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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Sébastien Windsor : Lettre ouverte aux étudiants d'AgroParisTech

19 Mai 2022 Publié dans #AgroParisTech

Lettre ouverte aux étudiants d'AgroParisTech

 

Sébastien Windsor, Président des Chambres d'agriculture*

 

 

16 mai 2022

 

Vous avez au cours de la cérémonie de remise des diplômes appelé vos camarades à « déserter » pour ne pas contribuer à dégrader une situation écologiquement et socialement préoccupante.

 

La situation est en effet préoccupante.

 

 

Comme agriculteur je vois chaque année de façon de plus en plus prégnante l’effet du changement climatique. Comme élu de Chambre d’agriculture je suis inquiet en lisant les projections des études que nous pouvons mener pour comprendre l’impact du changement climatique sur nos exploitations, sur notre capacité à nourrir les hommes. Comme citoyen, comme père je m’interroge sur le monde que nous allons laisser à nos enfants.

 

Mais je ne peux me résoudre à fermer les yeux, à ne pas agir, à fuir mes responsabilités.

 

Comme vous le dites je ne laisserai pas « filer l’énergie qui est en moi », je vais me battre pour trouver les solutions. Mais déserter, c’est partir, s’isoler du reste du monde c’est quelque part laisser filer cette énergie. Vivre dans une ZAD ou une montagne isolée, c’est juste refuser d’accompagner la société dans sa transformation.

 

Vous entamez votre propos en indiquant ne pas voir « les ravages sociaux et écologiques du monde actuel » comme des enjeux auxquels vous devez trouver des solutions. Mais que voulez-vous faire ? Je comprends votre impatience, votre envie de solutions fortes, radicales et rapides, mais les actions les plus efficaces sont celles qui feront bouger le plus grand nombre. En désertant votre impact sera faible. Vous aurez la bonne conscience de ne pas avoir participé aux difficultés du monde que vous dénoncez. Et comment avoir bonne conscience si on n’aide pas ceux qui sont autour de nous ? J’essaye de mesurer l’efficacité de mon travail à l’impact sur la situation globale. Nous devons pouvoir faire mieux que de diminuer notre seule empreinte environnementale même radicalement.

 

Vous considérez que « l’agro-industrie » a avili la paysannerie française. C’est oublier que la mécanisation a surtout soulagé le travail des agriculteurs. Qui voudrait aujourd’hui travailler comme le faisaient nos grands-parents en arrachant des betteraves à la fourche, en récoltant les blés à la faux ou trayant les vaches à la main, en portant la quasi-totalité de la récolte à dos d’homme en sac de 50 voire 100 kg, en travaillant 7 jours sur 7… pour finir usé à 60 ans ? Ne niez pas le progrès, encouragez-le. En une génération on a quasiment divisé par 3 la quantité d’engrais utilisée pour produire une tonne de sucre et par plus de 10 la quantité d’eau nécessaire pour irriguer 1 hectare. Alors oui, il reste beaucoup à faire et il faut aller encore plus loin, et c’est grâce notamment au progrès scientifique que nous y parviendrons.

 

Vous affirmez que la science n’est pas neutre. Mais qui l’est plus ? La réalité est têtue et le bon sens paysan n’est que l’amorce des observations scientifiques !

 

Dans vos propos, vous refusez les énergies vertes parce qu’elles « polluent à l’autre bout de la planète ». Alors que fait-on ? On arrête tout : transport, santé, production, éducation pour ne plus consommer d’énergie fossile ? Mais dans quel monde vivrons-nous alors à part chaos, insurrections et révoltes ! Développons méthanisation, biocarburants 100 % renouvelables, avec des règles qui assurent un progrès constant. Produisons plus et mieux des énergies vertes !

 

Vous critiquez enfin les entreprises qui s’engagent dans des politiques de RSE (responsabilité sociétale et environnementale), ne faisant plus du profit leur seul driver au prétexte qu’elles font toutes du greenwashing pour « masquer des crimes scandaleux ». Moi, je préfère qu’elles s’engagent dans le changement ! Analysez ce qu’elles font, si elles mentent dénoncez-les, mais encouragez celles qui progressent. Expliquez à nos concitoyens que leurs produits sont meilleurs que ceux de celles qui n’ont rien fait, plutôt que de décrédibiliser leur action par un préjugé sans fondement.

