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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Produire des légumes sans eau... oups ! sans une goutte d'eau ?

6 Août 2022 Publié dans #critique de l'information

Produire des légumes sans eau... oups ! sans une goutte d'eau ?

 

 

 

 

Le marronnier de l'été, c'est la production de légumes sans eau par des producteurs géniaux. Ne surpassent-ils pas les Israéliens qui ont installé des cultures dans le Néguev ?

 

En tout cas, ces génies ont oublié de diffuser leur recette aux autres producteurs et aux jardiniers amateurs, forcément ignares et même, maintenant, fainéants. Mais pas d'alerter les rédactions friandes de sensationnel, mâtiné ici d'agribashing.

 

La dernière séquence en date ne porte pas sur M. Pascal Poot, qui a reçu les cautions lyssenkistes de deux chercheuses de l'INRAE et dont nous avons déjà parlé sur ce blog (voir ici, ici et ici). Non, il s'agit maintenant d'un producteur de légumes sur 17 hectares à Marcoussis, dans l'Essonne.

 

Voici une séquence du Parisien (3:13 minutes), sobrement (ironie) intitulée « Cet agriculteur parvient à faire pousser des légumes sans une goutte d'eau ». Il y en a d'autres (TF1, par exempleFR3 a été plus nuancé)... Le chemin d'accès à sa ferme a dû voir quelques encombrements...


 

 

Plus de 850.000 vues à l'heure où nous écrivons, plus de 2.000 commentaires, la majorité flatteurs...

 

Prenons-le, par exemple, de Capital, qui s'est aussi laissé aller à diffuser les bobards sans recul ni esprit critique, dans un grand élan de panurgisme médiatique :

 

« Des paysans rendus "feignants" avec l'eau, l'engrais et les pesticides

 

C'est pourquoi, même en cette période de sécheresse qui touche toute la France, ses pommes de terre, patates douces, poivrons et tomates n'ont jamais été aussi beaux. "La tomate vient d'un pays chaud, le Mexique, où il fait souvent 40°C", rapporte-t-il à nos confrères. "L'eau, l'engrais, les pesticides" n'ont été que des moyens de "mâcher le travail des paysans" qu'on a rendus "feignants". "Un légume, ajoute-t-il, plus tu vas l'aider, plus tu vas le rendre feignant." La raison : "Avant de mourir, un légume pense toujours à se reproduire. Et en ce moment, les légumes pensent qu’ils n’auront bientôt plus rien à boire. Donc ils font encore plus de fruits que d’habitude", explique le sexagénaire, qui martèle : "On y arrive. On y arrive mieux que ceux qui utilisent de l'engrais". Les légumes seront plus petits, mais de qualité, souligne-t-il. »

 

Pourtant, en septembre 2015, on entendait un autre discours du même producteur dans « Le maraîcher que Paris s'arrache », une séquence de 6 minutes de FR3 au titre zeppelinesque – et qui n'est pas avare, elle non plus, de déclarations fracassantes (par exemple des clients qui feraient la queue sur un marché parisien pendant... une heure). Vendons la mèche (à 01:00) :

 

« ...En 28 ans, nous avons dû réussir, quoi... à peine une dizaine de saisons de tomates, donc pour une fois qu'on en a […] on ne sait pas combien de temps ça va durer... »

 

 

Il y a eu un « droit de réponse » de quelque 15:30 minutes, intitulée « Produire des légumes sans eau ►Euh.... » sur la chaîne Le potager d'Olivier. C'est très pédagogique. En résumé :

 

« Pour une fois j'ai craqué. Le besoin de partager avec vous mon avis sur ce mythe du jardinage sans eau. Je n'ai rien contre ce monsieur maraîcher qui fait un boulot certainement formidable. Mais ses propos sont parfois caricaturaux, blessants et démagogiques (à mon sens). Merci de comprendre mon besoin de droit de réponse même si je ne suis pas personnellement visé par les gens qui prennent chers, tous ceux qui font autrement...

 

 

On approche des 100.000 vues, et il y a à cette heure 1.701 commentaires.

 

 

(Source)

 

 

Visionnées l'une après l'autre, ces deux (ou trois) séquences constituent un formidable outil pédagogique pour former les jeunes (et, hélas, moins jeunes) à l'esprit critique.

 

Voici aussi la description de la chaîne :

 

« Le potager d'Olivier est une chaîne de divertissement et de pédagogie.

