Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs de l'UE peuvent atteindre les objectifs du Pacte Vert sans compromettre la sécurité alimentaire

16 Juin 2022 Publié dans #Union Européenne, #Politique agricole, #Green Deal

Les agriculteurs de l'UE peuvent atteindre les objectifs du Pacte Vert sans compromettre la sécurité alimentaire

 

Marcus Holtkoetter*

 

 

M. Kees Huizinga a rencontré M. Norwich Rüße en Rhénanie-du-Nord-Wesphalie au début de cette année. M. Huizinga est membre du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

 

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a déjà provoqué une crise diplomatique, une crise économique et une crise énergétique en Europe.

 

Va-t-elle également créer une crise alimentaire ?

 

En tant qu'agriculteur allemand, je suis ici pour vous dire une dure vérité : nous sommes en difficulté et l'approvisionnement alimentaire mondial est confronté à une crise sans précédent.

 

Les dirigeants politiques de l'Europe nous ont mis dans une situation horrible parce qu'ils ont adopté des politiques agricoles qui rendent plus difficile la production de denrées alimentaires pour les agriculteurs comme moi, même si nous soutenons les objectifs du Pacte Vert (Green Deal) de l'UE.

 

Certains de ces responsables politiques ne veulent pas que vous le sachiez, et ils ont récemment adopté une stratégie de déni.

 

« Nos citoyens sont déjà terriblement inquiets de tant de choses », a déclaré M. Frans Timmermans, vice-président de la Commission Européenne. « N'ajoutons pas à leurs angoisses avec de faux problèmes. »

 

Enfin, davantage de dirigeants commencent à reconnaître que nous sommes au bord d'une pénurie alimentaire mondiale. « La guerre du président Poutine contre l'Ukraine met la sécurité alimentaire mondiale à rude épreuve », ont déclaré les dirigeants du G7 dans une déclaration officielle le 8 mai.

 

La Russie et l'Ukraine assurent habituellement plus d'un quart de la production mondiale de blé, mais ce ne sera pas le cas cette année. Les consommateurs paient déjà ces déficits par l'augmentation des prix des denrées alimentaires, et ces nouveaux coûts sont sur le point de s'aggraver : l'Inde vient d'annoncer l'interdiction des exportations de blé.

 

L'Inde est le deuxième plus grand producteur de blé au monde et, normalement, on aurait pu espérer qu'elle compense une partie des pertes causées par la guerre entre la Russie et l'Ukraine. L'interdiction d'exporter signifie qu'elle ne contribuera presque pas.

 

Cela met une pression supplémentaire sur les agriculteurs comme moi. Je cultive du blé d'hiver dans ma ferme en Allemagne, en plus de l'orge, du colza et du maïs. J'élève également des porcs. Chaque jour, je fais de mon mieux pour produire de la nourriture.

 

Pourtant, nos dirigeants politiques ont rendu la tâche plus difficile que jamais. L'agression militaire de la Russie contre l'Ukraine a été un choc, mais ils ont fait des choix distincts qui aggravent les mauvaises conséquences de la guerre.

 

Les agriculteurs et les consommateurs paient déjà le prix de leurs erreurs : le coût des denrées alimentaires augmente désormais plus vite que l'inflation générale.

 

Avant que quiconque ne se soit inquiété de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, la Commission Européenne avait adopté le « Pacte Vert Européen », un plan ambitieux visant à rendre notre continent « climatiquement neutre » d'ici 2050.

 

Il s'agit peut-être d'un objectif louable, mais au moment de son annonce, il y a deux ans, j'avais prévenu que ce projet était « plan pour éliminer l'agriculture moderne en Europe ». L'initiative politique initiale prévoyait d'énormes réductions de l'utilisation d'engrais et de produits de protection des cultures et insistait pour que 25 % de toutes les terres agricoles européennes soient converties à l'agriculture biologique.

