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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Agriculture biologique et crise alimentaire : le PDG de Syngenta Erik Fyrwald met les pieds dans le plat

10 Mai 2022 Publié dans #Agriculture biologique, #Alimentation, #Ukraine

Agriculture biologique et crise alimentaire : le PDG de Syngenta Erik Fyrwald met les pieds dans le plat

 

 

 

 

La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) a donné la parole à M. Erik Fyrwald, PDG de Syngenta, le producteur de produits de protection des plantes (alias « pesticides ») et de variétés et semences, y compris issues des biotechnologies.

 

Le titre n'est pas trop agressif – « Bio schadet dem Klima und fördert den Landverbrauch », « le bio nuit au climat et favorise l'utilisation des terres » (derrière un péage).

 

Le chapô est plus explicite, mais quelque peu incorrect :

 

« La guerre en Ukraine aggrave la situation alimentaire mondiale en une crise de la faim. Erik Fyrwald, patron du groupe agrochimique Syngenta, appelle à une réorientation de l'agriculture. Le bio n'y a pas sa place, la durabilité si. »

 

L'article a été repris et une version a été diffusée en français par l'Agence Télégraphique Suisse. On la trouvera par exemple dans le Temps, « Le patron de Syngenta défend l’abandon de l’agriculture biologique ».

 

En chapô :

 

« Erik Fyrwald estime que les cultures bios, aux rendements bas et qui occupent beaucoup de terrains, accroissent la menace d’une crise alimentaire mondiale. Les pays riches doivent augmenter leur production agricole pour éviter une catastrophe, selon lui – position "grotesque", fulmine un représentant du bio. »

 

On ne sera pas surpris par le point de vue de M. Erik Fyrwald, qui s'est défendu de vouloir favoriser les affaires de Syngenta, maintenant entre les mains du chinois ChemChina.

 

Il est apparemment plus nuancé sur l'agriculture biologique. Ainsi peut-on lire dans Blick, au titre pourtant péremptoire, « Syngenta-Chef Fyrwald fordert Bio-Stopp » (le patron de Syngenta Fyrwald exige un arrêt du bio) :

 

« L'agriculture biologique favorise l'utilisation des terres, car elle nécessite de plus grandes surfaces, a déclaré Fyrwald. Le bio nuit également au climat, car les champs sont généralement labourés, ce qui augmente les émissions de CO2. Selon Fyrwald, les gens devraient pouvoir acheter des produits biologiques s'ils le souhaitent, mais les gouvernements devraient insister pour que les pertes de rendement ne soient pas aussi importantes. La politique agricole de l'UE vise donc une part de bio de 25 pour cent. En Suisse, la part de marché est de 11 pour cent. »

 

Il estime par ailleurs que :

 

« L’ensemble de la branche réalise des bénéfices élevés avec le bio, parce que les consommateurs sont prêts à payer beaucoup pour cela. »

 

Admettons... Mais c'est évidemment à condition que différents acteurs tels que les idéologues du bio, leurs alliés politiques et le biobusiness – y compris les grandes enseignes généralistes – ne cassent pas le marché en voulant à tout prix – c'est le cas de le dire... – le sortir de sa niche.

 

Solution ?

 

« Erik Fyrwald plaide pour une troisième voie dans l’agriculture, c’est-à-dire ni uniquement conventionnelle ni uniquement biologique. Son concept d’agriculture dite régénérative reprend de l’agriculture biologique la rotation des cultures et mise en même temps sur l’utilisation ciblée de pesticides et d’OGM pour augmenter les rendements. »

 

Admettons aussi... quoique... Il y a des cheveux qui se hérissent quand on voit surgir des concepts non ou mal définis tels que « agriculture régénératrice » – une formule que les tenants de l'agriculture biologique tentent de s'approprier en catimini.

 

La rotation des cultures est aussi une composante essentielle de l'agriculture dite « conventionnelle » telle qu'elle est pratiquée majoritairement.

 

Notons que dans Blick, il ne s'agit pas d'OGM, mais de « Genom-Editierung ».*

 

La réponse publiée dans les médias est venue de M. Kilian Baumann, agriculteur bernois bio et président de l’Association des Petits Paysans.

 

À son avis, Syngenta défend bien sûr son chiffre d’affaires. Et :

 

« Ce n’est pas la production bio qui favorise la consommation de terrains, mais la faim de viande [...]. La production de fourrages occupe 43% des terres arables en Suisse, à quoi s’ajoutent 1,2 million de tonnes importées. La production de calories animales demande bien plus de surface que celle de calories végétales. »

 

Les éleveurs suisses apprécieront... peut-être.

 

En 2016, la surface agricole utile couvrait en Suisse un peu plus d’un million d’hectares, dont près de 60 % de prairies naturelles et de pâturages – impropres à la culture. Les terres arables représentaient près de 0,4 Mha de terres arables, dont 83.000 ha de céréales panifiables (soit 20,7 % de la sole arable totale) et 14.780 ha de vignes (soit 3,3 %).

 

Et on peut penser qu'au vu de l'importance de l'élevage, une bonne partie de l'agriculture biologique suisse est fondée sur les effluents pour sa fertilisation.

 

Mais ce qui est le plus exaspérant, c'est l'aveuglement... doublement suicidaire.

 

Car, d'une part, comme le rappelle M. Erik Fyrwald, l'Ukraine nourrit – nourrissait – 400 millions de personnes. Et d'autre part, une extension inconsidérée de la production bio serait ravageuse pour les producteurs, en particulier en ces temps d'inflation dans l'alimentaire.

 

M. Erik Fyrwald a bien fait de mettre les pieds dans le plat.

 

_______________

 

* Additif de 15 heures

 

Dans la NZZ, M. Erik Fyrwald explique:

 

« Il ne s'agit pas du génie génétique classique, mais de l'édition du génome. Il est ainsi possible de rendre des variétés déjà existantes issues du même pool génétique plus résistantes à la chaleur, aux champignons ou aux parasites grâce à des modifications ciblées et mineures du patrimoine génétique, par exemple avec la méthode Crispr/Cas. C'est très similaire au processus d'évolution naturelle. Lors de leurs décisions, l'UE et la Suisse devraient également prendre en compte les avantages et les rendements ainsi que les objectifs en matière de gaz à effet de serre, et pas seulement les risques. Le Green Deal de l'UE ne fixe aucun objectif de ce type. Cela serait pourtant nécessaire de toute urgence pour augmenter les rendements et réduire la consommation de terres. Au lieu de cela, l'UE exige une part de bio de 25 pour cent. »

 

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H
A propos de crise alimentaire, cela chauffe sérieusement au Sri Lanka. Mais pas un journal n'évoque le passage catastrophique imposé au 100% bio, il y a 2 ans, transition dramatique qui a vidé les étals, fait monter les prix et ruiné des millions de petits exploitants. C'est la faute au Covid ou au réchauffement climatique, voir à la guerre en Ukraine osent même certains journalistes, ces cortèges de mensonges sont une honte ! <br /> Ces folies bio et écolos sont une monstrueuse menace pour l'approvisionnement de l'humanité et n'apportent rien à la planète, bien au contraire.
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