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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La pression monte sur l'UE et la Nouvelle-Zélande pour qu'elles revoient leurs politiques anti-OGM strictes

4 Juillet 2022 Publié dans #OGM, #NGT, #Union Européenne

La pression monte sur l'UE et la Nouvelle-Zélande pour qu'elles revoient leurs politiques anti-OGM strictes

 

Joseph Maina*

 

 

Image : L'édition génétique est considérée comme un moyen de protéger le kiwi, une importante culture d'exportation de la Nouvelle-Zélande, contre les maladies végétales. Photo : Shutterstock/Marion Zabini

 

 

[Ma note : Elle n'est pas terrible, la pression, dans l'Union Européenne. Cet article se concentre davantage sur la Nouvelle-Zélande.]

 

 

Deux piliers anti-OGM – l'Union Européenne (UE) et la Nouvelle-Zélande – montrent des signes d'assouplissement de leur position à l'égard de cette technologie face aux impacts du changement climatique et à la pression pour innover.

 

Les régulateurs et d'autres acteurs de l'UE et de la Nouvelle-Zélande font savoir que les réglementations existantes sont dépassées et ne reflètent pas les progrès récents de la technologie, en particulier le potentiel de nouveaux outils comme l'édition de gènes. Ils affirment que des révisions réglementaires pourraient être nécessaires pour réduire les émissions de carbone et garantir que la production alimentaire reste compétitive.

 

Tout changement de politique en Nouvelle-Zélande et dans l'UE devrait avoir des effets considérables sur les agriculteurs, les scientifiques et les consommateurs des deux juridictions, ainsi que sur les partenaires commerciaux et le reste du monde.

 

L'édition de gènes révolutionnerait les programmes d'amélioration des plantes en Nouvelle-Zélande, un dividende particulièrement utile pour un pays dont les produits végétaux représentent environ la moitié des recettes d'exportation. Le génie génétique a également été présenté comme une solution à la menace croissante que représentent les parasites et les maladies, comme ceux qui touchent les précieuses industries du kiwi et de la sylviculture. Cette technologie pourrait également être utilisée pour conférer des caractéristiques souhaitables à certaines des espèces végétales d'exportation importantes du pays.

 

« L'édition de gènes offre la possibilité de changer radicalement la productivité, la biosécurité et la vitesse d'innovation de l'industrie primaire de la Nouvelle-Zélande. C'est particulièrement vrai pour les cultures pérennes dont les cycles de reproduction sont lents ou complexes et qui constituent une caractéristique des exportations de plantes de la Nouvelle-Zélande », indique une étude publiée dans la revue en ligne Frontiers in Plant Science.

 

Le génie génétique est également lié à la nécessité pour le pays de réduire les émissions de gaz à effet de serre, dont au moins 50 % sont générées par l'agriculture. Un panel d'experts a cité l'édition génétique comme un moyen efficace de minimiser les émissions de GES dans le pays.

 

De même, l'adoption de cultures génétiquement modifiées pourrait stimuler considérablement la production végétale de l'Europe, entraîner des changements positifs dans l'utilisation des sols et réduire les émissions de GES qui réchauffent le climat. Des recherches ont montré qu'une adoption plus large des cultures GM déjà existantes dans l'Union Européenne pourrait entraîner une réduction équivalente à 7,5 % des émissions totales de GES d'origine agricole en Europe.

 

Un assouplissement de la position de l'UE serait également une aubaine pour les pays exportateurs, notamment en Afrique, qui ont longtemps évité les cultures génétiquement modifiées afin de respecter les restrictions imposées par l'UE sur cette technologie.

 

 

Suivre l'évolution de la science

 

Constatant le potentiel des nouvelles techniques génomiques telles que l'édition de gènes pour contribuer à une alimentation durable, la Commission Européenne a lancé une révision des OGM en avril 2021, reconnaissant que la législation antérieure de 2001 n'était pas adaptée à cet objectif. Les scientifiques de l'UE exercent également des pressions pour revoir la position réglementaire stricte.

 

La Nouvelle-Zélande fait l'objet d'une pression similaire pour aligner la production alimentaire du pays sur les technologies émergentes et minimiser les émissions de carbone. De nouvelles informations fournies par la Commission de la Productivité du pays suggèrent qu'il est temps pour la Nation insulaire de réviser sa position sur les OGM afin de réduire les contraintes à l'innovation.

