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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Interdiction de l'abattage des poussins : quand l'environnement, le bien-être animal et l'économie sont perdants

3 Avril 2022 Publié dans #élevage, #Economie

Interdiction de l'abattage des poussins : quand l'environnement, le bien-être animal et l'économie sont perdants

 

Sabine Leopold, AGRARHEUTE*

 

 

© imago images/Countrypixel

L'élevage des poussins mâles mobilise des ressources et libère du CO2 – pour une viande qui n'a pas de marché.

 

 

Depuis le début de cette année, il est interdit de tuer les poussins d'un jour dans notre pays. Les amis des animaux jubilent et l'ex-ministre de l'agriculture Julia Klöckner se félicite de la nouvelle loi. Mais en réalité, la « cause des poussins » ne connaît que des perdants. Une analyse.

 

 

S'il y a une chose dont l'ex-ministre de l'agriculture Julia Klöckner (CDU) est vraiment fière, c'est l'interdiction de l'abattage des poussins, qui a été imposée pendant son mandat.

 

Le 1er janvier 2022, Mme Klöckner a tweeté : « À partir d'aujourd'hui : interdiction de tuer les poussins ! Nous sommes des précurseurs mondiaux + nous soutenons nos couvoirs dans cette transition. »

 

Ce post a dû faire monter l'adrénaline, et pas seulement chez les exploitants de couvoirs.

 

 

Protection des animaux, mon œil !

 

Car ce dont l'ancienne ministre se vante ici n'a rien à voir avec la protection des animaux. Et encore moins avec le soutien des couvoirs (ou des agriculteurs) locaux. Il s'agit d'un alibi de première classe, on ne peut plus spécieux, et d'un exemple flagrant de ce qui se passe lorsqu'on va à la pêche aux voix (des électeurs) en ignorant tout argument technique.

 

 

Pas de détermination sûre du sexe dans l'œuf

 

Le drame en quelques points : depuis le 1er janvier 2022, les poussins d'un jour ne peuvent plus être tués en Allemagne. Soit les coqs issus de lignées de ponte doivent être identifiés au préalable dans l'œuf et le processus d'incubation doit être interrompu. Soit ils sont élevés comme « coqs frères ». Cette dernière option est actuellement la plus courante, car une détection sûre et sans pertes du sexe dans l'œuf n'est toujours pas prête pour la pratique – d'autant plus que la détection précoce devra avoir lieu au plus tard le sixième jour de couvaison à partir du 1er janvier 2024.

 

Avec cette législation, l'Allemagne est effectivement un pionnier mondial. Mais au lieu de la protection des animaux, la nouvelle réglementation profite au mieux au commerce de détail et aux couvoirs étrangers.

 

 

Personne ne veut des « coqs frères »

 

 

Pourquoi en est-il ainsi ? Commençons par le fait que cette nouvelle pratique ne permet évidemment pas de « sauver des millions de poussins », comme la coopérative de commerçants Rewe vient de le claironner dans une campagne publicitaire. Les animaux sont abattus quelques semaines plus tard, lorsqu'ils ne sont plus aussi mignons, ronds et jaunes.

 

Jusque-là, ils auront été élevés en utilisant de l'espace dans les poulaillers, de la nourriture, de l'eau et de l'énergie. En coquelets de race de ponte maigrichons dont personne ne veut de la viande. Quelqu'un s'attendait-il vraiment à retrouver les « coqs frères » en maigres carcasses sur le gril ?

 

 

L'ignorance du ministère de l'Agriculture

 

© imago images/Stefan Zeitz

Pour l'ex-ministre de l'agriculture Julia Klöckner, l'interdiction de l'abattage des poussins était un projet prestigieux.

 

 

Alors qu'il était parfaitement clair que ces animaux ne trouveraient pas preneur, la moitié de la République s'étonne actuellement : comment ? Personne ne veut manger les « frères sauvés » ? N'aurait-on pas pu le savoir avant ?

 

On aurait pu. On le savait certainement : le ministère de l'agriculture dispose en effet d'analystes de marché. Mais dans le cas de l'interdiction de l'abattage des poussins, il ne s'agissait malheureusement ni de protection des animaux, ni de durabilité, et bien sûr encore moins de rentabilité. Il s'agissait d'obtenir des applaudissements des électeurs. Sinon, pourquoi Mme Klöckner et sa troupe ont-elles entretenu assidûment pendant des années le récit du poussin d'un jour broyé vivant et jeté à la poubelle ?

 

 

Les poussins étaient une nourriture précieuse

 

© imago images/Sabine Lutzmann

Dans l'élevage et la détention des rapaces, les poussins d'un jour sont difficilement remplaçables comme nourriture.

 

 

Car bien sûr, on savait aussi au ministère fédéral des sauveteurs de poussins que les animaux étaient euthanasiés au dioxyde de carbone et vendus ensuite aux zoos et aux centres d'élevage comme une précieuse nourriture corps entier.

