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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La politique agricole commune (de l'UE) est-elle encore commune ?

29 Août 2022 Publié dans #Union Européenne, #Politique agricole, #Willi l'Agriculteur

La politique agricole commune (de l'UE) est-elle encore commune ?

 

Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Il ne fait aucun doute que l'Union Européenne a été une grande réussite. La suppression des contrôles aux frontières et l'introduction de l'euro ne sont pas les seuls éléments qui ont rapproché les Européens.

 

Depuis de nombreuses décennies, le secteur agricole en particulier est devenu le domaine le plus « européanisé » de l'économie, dans lequel tous les agriculteurs devraient travailler et agir selon les mêmes règles et les mêmes lois. Bien sûr, cela n'a jamais été le cas, mais on avait au moins la bonne intention de le faire.

 

Ces dernières années, cette intention a été de plus en plus reléguée au second plan. L'une des raisons était l'élargissement permanent, qui devait rassembler sous un même toit des États aux histoires et aux structures très différentes. Même la petite Allemagne n'y parvient pas, les structures du sud, de l'est ou du nord-ouest de l'Allemagne sont trop différentes.

 

Certes, des objectifs communs de l'Union Européenne sont élaborés à Bruxelles, mais la mise en œuvre est de plus en plus laissée aux différents États.

 

C'est précisément là que commence le problème : les règles édictées par les différents États membres pour atteindre les objectifs divergent fortement les unes des autres. Prenons l'exemple du règlement sur les engrais : chaque État a communiqué à Bruxelles un nombre différent de points de mesure par kilomètre carré. Il en résulte – sur le papier – une classification différente des différents États. La manière de procéder en cas de risque éventuel est également laissée à l'appréciation de chaque État. Aux Pays-Bas, cela provoque actuellement des protestations massives, tandis qu'en Roumanie ou en Hongrie, personne ne sait probablement de quoi il s'agit. Et en Italie, on fait preuve de créativité...

 

Autre exemple : la stratégie « de la ferme à la table », pour laquelle la Commission a dit d'emblée que chaque Etat devait rédiger son propre catalogue de mesures, qui sera ensuite approuvé ou rejeté par Bruxelles.

 

Le thème de la protection phytosanitaire : l'Allemagne a notifié à Bruxelles toutes les zones protégées, y compris le grand nombre de zones de protection des paysages, qui représentent en gros environ un quart des surfaces agricoles arables. Dans ces zones, l'utilisation de produits phytosanitaires doit être interdite à l'avenir. Si j'interprète bien, cela s'applique également aux agriculteurs bio. Tout le monde devrait comprendre ce que cela signifie si l'Allemagne doit cultiver un quart de ses terres arables pratiquement sans produits phytosanitaires. Nous sommes alors très loin de l'autosuffisance, même pour les aliments de base.

 

Dans l'élevage également, les mesures sont différentes, c'est-à-dire que les règles sont différentes, y compris pour la commercialisation. Personne ne connaît l'initiative Tierwohl (bien-être animal) en dehors de l'Allemagne. C'est ainsi qu'il a pu arriver que l'élevage de porcs diminue massivement en Allemagne, alors qu'en Espagne, de nouvelles porcheries sont construites à grande échelle. Justement en Espagne, un pays où il fait très chaud et où l'eau est rare.

 

En ce qui concerne la protection des plantes, la distorsion de concurrence se poursuit. À ma connaissance, seuls trois pays n'ont pas accordé de dérogation pour les néonicotinoïdes. L'Allemagne en fait bien sûr partie. De très nombreux pays soutiennent la culture de certaines plantes, bien que cela ne soit pas autorisé par l'UE. Qui ne le fait pas ? L'Allemagne ! On a l'impression qu'en Allemagne, tout ce qui vient de Bruxelles doit encore être renforcé. La Pologne, en revanche, interprète les règles de manière à ce que ses agriculteurs en profitent, ou du moins qu'ils ne subissent pas de dommages inutiles.

 

La politique agricole européenne se transforme de plus en plus en une farce. L'idée initiale d'une « politique agricole commune », qui avait commencé de manière louable, a disparu. Les particularismes nationaux se répandent à nouveau, car on craint les confrontations difficiles. Nombreux sont ceux qui ont compris que des États comme la Hongrie n'exploitent l'UE que pour leur profit personnel, au détriment des autres. L'Europe ne fait plus plaisir de cette manière.

 

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* Source : Wie gemeinsam ist die Gemeinsame Agrarpolitik (der EU) noch? - Bauer Willi

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