 

Dans un rapport publié en avril, la Commission a déclaré que la réglementation néo-zélandaise en matière de biosécurité a été révisée pour la dernière fois en 2001 et qu'elle ne reflète pas les avancées technologiques. La Commission a insisté pour que les régimes réglementaires du pays soient régulièrement révisés afin de s'assurer qu'ils répondent aux besoins du moment, qu'ils tiennent compte des technologies à venir et qu'ils n'étouffent pas l'innovation.

 

« Les technologies ont considérablement évolué au cours des 20 dernières années. En particulier, les avancées dans le domaine de l'édition des gènes ont donné naissance à des technologies telles que CRISPR, qui permettent une modification beaucoup plus rapide et plus précise que les outils antérieurs », fait observer la Commission de la Productivité.

 

 

Étouffement de l'innovation

 

La commission a également noté que les producteurs agricoles, dans une étude de cas, avaient exprimé leur inquiétude quant à la « position restrictive » de la Nouvelle-Zélande en matière de biotechnologie.

 

« Ils ont déclaré que l'approche réglementaire actuelle étouffe la capacité du secteur primaire à innover et à saisir des opportunités importantes, ainsi que sa capacité à protéger les marchés existants. L'accès restreint aux outils de la modification génétique inhibe également la capacité du secteur à se préparer aux risques potentiels, tels que les menaces de biosécurité. Des préoccupations similaires ont été soulevées auprès de la Commission lors de précédentes enquêtes » indique le rapport.

 

La Nouvelle-Zélande concède que ses lois et règlements régissant la modification génétique sont parmi les plus rigoureux au monde.

 

Bien que la recherche et le développement de plantes génétiquement modifiées soient autorisés à l'intérieur, peu de demandes d'essais en champ confiné à l'extérieur ont été soumises pour évaluation au cours des 25 dernières années, note une étude de 2021 publiée dans le New Zealand Journal of Agricultural Research.

 

 

Une image de marque propre et verte

 

Il y a ensuite la question de l'image de marque nationale. Le sentiment anti-OGM est en partie fondé sur l'image de la Nouvelle-Zélande, qui se veut propre, verte et « pure à 100 % », une position que les opposants aux OGM ont exploitée pour s'aligner sur un statut sans OGM. Les experts notent cependant que le risque de compromettre cette image de marque par l'utilisation de technologies GM est vague et non fondé sur la réalité.

 

Des études antérieures ont montré qu'il est « très improbable » que l'introduction de cultures génétiquement modifiées en Nouvelle-Zélande porte atteinte à la perception qu'ont les marchés étrangers du pays en tant que source de produits alimentaires de haute qualité ou en tant que destination touristique très prisée.

 

Ce n'est pas la première fois que la Nouvelle-Zélande aborde le sujet. Dès juillet 2001, la Commission Royale Néo-zélandaise avait déclaré que le pays devait garder ouvertes ses options sur les OGM, en citant les avantages potentiels de cette technologie.

 

« Il ne serait pas sage de tourner le dos aux avantages potentiels offerts, mais nous devrions procéder avec prudence, en minimisant et en gérant les risques », a déclaré la Commission royale.

 

Et en 2018, le ministère de l'Environnement a fait savoir que les paramètres réglementaires devenaient rapidement obsolètes et difficiles à appliquer.

 

Plus récemment, la Commission Néo-zélandaise sur le Changement Climatique a ajouté sa voix aux appels. Elle recommande d'évaluer le rôle des technologies émergentes, telles que l'ingénierie génétique, dans la réduction des émissions agricoles, et de revoir et mettre à jour les processus et les régimes réglementaires afin de garantir que les nouvelles technologies et pratiques de réduction des émissions puissent être rapidement déployées.

 

Aujourd'hui, le gouvernement semble se montrer réceptif à ces préoccupations. Des rapports indiquent que le gouvernement reconnaît qu'il est « opportun » d'entamer des conversations éclairées sur l'utilisation des technologies de modification génétique dans le pays, mais insiste sur le fait que cette démarche doit être guidée par son approche « agir avec prudence ».

 

________________

 

* Source : Pressure mounts on EU and NZ to review their strict anti-GMO policies - Alliance for Science (cornell.edu)

 

 
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