Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La faim et le Green Deal ne peuvent être gérés sans l'amélioration des plantes moderne

15 Mai 2022 Publié dans #Politique, #Union Européenne, #amélioration des plantes, #NBT

La faim et le Green Deal ne peuvent être gérés sans l'amélioration des plantes moderne

 

Johanna Michel, AGRARHEUTE*

 

 

 

 

Lors du forum InnoPlanta qui s'est tenu le 26 avril 2022 à Berlin, des scientifiques ont mis en garde contre le fait de continuer à rejeter les nouvelles technologies de sélection au vu des crises mondiales et des objectifs politiques ambitieux.

 

 

Rien n'a changé ces dernières années en ce qui concerne l'édition du génome, a constaté M. Uwe Schrader, président de l'association InnoPlanta, lors de l'ouverture du forum à la représentation régionale de Saxe-Anhalt à Berlin.

 

En revanche, les défis liés à la sécurité alimentaire mondiale et à la mise en œuvre des directives politiques, notamment du Green Deal européen, ont augmenté. Les scientifiques Matin Qaim, Jens Boch et Ingo Potrykus ont discuté, lors du forum InnoPlanta 2022, des risques liés aux conditions-cadres légales pour les nouvelles technologies d'amélioration des plantes et des raisons pour lesquelles la recherche les désapprouve.

 

 

Les incertitudes mondiales aggravent les effets de l'interdiction des OGM

 

© Johanna Michel

Matin Qaim, agronome et directeur du Centre de Recherche sur le Développement de l'Université de Bonn.

 

 

Le fait que les rendements céréaliers aient triplé dans la plupart des régions au cours des dernières décennies est en grande partie dû à l'amélioration des plantes, a déclaré M. Matin Qaim, directeur du Centre de Recherche sur le Développement de l'Université de Bonn, au début de son exposé. Il existe un lien de cause à effet entre l'amélioration des plantes et le recul de la faim. Pourtant, un quart de la population mondiale souffre de différentes formes de sous-alimentation et de malnutrition. Face aux limites planétaires et aux conséquences du changement climatique, l'édition du génome contribue au bien-être des hommes et de la planète.

 

Après l'attaque russe contre l'Ukraine, la croissance des rendements a pris une importance encore plus grande. L'augmentation considérable des prix du blé au cours des douze derniers mois montre à quel point des rendements plus élevés dans d'autres parties du monde sont importants pour l'approvisionnement en blé, a déclaré M. Qaim. Non seulement la perte de rendement attendue en Ukraine, mais aussi les dépendances vis-à-vis de la Russie provoquent de grandes incertitudes. Selon lui, l'édition du génome est un moyen de faire face à ces problèmes.

 

 

Sur-réglementation alors que les risques de l'édition du génome ne sont pas prouvés

 

© Johanna Michel

Le professeur Jens Boch a montré la nette position de leader de la Chine en matière de brevets d'édition du génome dans le monde.

 

 

M. Qaim a souligné la séparation artificielle qui existe entre la « sélection conventionnelle » et le « génie génétique ». Plus de 30 ans de recherches n'ont pas permis de constater une différence dans les risques des deux formes. Croire que plus de technologie va de pair avec la chimie, moins de diversité, une augmentation de la taille des exploitations et des brevets sur le marché des semences est stupide, a souligné l'agronome. De plus, l'utilisation de la technologie n'est pas forcément coûteuse si elle est réglementée de manière adéquate, a-t-il ajouté.

 

La fin de la surréglementation dans l'UE n'est pas encore en vue. Les règles strictes ont pour conséquence que toutes les plantes génétiquement éditées sont considérées comme des OGM selon le droit européen. Il existe dans l'UE une interdiction de facto non scientifique qui freine également le commerce international, car des autorisations OGM sont également nécessaires pour les importations. Selon M. Qaim, la situation actuelle conduit à une concentration des marchés des semences par les multinationales. Pour les semences elles-mêmes, l'accent est également mis sur quelques plantes commerciales.

 

M. Jens Boch, professeur à l'Institut de Génétique Végétale de l'Université Leibniz de Hanovre, a en outre posé la question de la compétitivité des entreprises européennes de sélection et a attiré l'attention sur le blocage de l'innovation pour la recherche. En outre, des aliments de moins bonne qualité sont à craindre en Europe, car il faudrait utiliser davantage de pesticides et les pertes de rendement pourraient être plus importantes.