 

Elle témoigne une expérience incarnée d'un jardinier qui essaie de cultiver au mieux des légumes, des fruits, dans une philosophie de potager naturel sans aucun intrant de synthèse, que ce soient engrais ou pesticides, herbicides, etc...

 

Les vidéos retracent des cultures, des actualités du potager, des expériences, des avancées, des quêtes de bien faire.

 

Cette chaîne est un travail à plein temps depuis septembre 2018, à mi-temps auparavant depuis les tous débuts en janvier 2017. Merci de comprendre les publicités rémunératrices et les quelques contenus pédagogiques annexes à prix libre.

 

Au plaisir de partager cette passion dingue du sol, de la terre, du potager. »

 

L'auteur a aussi mis un lien vers une autre chaîne, La Ferme de Cagnolle – YouTube. Prière de se rappeler, en visionnant des séquences, que maraîchage et grandes cultures sont deux mondes très différents.

 

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U
Bingo !<br /> Le même daté du 07/08 sur le site de France Info
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A
Bonjour et grand merci<br /> J’ajouterai qu’il ne faut pas confondre sans irrigation et sans eau <br /> Sans eau eau pas de vie<br /> <br /> La méthode entrevue est juste classique en l’absence d’irrigation, sol nu soigneusement travaillé sans aucune herbe concurrente, excellente protection de l’évaporation du sol, tous les paysans méditerranéens savent cela, certains en bio l’oublient aujourd’hui à leur détriment,<br /> <br /> Un simple bilan hydrique eût été bienvenu:<br /> Réserve initiale du sol que l’on devine profond + pluie - évapotranspiration + apports par remontées capillaires de la nappe phréatique, courantes en sols de plaine et proche de cours d’eau, et facilement interprétables à l’aide de tensiomètres , <br /> on entend aussi parler dans le reportage d’un très gros apport de matière organique « humide », ce n’est pas tant l’humidité du compost à l’apport que l’accroissement de la capacité de réserve du sol en eau , et l’apport en nutriments qui est intéressante<br /> Une fois la culture ainsi bien implantée sous un climat modéré on peut effectivement espérer parvenir à la récolte sans irrigation <br /> Ce bilan serait évidemment beaucoup moins favorable à Montpellier, ou pire Avignon par temps de mistral, qu’à Marcoussis<br /> Concernant le mode de conduite au sol il est aussi très classique notamment pour la tomate de conserve et de nombreuses variétés adaptées existent <br /> <br /> Boniments de l'interviewé ( passons sur le besoin de dénigrer les confrères et d’assurer sa propre pub à bon compte)<br /> Incompétence et naïveté de l’interviewer pour un reportage peu coûteux et bien démagogique au 13h<br /> <br /> Déplorable de la part de grands médias où un minimum de compétences en agronomie devraient exister dans les rédactions pour traiter le sujet majeur de l’agriculture et l’alimentation
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A
Merci xris pour les détails sur les sols et la météo locale dont je ne suis pas familier <br /> En repensant à ce reportage: un cultivateur madré qui affirme une méthode sans expliquer les bases simples et classiques du savoir faire ( tout à son honneur) qu’il met en œuvre au journaliste naïf qui gobe littéralement le « sans eau » sans questionner ni rectifier « sans apports d’eau par l’irrigation » dans son sujet. Ce dernier fait même de ce « sans eau » l’angle principal que l’on retrouve aussi repris dans des titres de journaux. Joli biais de confirmation d’une interprétation préconçue que l’agriculteur ( convaincu lui même ou sachant très bien qu’il enfume le dit journaliste bien peu critique ) se garde bien de démentir. <br /> Les deux y trouvent leur compte, un sujet vite fait pour l’un , une pub cadeau pour l’autre.<br /> Les perdants : la qualité de l’information et donc toute notre société de plus en plus éloignée des réalités agricoles. De tels reportages contribuent à accroître l’incompréhension.<br /> Autre détail cocasse auquel le paysan donne une explication fumeuse : toutes ces tomates au sol vraisemblablement des écarts de tri à la récolte jetées par les cueilleurs : parasitisme? Brûlures du soleil? <br /> De plus soi-disant il ne peut pas tout récolter tellement la récolte est abondante, heureux homme!
H