 

Vous appelez ceux qui ont eu la chance d’accéder par leur formation de haut niveau à la connaissance et au savoir à la désertion. Je les invite plutôt à rejoindre les forces vives des structures qui œuvrent au quotidien à faire bouger les lignes. Tout comme j’encourage les jeunes à rejoindre nos écoles d’agronomie pour contribuer demain à accompagner ces indispensables évolutions. Je suis fier d’être né France et qu’une partie de mes impôts soit utilisée pour donner les moyens à ceux qui veulent changer le monde de le faire plus efficacement plus vite, mais aussi sans brutalité grâce à leur formation.

 

Mon discours n’est peut-être pas politiquement correct, mais je veux porter la voix de ceux (agriculteurs, salariés d’entreprises, enseignants) qui se mobilisent au quotidien pour faire évoluer les pratiques agricoles et qui ont pu ressentir comme une injustice le procès que vous leur intentez, sans même reconnaitre le travail qu’ils ont accompli. Par leur engagement quotidien ils ont contribué à donner un accès à une nourriture de qualité à un prix acceptable au plus grand nombre, tout en réduisant leur empreinte environnementale. Ils ont fait de l’agriculture française la plus durable du monde 3 années de suite ! Je leur dis BRAVO et invite tous ceux qui veulent œuvrer pour un monde meilleur à les encourager ou les rejoindre.

 

Sébastien Windsor,

 

Président des Chambres d'agriculture

 

_______________

 

* Source : Lettre ouverte de Sébastien Windsor aux étudiants d'agroparistech - Chambres d'agriculture France (chambres-agriculture.fr)

 

La lettre ouverte a également été publiée par l'Opinion.

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P
Le réchauffement climatique a augmenté les températures de 1 °C depuis le "début de l'ère préindustrielle", qui se trouve coïncider avec la fin du petit âge glaciaire (voyez "histoire du climat depuis l'an mil"). Ces 1 °C correspondent à une remontée du "climat" local de 100 km vers le nord. <br /> Jusqu'à preuve du contraire, en Europe, l'influence du réchauffement sur les productions agricoles a été tout à fait bénéfique, et le sera encore. Les années, voire les décennies, caniculaires et sèches ont existé bien avant le réchauffement moderne.<br /> été 1503: chaud et sec (Tree-rings fins et vendanges précoces)<br /> année 1504: année sèche (tree-rings fins)<br /> été 1504: été chaud. Vendanges le 17 septembre très chaud dans l’hémisphère nord, l’un des plus chauds du demi-millénaire« Ciel de cuivre et terre de feu ». Le bétail doit descendre des montagnes. Processions dans le Lyonnais.<br /> hiver 1505: Hiver très doux, les rosiers fleurissent en janvier dans le Midi.<br /> printemps 1514: Aucune pluie du 12 février au 12 mai<br /> hiver 1515: hiver doux<br /> été 1516: été chaud, vendanges très précoces chaleur énorme, rivières très basses, du « jamais vu » sécheresse, échaudage<br /> année 1517: année sèche, tree-rings très fins et vendanges précoces<br /> en 1518: Ouragan, disparition de la Tour Bayard près de Neuchâtel<br /> été 1523: été chaud, sec, vendanges précoces<br /> hiver 1525: Très doux en Belgique<br /> été 1525: chaud et sec, sécheresse meurtrière, incendie de Troyes (I)Tree-rings fins et vendanges précoces<br /> été 1536: été brûlant et très sec, vendanges très précoces chaleur et sécheresse extrêmes, rivières à sec (2 Sèvres)<br /> automne 1536: automne chaud et sec<br /> été 1538: chaud et sec, vendanges très précocesincendie de Troyes<br /> hiver 1539: doux et sec<br /> été 1539: été bon<br /> automne 1539: sec<br /> printemps 1540 : printemps très chaud et extrêmement sec<br /> été 1540: été brûlant et sec à l’extrême, vendanges très précoces sécheresse, « été du siècle », Rhin franchissable à pied sec vin extrêmement chargé de sucre. La « chaude année ». Anticyclone bloquant dominant toute l’Europe occidentale. Mois de juin très chaud tout du long<br /> Automne 1540: septembre et octobre chaud et sec
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