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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Le glyphosate altère la reproduction des bourdons » : encore du « journalisme fiable » du Monde

9 Juin 2022 Publié dans #article scientifique, #critique de l'information, #Abeilles, #Glyphosate (Roundup)

« Le glyphosate altère la reproduction des bourdons » : encore du « journalisme fiable » du Monde

 

 

 

 

Ce « Le glyphosate altère la reproduction des bourdons » est encore du Stéphane Foucart...

 

En chapô :

 

« Un quart des espèces de bourdons européennes, un groupe de pollinisateurs parmi les plus importants, est menacé d’extinction. »

 

Plus anxiogène... Cette titraille suggère au lecteur pressé que le glyphosate menace l'existence même d'un quart des espèces de bourdons.

 

L'édition papier est plus raisonnable : « altère » est devenu « perturbe », ce qui ne change probablement pas grand-chose, et le sous-titre devient :

 

« Le pesticide affecte la capacité des insectes à réguler la température de leur nid, selon une étude dans "Science". »

 

On y cite dans un pavé les auteurs de l'étude :

 

« Les effets du glyphosate sur la colonie peuvent être particulièrement puissants au début du printemps. »

 

Vendons la mèche sans tarder. C'est le deuxième paragraphe (c'est nous qui graissons) :

 

« Dans une étude publiée vendredi 3 juin dans Science, la biologiste Anja Weidenmüller et ses coauteurs montrent pour la première fois que le célèbre herbicide – le pesticide de synthèse le plus utilisé au monde –, altère la capacité des colonies de bourdons terrestres (Bombus terrestris) à réguler la température de leur nid. Un effet qui ne survient que lorsque ces pollinisateurs subissent un stress alimentaire et qui menace leur capacité de reproduction. »

 

Le Monde de M. Stéphane Foucart aura donc agité un épouvantail qui n'est pas général mais tributaire d'une condition.

 

À supposer évidemment que le fait allégué corresponde bien à un problème réel en conditions naturelles et non de laboratoire. Et pour la condition, il faut aussi supposer que les bourdons « glyphosatés » ne trouvent pas de nourriture aux alentours de leur nid.

 

Mais ce n'est pas tout. Il y a dans la version électronique un intertitre angoissant :

 

« Menaces d’extinction » !

 

Passons rapidement sur les considérations liées à l'importance des bourdons comme pollinisateurs et les opinions des auteurs de l'étude quant à l'action supposée, spéculative, du glyphosate sur le microbiote des abeilles.

 

Et l'insuffisance des procédures d'homologation des pesticides – non, non, les auteurs ne sont pas militants (ironie)...

 

Voici un morceau de bravoure :

 

« En outre, notent les auteurs, le fait de tester des conditions d'exposition chronique à faible doses en situation de stress permet de mettre en lumière des effets non pris en compte lors de l'évaluation des risques. "Les procédures standard d'évaluation des risques pour l'autorisation des pesticides évaluent la toxicité aiguë et sont réalisées avec des individus bien nourris et sans parasites, ce qui élimine les facteurs de stress naturels qui peuvent moduler la capacité des abeilles à faire face aux pesticides », expliquent-ils. »

 

L'article du Monde de M. Stéphane Foucart se termine par une citation de M. James Crall, du Département d'Entomologie de l'Université du Wisconsin, auteur d'un commentaire – « Glyphosate impairs bee thermoregulation » (le glyphosate nuit (impairs) à la thermorégulation des abeilles) – sur l'article de Mme Anja Weidenmüller :

 

« ...ces travaux allemands sont "particulièrement importants", en raison de "l'utilisation généralisée du glyphosate, dont l'usage a substantiellement augmenté depuis l'introduction des cultures 'Roundup Ready' résistantes au glyphosate, au milieu des années 1990". »

 

Vraiment ?

 

L'étude dont il s'agit – non référencée dans le Monde (des fois qu'on aille voir de plus près...) – est « Glyphosate impairs collective thermoregulation in bumblebees » (le glyphosate nuit à la thermorégulation collective des bourdons).

