Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'agriculture française « expliquée » en classe de troisième

3 Juin 2022 Publié dans #Divers

L'agriculture française « expliquée » en classe de troisième

 

André Heitz*

 

 

 

 

« Papy ! Ma prof d'histoire-géo a dit que le glyphosate est cancérigène ». Mon petit-fils a osé contester... Résultat : une menace de punition (dit-il)... Petite plongée dans le formatage des jeunes cerveaux.

 

 

Mon petit-fils m'a montré son cahier avec, collé dedans comme c'est maintenant d'un usage répandu, une page intitulée « Fiche de révisions sur l'AGRICULTURE FRANÇAISE ».

 

J'imagine cette fiche utilisée à Paris, pour et par des élèves qui ne sont jamais sortis au-delà du périphérique...

 

 

Des « savoirs » à « mémoriser »

 

Il faut, tout d'abord, mémoriser des savoirs :

 

  • Le nombre et l'évolution des actifs dans l'agriculture ;

  • La place de l'agriculture française dans le monde et en Europe ;

  • Les aspects de la modernisation agricole et ses conséquences (+ ou -) – on imagine que ces signes appellent des aspects positifs et négatifs ;

  • Les difficultés de l'agriculture aujourd'hui ;

  • Les différents espaces agricoles en France et leurs caractéristiques.

 

Les fondamentaux de l'activité agricole, de la production alimentaire ? Passés à la trappe, semble-t-il.

 

 

Du vocabulaire à acquérir

 

Les élèves doivent aussi mémoriser un vocabulaire : exploitation agricole, PAC, agriculture productiviste – intensive, mécanisation, irrigation, monoculture # polyculture, filière agroalimentaire (ex. : activités en amont et en aval), pesticides, engrais chimiques, OGM, élevage hors-sol # extensif, agriculture durable – biologique.

 

Les élèves sont bien sûr plongés dans un environnement qui les imprègne de préjugés et de partis pris. Mais cette « fiche de révisions » – sans nul doute concoctée par quelque officine fournissant du matériel « pédagogique » – amplifie le phénomène.

 

 

Non, ce n'est pas la ferme Playmobil...

 

Que doivent retenir les élèves ? Voici, résumé ou cité le texte qui leur est proposé (les mots soulignés sont ceux que les élèves doivent entrer dans le texte).

 

La mondialisation (!) et la politique agricole commune (!) de l'Union Européenne ont poussé les agriculteurs à se moderniser dans les années 60. En fait, le début de la modernisation est bien antérieur aux années 1960, et ce qu'on appelle « mondialisation » est venu bien plus tard.

 

Les exploitations se seraient donc mécanisées et spécialisées, avec à l'appui les inévitables exemples bateau : « la Beauce est devenue une vaste plaine dominée par la monoculture du …, la Bretagne a développé un élevage intensif de porcs et de poulets » (il y a débat avec mon petit-fils sur ce qu'il devait mettre à la place des trois points ; l'espace alloué étant petit, il doit s'agir du blé).

 

Nos exploitations pratiquent aussi « massivement » l'irrigation – avec l'inévitable exemple du maïs – et la culture sous serres.

 

Elles utilisent des pesticides et des engrais chimiques, mais, est-il précisé à juste titre, pour augmenter les rendements (enfin presque à juste titre : les produits phytosanitaires permettent d'éviter des pertes).

 

On développerait la recherche, la chose citée étant... les OGM !

 

 

Cocorico quand même, mais...

 

Poursuivons :

 

« Cette agriculture très intensive est fortement liée à la filière agroalimentaire qui emploie 20 % des actifs en France. La France est ainsi devenue la première puissance agricole de l'UE et le cinquième exportateur mondial de produits agricoles (…)

 

Mais cette agriculture productiviste a des conséquences négatives ».

 

Et de citer, ou faire citer par les élèves, l'endettement des exploitations, la dépendance des prix du marché fixés mondialement, la pression sur les prix par la grande distribution, ainsi que les effets sur l'environnement qui « sont nombreux (sols appauvris, eau polluée».

 

 

Le « bio » coche les bonnes cases

 

Et voici le bouquet final de ce feu d'artifice :

 

« Des citoyens s'interrogent pour leur santé (cf. débat sur le glyphosate accusé d'être cancérigène). C'est pourquoi, une agriculture plus qualitative se développe appuyée sur des labels (AOC), des pratiques plus durables. C'est le cas de l'agriculture biologique qui utilise ni engrais chimiques ni pesticides et qui cherche à être proche des consommateurs (vente locale/sans inermédiaires) pour s'assurer un revenu décent»

 

Et voilààà...

 

_____________

 

André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

 

Cet article a aussi été publié sur Contrepoints.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
"L’avenir appartient à celui qui contrôle la jeunesse", comme disaient les précurseurs des Verts...
Répondre