Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Arroser du maïs en plein cagnard ?

13 Août 2022 Publié dans #Agronomie

Arroser du maïs en plein cagnard ?

 

 

 

 

En cette période où la sécheresse – calamiteuse – est un sujet de conversation de prédilection, d'aucuns s'interrogent sur l'irrigation des maïs en pleine journée. Dilapide-t-on une eau devenue précieuse ?

 

Les choses ne sont jamais simples.

 

Voici le résumé de « Quantifying irrigation cooling benefits to maize yield in the US Midwest » de Yan Li et al. (quantification des avantages du refroidissement par irrigation pour le rendement du maïs dans le Midwest américain) – découpé pour faciliter la lecture :

 

« L'irrigation est une stratégie d'adaptation importante pour améliorer la résilience des cultures au changement climatique mondial.

 

L'irrigation joue un rôle essentiel dans le maintien de la production agricole dans les régions où l'eau est limitée, car l'eau d'irrigation ne profite pas seulement aux cultures en répondant à leur demande en eau, mais crée également un refroidissement par évaporation qui atténue le stress thermique des cultures.

 

Nous utilisons ici des données de télédétection par satellite et de rendement du maïs dans l'État du Nebraska, aux États-Unis, combinées à des modèles statistiques, pour quantifier la contribution du refroidissement et de l'approvisionnement en eau aux bénéfices en termes de rendement dus à l'irrigation.

 

Les résultats montrent que l'irrigation entraîne un refroidissement considérable de la température diurne à la surface du sol (-1,63°C en juillet), une augmentation de l'indice de végétation amélioré (+0,10 en juillet), et des rendements de maïs 81 % plus élevés par rapport au maïs pluvial.

 

Ces effets de l'irrigation varient le long des gradients spatiaux et temporels des précipitations et de la température, avec un effet plus important dans des conditions sèches et chaudes, et un déclin vers des conditions humides et fraîches.

 

Nous constatons que 16 % de l'augmentation du rendement de l'irrigation est due au refroidissement par l'irrigation, tandis que le reste (84 %) est dû à l'approvisionnement en eau et à d'autres facteurs.

 

L'effet du refroidissement par irrigation est également observé sur la température de l'air (-0,38 à -0,53°C) sur des sites de flux appariés dans le Nebraska.

 

Cette étude met en évidence la contribution non négligeable du refroidissement par l'irrigation aux avantages de l'irrigation en termes de rendement, et cet effet pourrait devenir plus important à l'avenir avec le réchauffement continu et les sécheresses plus fréquentes. »

 

 

 

 

La reproduction de ce résumé n'a pas pour objet de justifier des arrosages en journée, peut-être interdits par les pouvoirs publics, mais – encore une fois – de montrer la complexité des sujets agricoles.

 

Au demeurant, qui peut croire que les agriculteurs dilapideraient une ressource qui leur coûte de l'argent ?

 

La Nouvelle République a publié en août 2019 un passionnant entretien avec M. Jean-Louis Durand, directeur de recherche à l'INRAE, « Vienne : pourquoi peut-on arroser ses champs en plein soleil ? ». Extrait :

 

« Comme les chiffres, les idées reçues sont têtues. Seule la science peut démontrer et affirmer une vérité. Le directeur de recherche à l’Inra, Jean-Louis Durand, assure que l’eau répandue pendant les heures chaudes sur un champ cultivé bénéficie à 97 % à la plante, le reste s’évapore : "Le seul problème, c’est à la sortie du canon à eau, recadre le chercheur. Ce sont ces 2 à 3 % qui s’évaporent du jet d’eau." Cette quantité d’eau, qui n’atteint ni le sol ni le feuillage de la plante, s’évapore. "Quand l’eau atteint le feuillage, c’est gagné", rappelle Jean-Louis Durand. Et pour le sol aussi puisque l’eau y pénètre et, plus tard, reviendra à la plante.

 

[…]

 

Le directeur à l’INRA soulève la question de l’intérêt d’arroser en plein jour plutôt que la nuit. Car, estime-t-il, "il est important que les agriculteurs travaillent à la vue de tout le monde, la nuit reste un problème d’organisation et les risques ne sont pas neutres notamment en raison des fuites non repérées et du vent qui peut se lever sans que personne ne s’en aperçoive.»

 

Il y a aussi, hélas, le problème du vandalisme.

