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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate dans le lait maternel : encore une addition au musée des horreurs « scientifiques »

8 Août 2022 Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Glyphosate dans le lait maternel : encore une addition au musée des horreurs « scientifiques »

 

 

 

Que ne ferait-on pas pour « démontrer » que le glyphosate est le mal absolu ?

 

Une équipe brésilienne (M. Camiccia, L.Z.P. Candiotto, S.C. Gaboardi, C. Panis, L.B.M. Kottiwitz) vient de publier « Determination of glyphosate in breast milk of lactating women in a rural area from Paraná state, Brazil » (détermination du glyphosate dans le lait maternel de femmes allaitantes dans une zone rurale de l'État de Paraná, Brésil) dans le Brazilian Journal of Medical and Biological Research.

 

Ils ont bien sûr trouvé du glyphosate !

 

 

Le résumé

 

Voici le résumé (découpé) :

 

Le but de cette étude était de vérifier la présence de glyphosate dans le lait maternel et de caractériser l'exposition environnementale de la mère.

 

Soixante-sept échantillons de lait ont été collectés auprès de femmes allaitantes de la ville de Francisco Beltrão, Paraná, vivant dans des zones urbaines (n=26) et rurales (n=41), au moment du pic d'application du glyphosate dans les cultures de maïs et de soja dans la région (avril et mai 2018).

 

Pour caractériser la population étudiée, les données socio-épidémiologiques des femmes ont été recueillies. Pour déterminer les niveaux de glyphosate, un kit commercial de dosage immuno-enzymatique a été utilisé.

 

Le glyphosate a été détecté dans tous les échantillons de lait maternel analysés avec une valeur moyenne de 1,45 µg/L.

 

Malgré quelques différences descriptives, il n'y avait pas de différences statistiquement significatives (P<0,05) entre les catégories des variables testées.

 

De plus, le glyphosate a été détecté dans les échantillons d'eau potable de la zone urbaine et dans l'eau des puits artésiens de la zone rurale de la région où vivait la population étudiée.

 

L'estimation de la quantité totale de glyphosate ingérée par les bébés allaités sur une période de 6 mois était significative.

 

Ces résultats suggèrent que la population allaitante étudiée a été contaminée par le glyphosate, probablement par une exposition environnementale continue. »

 

 

Test ELISA... poubelle !

 

Les auteurs ont utilisé un test ELISA d'Abraxis – le même que celui utilisé dans diverses campagnes françaises et européennes d'activisme anti-glyphosate, notamment par la Campagne Glyphosate (Pisseurs de Glyphosate) et l'infameux Envoyé Spécial d'Élise Lucet de janvier 2019. On sait que ce test n'est pas fiable et qu'il produit de faux positifs.

 

Les auteurs affirment que leur méthode a une limite de détection de 0,05 µg/L et une limite de quantification de 0,013 µg/L, avec une plage de fiabilité montant à 4 µg/L.

 

Voici le texte original pour votre édification :

 

« This method has a detection limit of 0.05 µg/L and a quantification limit of 0.013 µg/L, with a maximum detection concentration of 4 µg/L. »

 

Bravo les gars (et les reviewers) : la limite de quantification est inférieure à la limite de détection !

 

Selon un document d'Eurofins|Abraxis, la plage d'application du test est de 0,075 – 4 ppb (µg/L) pour l'eau et 75 – 4.000 ppb (µg/L) pour le lait. On se trouve donc devant – utilisons un vocabulaire neutre – le même problème qu'avec les tests réalisés en Europe par le laboratoire BioCheck : des mesures faites sur une matrice qui n'est pas de l'eau avec les valeurs de référence de l'eau.

 

Les auteurs affirment donc avoir trouvé une concentration moyenne de 1,45 µg/L. C'est plus que pour la Campagne Glyphosate dans l'urine, qui est l'une des voies d'excrétion du glyphosate ingéré (1,19 µg/L).

