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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La faim hantera le monde à cause de l'agression russe

9 Mai 2022 Publié dans #Ukraine, #Risk-monger (David Zaruk), #alimentation

La faim hantera le monde à cause de l'agression russe

 

David Zaruk*

 

 

(Source)

 

 

Lorsque la Russie a brutalement envahi l'Ukraine en février 2022, la guerre dans le grenier du monde ne pouvait que présager de plus grandes tragédies à venir. De grands pourcentages des exportations mondiales de blé, de maïs, de soja, de tournesol et d'orge proviennent de la région, les pays en développement dépendants des importations étant ses principaux marchés d'exportation. L'indice mondial des prix des produits alimentaires de la FAO, qui avait déjà augmenté de près de 20 % en 2021, a grimpé de 12,6 % au cours du seul mois de mars (pour atteindre son niveau le plus élevé jamais enregistré). Malheureusement, avec l'escalade des prix, la faim va hanter des millions de personnes et des famines sont probables.

 

 

La guerre en Ukraine est unique en ce sens que les effets des pénuries alimentaires, de la faim et de la pauvreté se répercuteront dans le monde entier plus que dans la région du conflit. Si la croissance de la production agricole en Ukraine et en Russie a été impressionnante, ce qui est peut-être la principale raison pour laquelle nous avons connu très peu de crises de sécurité alimentaire au cours de la dernière décennie, l'interruption des exportations, l'impossibilité de semer une culture de 2022 et la perte d'accès aux engrais entraîneront de nouvelles pénuries alimentaires et seront catastrophiques pour de nombreux pays en développement avant même que la première sécheresse ou mauvaise récolte ne soit enregistrée.

 

De nombreuses vies seront perdues à cause de cette agression russe, mais beaucoup de gens, à l'autre bout du monde, mourront sans bruit de famines et de conflits.

 

 

Une arme de guerre

 

Les révolutions naissent souvent de la faim. De la Révolution Française au Printemps Arabe, l'histoire a montré que supprimer la possibilité de nourrir sa famille est une indignation intolérable. Que se passera-t-il cette année dans les pays en développement où les prix des denrées alimentaires pourraient doubler, les produits de base devenant hors de portée d'une grande partie de la population ? Les populations accuseront-elles l'invasion russe, ou se soulèveront-elles contre leurs gouvernements ? Le nom de Poutine n'est pas crié dans les rues du Sri Lanka.

 

Dans les zones de conflit, la famine est l'arme la plus cruelle de la guerre. Le Biafra a peut-être été le pire cas de mémoire d'homme, mais ce n'est pas une chose à reléguer à notre passé barbare. Des données récentes des Nations Unies montrent que sur les 815 millions de personnes souffrant de malnutrition, 60 % vivent dans des régions en proie à des conflits armés. Aujourd'hui, nous constatons que l'accès à la nourriture est impitoyablement refusé dans les « points chauds de la faim » comme le Yémen, la région du Tigré en Éthiopie et le Myanmar.

 

La famine a été utilisée contre les Ukrainiens lors de l'Holodomor, et cela n'a certainement pas été oublié, 90 ans plus tard, alors que le mot « génocide » a été à nouveau prononcé. En tant que Canadien d'origine ukrainienne ayant grandi dans une ferme, l'importance d'un garde-manger bien garni a été l'une de mes premières leçons. Après quatre générations, la richesse se mesure encore chez nous par l'abondance de nourriture stockée.

 

Mais selon cette mesure, beaucoup d'autres ne seront pas aussi riches. En supposant que la guerre se prolonge en Ukraine, que les sanctions soient plus sévères et que les pays développés accumulent leurs réserves alimentaires, les années 2022-23 seront tristement connues comme les années de la faim, des crises alimentaires et des révolutions, avec de grandes migrations de population, des conflits et des famines.

 

 

La fin de l'ère de l'abondance alimentaire

 

Comment ce changement de récit affectera-t-il la perception publique de l'agriculture et de la production alimentaire (souvent considérées comme allant de soi dans l'Occident prospère) ?

 

La demande urgente de rendements plus élevés et d'intensification durable entraînera de plus grands défis pour la communauté des chercheurs. Pour aggraver les choses, de nombreuses régions de l'Ouest canadien, des États-Unis, de l'Argentine et de l'Afrique orientale et australe sont aux prises avec des conditions de sécheresse.

 

Je n'imagine pas, dans des conditions mondiales aussi horribles, que les appels à des techniques d'agro-écologie à visées politiciennes ou les demandes élitistes de transitions vers l'agriculture biologique aient beaucoup d'écho dans le dialogue public. Les impositions activistes au cœur de la stratégie Farm2Fork de la Commission Européenne marqueront la fin de cette ère de l'idéologie sur l'agriculture et des cultes alimentaires sur la science.

 

 

De la tragédie naît l'espoir

 

Lorsqu'une Nation se remet d'une famine ou d'une crise alimentaire, elle se tourne souvent vers de meilleurs outils agricoles, l'agronomie et une plus grande autonomie alimentaire. Ceux qui ont le ventre plein ne voient pas la nécessité de changer (et limitent souvent les innovations agricoles), mais ceux qui savent ce qu'ils veulent, veulent une meilleure agriculture. Après la Seconde Guerre Mondiale, les rendements agricoles ont explosé aux États-Unis et en Europe, grâce à l'amélioration des technologies. « De la nourriture pour la paix » était le mantra. Les dirigeants éclairés, sortant de famines ou de conflits alimentés par la faim, se tourneront plus ouvertement vers les technologies agricoles, les meilleures pratiques agricoles, les meilleures semences...

 

Historiquement, l'augmentation des rendements agricoles provient en grande partie des innovations en matière d'amélioration des plantes. À l'heure où le monde va se recentrer sur les rendements, les chercheurs doivent proposer leurs solutions en matière de semences. La Commission Européenne, après des années de politiques agro-techniques rétrogrades qui rivaliseraient avec Lyssenko, est prête (enfin) à écouter et à avancer vers une approche plus mendélienne de l'agriculture.

 

Les chercheurs en semences proposant des variétés résilientes, des rendements plus élevés et une résistance à la sécheresse auront désormais un public plus attentif. Les rendements agricoles devraient à nouveau occuper une place de choix dans le dialogue public et à la table des politiques. La communauté des chercheurs devra parler fort pour faire entendre ses solutions.

 

De l'obscurité jaillit la lumière.

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter ou la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : Hunger Will Haunt the World from Russian Aggression - European Seed (european-seed.com)

 

 

 

 

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