypothèse initiale, nous avons constaté que le traitement avec un médicament antiépileptique permettait d'éviter les convulsions prolongées. [Ma note : Traduction littérale : « Clé de notre hypothèse initiale, nous avons constaté que le traitement avec un médicament antiépileptique a sauvé les convulsions prolongées. » Et ces gens avaient une hypothèse, en partie évidente.]

 

Nous avons également découvert que plus d'un tiers des nématodes exposés au Roundup ne se remettaient pas de leurs convulsions, mais que le traitement médicamenteux entraînait une récupération complète.

 

En particulier, ces effets ont été observés à des concentrations qui sont des dilutions 1.000 fois supérieures [ma note : c'est-à-dire des concentrations plus faibles] aux résultats antérieurs de neurotoxicité, en utilisant une quantité d'herbicide 300 fois inférieure à la concentration la plus faible recommandée pour les consommateurs. [Ma note : c'est la première fois que je vois une « concentration […] recommandée pour les consommateurs ». Il s'agit évidemment de la dose journalière admissible.]

 

En explorant les mécanismes à l'origine de nos observations, nous avons trouvé des preuves significatives que le glyphosate cible les récepteurs GABA-A. Les expériences pharmacologiques qui ont associé des doses subefficaces de glyphosate et un antagoniste du GABA-A ont donné lieu à une augmentation de 24 % de la non-récupération par rapport à l'antagoniste seul.

 

Les expériences sur les souches mutantes GABA n'ont montré aucun effet sur une souche dépourvue de GABA-A, mais un effet significatif et accru sur une souche dépourvue d'acide glutamique décarboxylase.

 

Nos résultats caractérisent l'exacerbation des convulsions par le glyphosate et proposent le récepteur GABA-A comme cible neurologique pour les changements physiologiques observés. Ils mettent également en évidence le potentiel du glyphosate à déréguler les circuits neurologiques inhibiteurs. »

 

 

 

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