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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nigeria s'apprête à importer du blé génétiquement modifié pour faire baisser les prix des aliments locaux

15 Juillet 2022 Publié dans #Afrique, #OGM

Le Nigeria s'apprête à importer du blé génétiquement modifié pour faire baisser les prix des aliments locaux

 

Nkechi Isaac*

 

 

Image : un champ de blé. Photo : Shutterstock : Ievgenii Meyer

 

 

Afin de faire baisser les prix élevés des denrées alimentaires, le Nigeria a lancé le processus visant à autoriser l'importation de blé génétiquement modifié et résistant à la sécheresse.

 

L'importation de ce blé génétiquement modifié – breveté** par la société argentine Bioceres Crop Solutions – pourrait contribuer à augmenter la production de la filière nigériane du blé, qui est en grande difficulté, a déclaré le Dr Rufus Ebegba, directeur général de l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité (National Biosafety Management Agency).

 

Le blé est la troisième céréale la plus consommée au Nigeria après le maïs et le riz. Les 200 millions d'habitants du pays l'utilisent pour produire de la farine, des pâtes, de la semoule, des nouilles et des biscuits.

 

Cependant, le Nigeria ne produit que 60.000 tonnes pour répondre à une demande annuelle comprise entre 4,5 et 5 millions de tonnes, ce qui laisse un énorme déficit, selon un rapport du Bureau National des Statistiques (NBS). Le Nigeria importe du blé de Russie et d'autres pays bordant la mer Noire, mais la guerre actuelle entre la Russie et l'Ukraine a entraîné une hausse du prix des produits à base de blé, tels que le pain, qui sert d'aliment prêt à consommer à la plupart des foyers nigérians.

 

M. Ernest Okoli, un propriétaire de boulangerie d'Abuja, a déclaré que la hausse du prix du blé a provoqué une augmentation astronomique du prix du pain. Il a déploré qu'à moins que le gouvernement n'intervienne pour faire baisser le prix du blé, la plupart des boulangeries pourraient bientôt fermer leurs portes car elles ne sont plus rentables, du fait du prix élevé du blé.

 

C'est pourquoi le Nigeria se tourne vers les produits biotechnologiques intelligents pour le climat afin de compléter sa production insuffisante de blé et de réduire ses coûts d'importation.

 

M. Ebegba a indiqué que la NBMA acceptera les commentaires du public sur le dossier de demande déposé par Trigall Genetics S.A. jusqu'au 11 juillet. Il a déclaré à l'Alliance pour la Science que la demande d'importation signifie simplement que le Nigeria peut importer le blé GM pour l'alimentation et la transformation, mais pas pour la culture.

 

Le Nigeria a déjà commercialisé sa première culture alimentaire génétiquement modifiée, le niébé résistant à la foreuse des gousses (pod borer-resistant PBR), et a déjà approuvé le cotonnier Bt résistant à des insectes. Il a également approuvé l'importation de maïs GM pour l'alimentation et la transformation. L'ouverture de la porte au blé GM renforcerait le rôle du Nigeria en tant que leader du continent en matière de biotechnologie agricole,

 

Le Dr Raquel Chan, la scientifique argentine qui a lancé l'aventure du blé GM, a déclaré à l'Alliance pour la Science que le blé GM tolérant à la sécheresse fait les gros titres dans le monde entier en raison de la crise céréalière mondiale et des pénuries alimentaires qui en résultent, causées par la guerre Russie-Ukraine.

 

Mme Chan a expliqué que la recherche en laboratoire n'est que le début du développement de tout produit génétiquement modifié. Elle a insisté sur le fait qu'il passe par divers examens réglementaires rigoureux avant d'être certifié sûr.

 

« Le processus réglementaire est long et nécessite de nombreux essais et démonstrations dans différents endroits et au cours de plusieurs campagnes », a-t-elle déclaré. « Il faut démontrer que l'OGM en question n'a pas d'impact sur l'environnement ou la santé animale ou humaine par rapport à la culture dont il est issu. »

 

Corroborant son affirmation, M. Ebegba a noté que, bien que la NBMA n'ait pas reçu de commentaires du public, il semble que les développeurs du produit aient engagé des processus rigoureux en bonne et due forme avant sa diffusion environnementale en Argentine.

 

« Même s'il s'agit d'un produit destiné à l'alimentation humaine et animale et à la transformation, nous examinons également l'évaluation des risques environnementaux et de la sécurité alimentaire », a-t-il déclaré. « Donc, tout cela s'inscrit également dans les conditions de libération dans l'environnement. »

 

« Nous avons effectué l'analyse de l'évaluation des risques. S'il n'y a pas de préoccupations sérieuses, nous leur accorderons l'approbation. Si nous avons ou observons des préoccupations sérieuses, nous jetterons un regard critique [sur elles]. S'il n'y a pas de stratégies de gestion pour répondre à ces préoccupations, l'approbation ne sera pas accordée », a expliqué M. Ebega. « Jusqu'à présent, [compte tenu] des faits qui nous ont été présentés, je pense que l'évaluation des risques a été correctement réalisée. »

 

Si le blé GM reçoit un avis favorable de l'agence, une date effective pour son importation sera fixée, a-t-il ajouté. Les importations pourront alors commencer si les exigences des autres agences gouvernementales chargées du contrôle des frontières sont satisfaites.

 

« Ils devront toujours satisfaire aux conditions d'autres agences comme le Nigeria Customs Service, le Nigeria Quarantine Service et d'autres agences pour l'importation de tels produits », a-t-il ajouté.

 

_______________

 

* Source : Nigeria moves to import GM wheat to lower local food prices - Alliance for Science (cornell.edu)

 

** Sauf erreur, aux États-Unis, les brevets portent sur des inventions relevant de la biotechnologie, par exemple « Une molécule d'acide nucléique isolée comprenant une séquence polynucléotidique codant pour mod1HaHB4 (SEQ ID NO:4) ». Les plantes contenant cette invention, et même leur culture, font l'objet de revendications dépendantes.

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H
Bonne nouvelle, mais il va en falloir beaucoup : Nigéria, 45 millions d'habitants en 1960, 220 millions d'habitants aujourd'hui, 540 millions d'habitants envisagés en 2050. C'est pas de GIEC dont la planète a besoin, c'est de GIEP. <br /> On peut baisser autant qu'on veut notre consommation d'énergie en Occident jusqu'à retourner à une préhistoire dont rêvent certains écolos, à quoi bon vu le délire démographique de la plus grande partie de l'Afrique et d'une partie de l'Asie ?
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