 

Il s'agirait d'une stratégie discutable dans une période de prospérité et d'abondance. Aujourd'hui, en période de guerre, d'inflation et de pénurie de la chaîne d'approvisionnement, c'est de la folie.

 

« L'agriculture biologique est inefficace, gourmande en terres et très coûteuse, et elle laisserait des milliards de personnes affamées si elle était adoptée dans le monde entier », écrivait récemment M. Bjørn Lomborg dans le Wall Street Journal. Elle produit entre 29 % et 44 % de nourriture en moins que les autres formes d'agriculture conventionnelle.

 

C'est une recette pour l'échec, et ce n'est pas qu'une théorie. Nous en avons la preuve récente au Sri Lanka, dont le président a ordonné l'an dernier aux agriculteurs de son pays de se convertir à la production biologique. Les résultats étaient à la fois prévisibles et désastreux, et ils ont été aggravés par l'effondrement de l'industrie du tourisme dû à la pandémie ainsi que par d'autres mauvais choix des dirigeants politiques.

 

« Près d'un an plus tard, le Sri Lanka est en ruine économique, les denrées alimentaires de base sont rares, les hôpitaux n'ont plus de médicaments et les files d'attente pour le carburant s'étendent le long des pâtés de maisons », a rapporté le New York Times le 14 mai.

 

Pour éviter ce triste sort, les dirigeants européens devraient passer plus de temps à écouter l'avis des professionnels et l'expertise des agriculteurs. Il est temps d'agir. Les céréaliers européens comme moi prennent aujourd'hui des décisions concernant les semis de l'automne 2022 en préparation et en prévision de la récolte de 2023.

 

Nous avons besoin d'engrais et de carburant abordables. Nous devons avoir accès aux produits technologiques innovants qui protègent les cultures des mauvaises herbes, des parasites, des maladies et des conditions météorologiques extrêmes. Nous avons besoin de politiques qui englobent tout, des applications de précision aux technologies modernes de semences et de protection des cultures.

 

En fait, l'Europe peut atteindre bon nombre de ses objectifs climatiques en adoptant l'expertise en matière de technologie agricole et non l'idéologie. Dans mon exploitation, par exemple, nous utilisons des cultures de couverture depuis plus de 25 ans. Cela permet de retirer le carbone de l'atmosphère et de le déposer dans le sol. Nous pratiquons également le travail minimum du sol, ce qui limite l'érosion, améliore la biodiversité et réduit les gaz à effet de serre.

 

Nous pouvons produire les aliments dont le monde a besoin et atteindre les objectifs de la stratégie du « Pacte Vert » de l'UE – De la ferme à la table – sans mettre en danger la sécurité alimentaire dans le processus.

 

_____________

 

La famille Holtkoetter exploite une ferme depuis plus de dix générations. Marcus gère la production porcine (250 truies et 2.000 porcs charcutiers) ainsi que 160 hectares de blé d'hiver, d'orge d'hiver, de maïs et de colza. Il a accueilli des consommateurs, des agriculteurs et des politiciens dans sa ferme, et a également partagé l'histoire de la ferme lors de conférences. Il est actif sur les réseaux sociaux et auprès des médias grand public. Il aide à mettre en relation d'autres agriculteurs à travers l'Allemagne pour faire entendre davantage de voix et a co-fondé à cet effet « Frag den Landwirt » (demandez à l'agriculteur), AgChat Germany et en stimulant les programmes d'échange de la GACC [Chambre de Commerce Germano-américaine]. Il a également cofondé le World AgVocate Meeting, qui a rassemblé des dizaines de personnes d'Europe et d'Amérique du Nord. M. Holtkoetter est un auteur invité du Réseau Mondial d'Agriculteurs.

 

Source : EU Farmers Can Meet the Green Deal Goals Without Endangering Food Security – Global Farmer Network®

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
U
Pour Timmermans, la survie de millions de personnes dans le tiers monde est un faux problème , qui ne mérite pas qu'on s'inquiète...
Répondre