 

Elle est publiée avec une courte introduction par la revue, laquelle se conclut par une petite dose d'anxiogène :

 

« De tels effets non létaux peuvent avoir des effets pernicieux qui conduisent à un déclin indirect de ce groupe déjà en difficulté. »

 

Voici le résumé de l'article :

 

« Les insectes sont confrontés à une multitude de facteurs de stress anthropogéniques, et le déclin récent de leur biodiversité menace les écosystèmes et les économies du monde entier. Nous avons étudié l'impact du glyphosate, l'herbicide le plus utilisé dans le monde, sur les bourdons. Les colonies de bourdons maintiennent leur couvain à des températures élevées par thermogenèse active, une condition préalable à la croissance et à la reproduction de la colonie. En utilisant une approche comparative au sein de la colonie pour examiner les effets d'une exposition à long terme au glyphosate sur la thermorégulation individuelle et collective, nous avons constaté que, si les effets sont faibles au niveau individuel, la capacité collective à maintenir les températures élevées nécessaires au couvain est réduite de plus de 25 % pendant les périodes de limitation des ressources. Pour les pollinisateurs dans nos écosystèmes fortement stressés, l'exposition au glyphosate entraîne des coûts cachés qui ont jusqu'à présent été largement négligés. »

 

Non, non, les auteurs ne sont pas militants (ironie, bis).

 

L'Université de Konstanz, dont relèvent les auteurs, a assuré le « service après-vente » avec « How glyphosate affects brood care in bumblebees » (comment le glyphosate affecte le soin du couvain chez les bourdons).

 

En conclusion, sous l'intertitre : « Repenser la procédure d'homologation des pesticides » :

 

« En principe, l'approche de recherche de Weidenmüller peut être appliquée à tous les pesticides. Pour de nombreux pesticides couramment utilisés, comme d'autres herbicides et fongicides, nous ne savons encore presque rien de leurs effets sur les abeilles sauvages et autres pollinisateurs, dit-elle. Dans le cadre de notre discussion sur les futures approches agricoles, les procédures d'essai utilisées pour évaluer les risques liés à notre utilisation intensive de produits chimiques devraient être reconsidérées. »

 

Non, non, les auteurs ne sont pas militants (ironie, ter).

 

Les articles de Weidenmüller et al. et de Crall sont derrière un péage. Mais il y a de longues explications sur les matériels et méthode dans les informations complémentaires.

 

L'étude a été réalisée en laboratoire avec une solution sucrée additionnée, ou non, de 5 mg/L de glyphosate. La durée de l'administration du glyphosate n'a pas été précisée, mais il semble que l'on soit ici dans le domaine de l'exposition chronique.

 

Réaliste par rapport à la « vraie vie » ? On peut en douter.

 

En revanche, nous ne douterons pas de l'indigence du journalisme du Monde et d'autres médias de même obédience comme le Guardian.

 

 

 

 

 

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H
Quel type de bourdon ? Rien qu'au niveau de ceux qui nichent au sol et dans le sol, il y en a plusieurs variétés, on les différencie par les bandes de coloration, leur sens et leur nombre. <br /> J'ai eu l'occasion de m'y intéresser, j'en étais infesté dans un vaste potager dont les allées étaient traitées au round up (en ce temps du glyphosate) environ 3 fois par an. Le potager lui même était traité une fois par an à une date variable selon les parcelles. <br /> En fait, les bourdons adorent les amas de feuilles, d'herbes tondues, de déchets divers et j'en avais différents tas en compostage dans le potager directement sur des parcelles. Exposé à la pluie, cela se décompose plus vite, c'est beaucoup moins esthétique bien sûr mais mes préoccupations étaient efficacité et rentabilité.<br /> En fait les bourdons ont besoin d'un habitat qui leur convient pour nicher et trouver de quoi se nourrir ensuite, et j'avais un verger assez conséquent avec des floraisons étalées jouxtant le potager. Après en été, il faut avoir des massifs à floraison estivale et parfois éviter de tondre pour laisser fleurir les mauvaises herbes de la pelouse. Et laisser de l'eau accessible sans danger s'il fait sec et piéger les rongeurs qui sont prédateurs et qu'il faut de toute façon combattre sans répit.<br /> C'est un peu la même chose pour les abeilles, un logis confortable, à manger et à boire toute l'année, sauf qu'un apiculteur professionnel veille en plus à les protéger d'éventuelles pathologies par des traitements adaptés.<br /> Ok, ce témoignage n'est pas une recherche "hors sol" d'universitaire, juste un témoignage d'une bouseuse "100% sol" qui pense, comme ses ancêtres et des millions de gens qui exploitent la terre qu'on ne laisse jamais "faire la nature toute seule".
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