@Aymard excellente analyse. Comme je connais parfaitement l'Essonne et l'histoire de ses maraichers, je vais en rajouter une louche. <br /> A Marcoussis, comme en d'autres endroits, Brétigny, Arpajon etc... les sols sont bénis des dieux par des conditions géologiques optimales : sous d'excellents sols agricoles faciles à travailler on a la présence de couches d'argile à faible profondeur qui retiennent l'humidité, à Marcoussis, suivant le relief, c'est l'argile de Montmorency ou celui de Romainville (voir la carte géologique). Et bien entendu, l'Essonne comme l'ensemble de l'IDF ne manque quasiment jamais d'eau du ciel, c'est même souvent le contraire, on rêve que la pluie s'arrête. <br /> Pour ces raisons, Marcoussis fut dès la fin XVIIIème un important centre de maraichage alimentant Paris. Lorsque fut construit fin XIXème siècle, "L'Arpajonnais" un train maraicher spécial alimentant directement les Halles de Paris depuis l'Essonne, terminus Arpajon, on construisit un embranchement spécifique pour rejoindre les riches terres de Marcoussis spécialisés alors dans la culture de la fraise, mais pas que, on y faisait aussi des haricots, des salades, des asperges... <br /> Bien entendu, on utilisait des tonnages importants de fumier et boues de villes puis engrais chimiques lorsqu'ils ont commencé à être disponible à un coût abordable. Que le type aujourd'hui n'utilise pas d'engrais chimiques ou fumier aujourd'hui, je n'y crois pas une seconde, (à moins de faire un ou deux ans de jachère après chaque culture et encore) il n'y a que des ânes de journalistes pour relayer un infox pareille. <br /> Est ce sans herbicide ? Comme vous j'ai remarqué la propreté remarquable des cultures ce qui évite la concurrence en eau et nutriments. Passage à la bineuse mécanique sans doute du moins pour les cultures en ligne, le sol est bien émietté, mais pas seulement je pense, idem pour les tomates.<br /> Remarquez comment la technique pour faire pousser des tomates sans tuteur et sans taille est décrite comme extraordinaire. Ce sont tout simplement des variétés de tomates issus de longues sélections (merci les semenciers sélectionneurs !) qui ont abouti à un port déterminé qu'on ne tuteure pas et qu'il n'y a pas besoin de tailler car elles arrêtent de produire des fleurs naturellement (enfin naturellement grâce aux sélections !) au bout de 4 à 5 bouquets. Leur port buissonnant est adapté à la culture en plein champs et protège le sol de la sécheresse. En culture de tomates de plein champs, c'est banal quoi... <br /> A la date où ont été prises ces images, vers le 15-20 juillet, après un mois de juin plutôt très très correct en pluie en Essonne (contrairement aux balivernes qu'on nous raconte, voir les relevés officiels des stations météo de l'Essonne) tomates et autres cultures devaient encore bien tenir le coup sans irrigation. 15 jours après au 6 août, cela doit commencer à faire la gueule. Le miracle des sols maraichers de l'Essonne a ses limites !<br /> Dernier point, j'ai regardé les différents reportages et articles, "Bio" n'est jamais prononcé mais le "sans engrais et sans pesticides" est martelé. On devine ce que comprend Mme ou M. Michu qui regarde cela sur le télécran destiné à lui vider le cerveau. <br /> Alors j'ai gratté un peu, le maraicher ne figure pas sur l'annuaire officiel des certifications bio de France et si vous grattez un peu plus, vous apprenez sur un article de Libération du 28 juillet 2022 "qu'il cultive sans engrais, ni pesticides... mais n'est même pas bio" (sous entendu il s'en fiche). <br /> Comme si quelqu'un cultivant sans engrais ni pesticides allait se passer d'un label si douloureusement acquis et si précieux financièrement. <br /> Bref si le type fait son beurre tant mieux pour lui, mais on constate surtout que la bêtise et l'inculture journalistique sont incommensurables et ce qui est terrifiant pour l'avenir de l'agriculture française, c'est que 90% des gens gobent ces véritables contes de fées.
J
Si j'ai bien compris son raisonnement, plus il pleut (ou plus on arrose), et plus les rendements seront faibles et les produits de qualité médiocre. <br /> Raisonnement qui a de quoi laissé plus que dubitatif.
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F
"Avant de mourir, un légume pense toujours à se reproduire."<br /> <br /> Celle-là c'est une perle :-D
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