 

 

Pour donner du corps à une petite manip'...

 

Avec un effectif aussi limité que 67 femmes, les auteurs se sont livrés à une analyse détaillée selon plusieurs paramètres... en prenant la précaution de ne pas fournir les effectifs.

 

Ce qui est étonnant – lire : hautement invraisemblable –, c'est l'extraordinaire homogénéité des résultats. On navigue entre 1,42 et 1,47 µg/L.

 

 

 

 

Selon des analyses fiables...

 

Ce n'est pas la première fois qu'on fait le coup de la présence de glyphosate dans le lait maternel. Ici, les auteurs font particulièrement fort : sur la base d'un prélèvement par femme, ils spéculent sur l'ingestion de glyphosate des bébés sur six mois – sans donner de chiffre dans le résumé – et évoquent aventureusement un « exposition environnementale continue ».

 

En Europe, les Verts allemands ont allumé une agitation médiatique en juin 2015 sur la base d'une analyse de 16 échantillons (concentrations entre 0,210 et 0,432 µg/L – admirez la précision...). L'Institut Fédéral pour l'Évaluation des Risques (BfR – Bundesinstitut für Riskobewertung) a fait procéder en réponse à une analyse de 114 échantillons par deux laboratoires utilisant des méthodes plus fiables à base de chromatographie. Ces analyses ont été négatives (limite de détection : 1 µg/L).

 

Aux États-Unis d'Amérique, ce sont Moms Across America (Zen Honeycutt) et Sustainable Pulse qui ont assuré le show en avril 2014. Ils auraient trouvé du glyphosate dans 3 échantillons de lait sur 10 avec des concentrations allant de 76 à 116 µg/L, affirmant que les autres pouvaient aussi être contaminés, mais en-dessous d'une limite de détection qualifiée d'élevée.

 

James S. Bus, de la société américaine d'ingénierie et de conseil scientifique Exponent, a affirmé que les divers résultats étaient incohérents avec l'ensemble des données disponibles sur la toxicocinétique animale, la biosurveillance humaine et la physico-chimie du glyphosate.

 

On peut éclater de rire : la plus haute teneur relevée dans 35 échantillons d'urine avait été de 18,8 µg/L, quatre à six fois moins que dans le lait !

 

En mars 2016, sur la base de 41 échantillons de lait et 40 d'urine examinés par des méthodes fondées sur la chromatographie avec une limite de détection de 1 µg/L, Michelle K. McGuire et al. ont conclu dans The American Journal of Clinical Nutrition : « Glyphosate and aminomethylphosphonic acid are not detectable in human milk » (le glyphosate et l'AMPA ne sont pas détectables dans le lait maternel).

 

Et, pour conclure cette partie, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) n'a pas rapporté de présence de résidus de glyphosate dans le lait de vache dans son rapport de 2021 (sur les données de 2019).

 

 

 

 

Here you are !

 

 

Oh, pour l'eau ?

 

«  L'analyse de l'eau (puits artésien et eau potable) a révélé la présence de glyphosate à des niveaux moyens inférieurs à 0,001 et 0,802 µg/L, respectivement.

 

Curieuse manière de rapporter des valeurs mesurées...

 

Et, plus loin, dans la discussion :

 

« Nos résultats sur la contamination de l'environnement ont montré que les niveaux observés de glyphosate dans l'eau sont dans les limites autorisées par la loi brésilienne pour cette substance (jusqu'à 500 µg/L). Cependant, si l'on considère les limites maximales autorisées par les pays de l'Union Européenne (0,1 µg/L par pesticide), ces résultats sont préoccupants, surtout si l'on considère les niveaux trouvés dans l'eau des puits artésiens. »

 

L'éternel problème de la confusion entre la limite de qualité (l'objectif à atteindre) et la Vmax, la valeur sanitaire maximale (900 µg/L en France pour la somme AMPA + glyphosate).

 

 

 

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