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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pan sur les études nutritionnelles portant sur les aliments ultra-transformés ?

8 Avril 2022 Publié dans #Article scientifique, #Alimentation

Pan sur les études nutritionnelles portant sur les aliments ultra-transformés ?

 

 

 

 

Le European Journal of Clinical Nutrition a publié un article qui questionne la notion d'aliments ultra-transformés. Il s'agit de « Ultra-processed foods: how functional is the NOVA system? » (aliments ultra-transformés : quelle est la fonctionnalité du système NOVA ?) de Véronique Braesco, Isabelle Souchon, Patrick Sauvant, Typhaine Haurogné, Matthieu Maillot, Catherine Féart et Nicole Darmon.

 

En voici le résumé :

 

Contexte

 

Dans le système de classification NOVA, des critères descriptifs sont utilisés pour classer les aliments dans l'un des quatre groupes en fonction de critères liés à la transformation. Bien que NOVA soit largement utilisé, sa robustesse et sa fonctionnalité restent largement inexplorées. Nous avons déterminé si ce système conduit à des affectations cohérentes des aliments par les utilisateurs.

 

 

Méthodes

 

Des spécialistes français de l'alimentation et de la nutrition ont répondu à une enquête en ligne dans laquelle ils attribuaient des aliments à des groupes NOVA. L'enquête comprenait deux listes : une avec 120 produits alimentaires commercialisés avec des informations sur les ingrédients et une avec 111 produits alimentaires génériques sans informations sur les ingrédients. Nous avons quantifié la cohérence de l'affectation entre les évaluateurs en utilisant le κ de Fleiss (intervalle : 0-1, où 1 = 100 % d'accord). Le regroupement hiérarchique sur les composantes principales a permis d'identifier des groupes d'aliments présentant des distributions similaires d'assignations NOVA.

 

 

Résultats

 

Le κ de Fleiss était de 0,32 et 0,34 pour les aliments commercialisés (n = 159 évaluateurs) et les aliments génériques (n = 177 évaluateurs), respectivement. Il y avait trois groupes au sein des aliments commercialisés : l'un contenait 90 aliments largement affectés à NOVA4 (91 % des affectations), tandis que les deux autres présentaient une plus grande hétérogénéité d'affectation. Il y avait quatre groupes au sein des aliments génériques : trois groupes contenaient des aliments principalement assignés à un seul groupe NOVA (69-79% des assignations), et le quatrième groupe comprenait 28 aliments dont les assignations étaient plus uniformément réparties entre les quatre groupes NOVA.

 

 

Conclusions

 

Bien que les attributions aient été plus cohérentes pour certains aliments que pour d'autres, la cohérence globale entre les évaluateurs était faible, même lorsque les informations sur les ingrédients étaient disponibles. Ces résultats suggèrent que les critères actuels de la NOVA ne permettent pas d'assigner des aliments de manière robuste et fonctionnelle. »

 

Sur la classification NOVA (sans les liens numériques vers les références) :

 

« NOVA est, de loin, le plus courant de ces systèmes. Son objectif déclaré est de classer "tous les aliments en fonction de la nature, de l'étendue et des objectifs des processus industriels qu'ils subissent". Dans le système NOVA, les aliments sont classés dans l'un des quatre groupes suivants : (i) NOVA1 contient des "aliments non transformés ou peu transformés", à savoir les parties comestibles des plantes ou des animaux qui ont été prélevées directement dans la nature ou qui ont été modifiées/préservées de façon minimale ; (ii) NOVA2 contient des "ingrédients culinaires", tels que le sel, l'huile, le sucre ou l'amidon, qui sont produits à partir d'aliments NOVA1 ; (iii) NOVA3 contient des "aliments transformés", tels que des pains fraîchement cuits, des légumes en conserve ou des viandes salées, qui sont obtenus en combinant des aliments NOVA1 et NOVA2 ; et (iv) NOVA4 contient des "aliments ultra-transformés", c'est-à-dire des produits industriels prêts à consommer qui sont "fabriqués principalement ou entièrement à partir de substances dérivées d'aliments et d'additifs, avec peu ou pas d'aliments intacts du groupe 1". »

 

Comme le montre le graphique reproduit ci-dessus, les produits assignés à une classe NOVA peuvent avoir des scores nutritionnels différents.

 

Les auteurs de l'étude concluent :

 

« Conclusions

 

« Dans l'ensemble, nos résultats suggèrent que des améliorations devraient être apportées au système de classification NOVA afin de renforcer la cohérence des assignations. En effet, nous avons observé qu'un pourcentage important d'assignations d'aliments étaient discordantes, que l'information sur les ingrédients soit fournie ou non. Cette constatation soulève des questions sur le degré de fonctionnalité du système NOVA dans sa forme actuelle. Elle devrait également susciter une réflexion sur la fiabilité des conclusions des études épidémiologiques qui utilisent la NOVA, ainsi que sur la capacité de la NOVA à orienter les politiques de santé publique ou à fournir des informations utiles aux consommateurs. Alors que le concept d'aliments ultra-transformés a certainement fait son entrée dans la conscience des consommateurs, nos résultats indiquent que les critères NOVA ne permettent pas actuellement de définir sans équivoque les aliments comme ultra-transformés. »

 

Il va de soi que cette étude n'a pas plu à tout le monde...

 

 

 

 

 

Mais pas de problèmes pour les « bien-pensants » qui pensent le plus grand mal des produits « ultra-transformés » (il faut maintenant mettre de guillemets compte tenu de ce que nous avons appris) :

 

« Financement

 

Ce travail a reçu un financement minime (moins de 5 % du coût total de l'étude) du Fonds Français pour l'Alimentation et la Santé (FFA), une organisation partiellement sponsorisée par l'industrie alimentaire ; ces fonds ont payé le développement de l'outil d'enquête en ligne et l'analyse statistique (TH et MM). Les financeurs n'ont joué aucun rôle dans la conception de l'étude, la collecte, l'analyse et l'interprétation des données, la rédaction et la finalisation du manuscrit, ni dans la décision de le soumettre pour publication. »

 

Il y a eu quelques thunes provenant de l'industrie, même indirectement ? Cela suffit pour discréditer l'étude.

 

Et, miam, miam ! Il y a des conflits d'intérêts !

 

« Intérêts concurrents

 

VB rapporte des subventions [grants] et autres de VAB-nutrition, en dehors du travail soumis (VAB-nutrition est une société de conseil qui fournit à ses clients un soutien scientifique dans le domaine de la nutrition humaine). IS rapporte des subventions de Roquette Frères S.A. (entreprise alimentaire), un soutien non financier de l'ITAB - Institut technique de l'agriculture biologique, un soutien non financier de l'ACTIA - Réseau français des instituts techniques de l'alimentation, en dehors des travaux soumis. PS n'a rien à divulguer. TH et MM font état de subventions du Fonds Français pour l'Alimentation et la Santé, pendant la réalisation de cette étude, et de subventions de Danone Nutricia Research et Neste, en dehors des travaux soumis. CF rapporte des honoraires personnels du Laboratoire Lescuyer, d'autres de Cholé'Doc, des honoraires personnels de Synadiet, d'autres de Nutrients Journal, tous en dehors du travail soumis. PS et ND, n'ont rien à divulguer. »

 

Ouf ! Les belles études fondées sur la cohorte NutriNet-Santé sont sauvées...

 

 

 

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