 

 

 

 

Et si on veut en savoir beaucoup plus sur le sujet de l'irrigation par aspersion, il y a « Évaluation des pertes par évaporation lors des irrigations par aspersion en condition de fort déficit hydrique » de P. Ruelle, J.C. Mailhol, B. Itier.

 

Il y a aussi, de Pierre Ruelle, « Évaluation des pertes par évaporation lors des irrigations par aspersion en condition de fort déficit hydrique ». En résumé :

 

« Le présent article propose une évaluation des pertes par évaporation lors des irrigations par aspersion durant la journée, en présence d`une demande climatique élevée. Cette évaluation s`appuie sur des résultats issus de la littérature, analysés et critiqués, ainsi que sur deux méthodes simplifiées. La première met en exergue les échanges de masses d`air par advection (effet d`oasis), la deuxième met en jeu l`évaporation additionnelle par saturation de l`air. Les deux méthodes, en accord avec les informations de la littérature qui méritent d`être retenues, proposent comme majorant des pertes par évaporation en condition de demande climatique extrême une valeur de l`ordre de 15 %. Dans ces conditions et dans un souci d`économie d`eau, il est recommandé d`éviter d`irriguer durant la plage horaire 11-15 h, et de manière générale lorsque la vitesse du vent atteint et dépasse le seuil admis pour le système d`irrigation utilisé. En conditions normales, ces pertes s`avèrent être largement inférieures à 10 % durant les irrigations où des doses d`une trentaine de mm sont généralement apportées. »

 

Les choses ne sont pas simples !

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
Je suis un peu critique personnellement sur le maïs car utilisé en alimentation animale, son excès d'oméga 6 se répercute sur les produits animaux et ce n'est pas formidable pour notre santé. On ne consomme actuellement trop d'oméga 6 par rapport aux oméga 3. Maintenant ce petit défaut pourrait sans doute être corrigé par génie génétique (je dis souvent génie génétique maintenant pour éviter de faire peur avec OGM !) <br /> <br /> Pour le reste, le MAÏS est une PLANTE FABULEUSE ! et on ne le dit jamais assez. <br /> Grâce à un métabolisme qu'on appelle C4, le maïs ne consomme environ que 450 litres d'eau/kg matière sèche produite. Il consomme donc moins d'eau que le blé 550 litres environ, beaucoup moins d'eau que le soja 900 litres, infiniment moins d'eau que le riz 1500 litres. <br /> Le seul problème pour le maïs est son fort besoin d'eau estival, contrairement au blé, d'où l'importance de laisser les agriculteurs stocker l'eau quand il y en a beaucoup, en hiver et au printemps notamment, de sorte à pouvoir irriguer en période cruciale. <br /> <br /> Et pour les névrosés du CO2, du fait de son métabolisme, 1 ha de maïs consomme et donc fixe 4 fois plus de CO2 qu'un hectare de forêt (pas grand monde ne le sait) et produit également beaucoup plus d'oxygène (en fait seules les jeunes forêts sont productrices d'oxygène et pas plus que le maïs !). Il est également excellent pour la santé des sols en raison de l'importance de ses résidus tant racinaires qu'aériens qui sont fortement producteur de biomasse. <br /> Si vraiment le CO2 est un problème pour la planète et si vraiment les sols agricoles sont en mauvaise santé, on devrait donc planter massivement du maïs. 1 ha de maïs, c'est bien mieux qu'un ha de forêt !
Répondre
M
Réponse à Seppi.<br /> L'excellente Sylvie Brunel est parfois passée à 28 minutes sur ARTE (trop rarement à mon goût), ses interventions fort pertinente ont, la plupart du temps, suscité froncements de sourcils et mimiques réprobatrices. Il faut se faire une raison, la France "intello" (ARTE, Télérama, Obs) est viscéralement anti-technologies (OGM, mutagénèse, phytos de synthèse, nucléaire, usw...) et ne croît qu'en une nature salvatrice dont il ne faut en aucun cas perturber le cycle, Gaîa a définitivement supplanté Dieu, Allah et Jéhovah dans l'esprit de nos têtes pensantes et cette croyance a métastasé chez nombre de nos politiques.
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> "I concur" comme aurait écrit Kofi Annan.<br /> <br /> Sylvie Brunel a produit un excellent "Géographie amoureuse du maïs". Plus ancien et excellent aussi Jean-Pierre Gay, "Fabuleux maïs . Histoire et avenir d'une plante".