 

En ce qui concerne les brevets pour l'édition du génome, la Chine s'est entre-temps nettement distancée sur le marché mondial ; l'Europe est loin derrière. Aux États-Unis, des milliardaires ont créé des instituts qui font avancer la recherche dans ce domaine, selon M. Boch. M. Qaim a fait remarquer qu'en Europe, il faut d'abord créer l'acceptation avant que les investissements ne soient rentables.

 

 

Les prescriptions du Green Deal inquiètent les scientifiques

 

© Johanna

M. Michel Jens Boch est professeur de biotechnologie végétale à l'Institut de Génétique Végétale de l'Université Leibniz de Hanovre.

 

 

Selon M. Qaim, en résumé, les nouvelles technologies d'amélioration des plantes ne sont pas la panacée, mais elles peuvent contribuer de manière significative à la sécurité alimentaire mondiale. La réglementation des plantes génétiquement modifiées ne devrait pas être abolie, mais réformée.

 

Le Green Deal européen, qui prévoit une réduction de 50 pour cent des produits phytosanitaires et de 20 pour cent des engrais, est important, a déclaré M. Qaim. Les bonnes pratiques agricoles sont tout aussi importantes. Mais pour atteindre les objectifs de réduction du Green Deal, il faut des solutions durables, ce qu'offrent les technologies d'amélioration des plantes. Mme Franziska Kersten, députée du Bundestag (SPD) présente à la conférence, a réagi à la critique du professeur Qaim concernant l'attitude du SPD sur le sujet en faisant référence au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où le ministre social-démocrate de l'agriculture Till Backhaus a veillé à ce que les nouvelles méthodes d'amélioration des plantes soient intégrées dans le contrat de coalition.

 

M. Jens Boch s'est également montré sceptique quant à l'extension de l'agriculture biologique, également prévue par le Green Deal. Il n'y a pas de solution politique au manque de rendement alimentaire. « Lorsque les gens ont faim, toutes les autres exigences éthiques passent au second plan », a déclaré M. Boch. En ce qui concerne le Riz Doré, qui peut être cultivé depuis environ un an aux Philippines pour lutter contre la carence en vitamine A, M. Boch estime qu'il est incompréhensible dans notre pays que les politiques fassent fi des points de vue des lauréats du prix Nobel.

 

 

Même le Riz Doré doit encore s'imposer

 

©  Johanna Michel

M. Ingo Potrykus est biologiste et a travaillé à l'Institut des Sciences Végétales de l'EPF de Zurich.

 

 

M. Ingo Potrykus, qui travaille depuis des décennies sur les nouvelles technologies d'amélioration des plantes et qui est considéré comme l'un des pères du Riz Doré, a participé en visioconférence à l'événement. Les gouvernements du Bangladesh et de l'Inde – des pays où la carence en vitamine A entraîne la cécité et la mort de milliers d'enfants chaque année – n'ont pas encore autorisé le Riz Doré, rapporte M. Potrykus. Il n'est pas encore possible de savoir quand la Chine utilisera le Riz Doré.

 

Au cours de sa vie professionnelle, il y a eu de nombreux moments où le biologiste a douté de pouvoir continuer. Il n'a pas abandonné à cause de son objectif d'aider la population pauvre du monde. Désormais, le travail le plus important n'est plus celui de la science, mais celui des gouvernements des pays touchés par la carence en vitamine A. Au cours de sa carrière, M. Potrykus a toujours été qualifié de « Weltverbesserer » [une personne cherchant, peut-être de manière utopiste, à rendre le monde meilleur], ce qui n'a jamais été une insulte pour lui.

 

Dans son discours de clôture, M. Horst Rehberger, président du conseil consultatif d'InnoPlanta, a lancé un appel au Parlement Européen et au Bundestag pour qu'ils adaptent les bases juridiques dans un avenir proche.

 

______________

 

Johanna Michel travaille depuis 2020 comme rédactrice cross-média chez AGRARHEUTE. Employée spécialisée dans les services des médias et de l'information, elle a d'abord travaillé dans l'administration du Bundestag allemand et a suivi, en parallèle, des études d'agronomie à l'Université Humboldt de Berlin. Au sein du Département Exploitation et Marché, elle s'intéresse particulièrement à la mise en œuvre des décisions de politique agricole en raison de ses connaissances en matière de législation.

 

Source : Hunger und Green Deal nicht ohne moderne Pflanzenzüchtung zu stemmen | agrarheute.com

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article