 

En 2020, un groupe de travail de la Fachhochschule Südwestfalen avait étudié le nombre de poussins d'un jour donnés à manger chaque année en Allemagne jusqu'à cette date. Dans certains cas, il n'a été possible que de faire des estimations, car les zoos n'aiment pas non plus être associés à l'abattage des si mignons poussins d'un jour. Malgré cela, les scientifiques ont résumé : « Sur la base de la présente estimation, on peut supposer qu'on utilise plus que tous les poussins d'un jour tués en Allemagne comme nourriture dans les zoos, les fauconneries et les animaleries fixes et que des poussins d'un jour tués sont peut-être encore importés des Pays-Bas et/ou d'autres pays. »

 

Notez bien : c'était deux ans avant l'interdiction de l'abattage.

 

 

Avertis à temps des conséquences

 

Les associations professionnelles et la presse spécialisée avaient souligné avec insistance la désinformation avant la décision. Mais communiquer la réalité aurait détruit la belle image de l'ennemi.

 

Et c'est ainsi que ces jours-ci, de plus en plus de grands médias s'étonnent et se demandent pourquoi les éleveurs restent assis avec leurs coqs maigres sur les bras et pourquoi, de plus en plus, les éleveurs de rapaces et les parcs animaliers ne savent plus où trouver des substituts pour les précieux poussins d'un jour.

 

Le 20 février 2022, la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) titrait par exemple : « Wo mit den Bruderhähnen? » (que faire des coqs frères ?) et critiquait les coûts et les conséquences environnementales de cette nouvelle pratique. Pourtant, à la mi-2019, la même FAZ avait encore déclenché une tempête d'indignation des consommateurs avec un article intitulé « Kein Herz für Küken » (pas de cœur pour les poussins) et l'affirmation que les animaux fraîchement éclos devaient mourir parce qu'ils étaient « inutiles ».

 

 

L'interdiction de tuer les poussins restera en vigueur

 

© imago images/Peter Endig

 

En ce qui concerne l'interdiction de tuer les poussins, il est sans doute trop tard. Aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, ne reviendra sur cette loi. L'électeur a été conditionné trop longtemps avec des poussins en peluche.

 

De plus, il y a au moins un bénéficiaire, si l'on fait abstraction du fait cela a permis de revoir à la hausse le bilan de carrière de l'ex-ministre de l'agriculture, par ailleurs peu reluisant. Le commerce de détail vend ses œufs frais fièrement et à un prix plus élevé sous divers logos « Bruderhahn » et donne l'impression, dans toute cette malheureuse histoire, d'avoir personnellement arraché les poussins mâles à la broyeuse meurtrière.

 

 

Partout que des perdants

 

Mais tous les autres sont perdants :

 

  • Les couvoirs allemands, surtout les plus petits, qui ne peuvent plus rivaliser en termes de prix avec la concurrence d'autres pays.

 

  • Les éleveurs de poules pondeuses qui doivent installer un élevage de coqs frères ou payer pour leur délocalisation.

 

  • Les zoos et les centres de soins pour rapaces qui achètent désormais leurs poussins nettement plus chers en Espagne, aux Pays-Bas ou quelque part à l'Est – ou qui remplacent les poussins, leur alimentation complète, par des rats et des souris heureusement pas si mignons que ça.

 

  • Les poussins eux-mêmes, qui vivent certes quelques semaines de plus ici, mais qui sont désormais produits en plus grand nombre et souvent dans de moins bonnes conditions en dehors de l'Allemagne.

 

  • Et surtout l'environnement, car l'élevage des coqs de races de ponte dure longtemps et produit environ trois fois plus de CO2 que celui des animaux de races de chair. Et ces derniers ne diminuent même pas grâce à la concurrence des « coqs frères », car les succulents filets de poitrine de poulet ne poussent justement pas sur les souches maigres, spécialisées dans la ponte des œufs.

 

 

Les prochains boucs émissaires

 

Ce serait bien si l'on pouvait mettre un terme à la « cause des poussins » de Klöckner, même si cela fait grincer des dents. Mais même sous le nouveau ministre de l'agriculture, des décisions sont déjà prises ou préparées qui relèvent de la pure idéologie et non de faits scientifiques.

 

Qu'il s'agisse de l'interdiction du glyphosate ou des OGM, les collègues du parti vert de Cem Özdemir ont depuis longtemps défini de quoi le peuple local et le reste du monde doivent être sauvés. Et personne ne peut vraiment se douter que les agriculteurs ne seront pas les seuls perdants...

 

_____________

 

* Sabine Leopold travaille pour Agrarheute en tant que rédactrice cross-média senior pour les questions de société. Elle est rédactrice au Deutscher Landwirtschaftsverlag depuis environ 25 ans. Elle s'est d'abord intéressée à la production animale, mais depuis plusieurs années, elle se consacre intensivement à la communication et aux relations publiques dans l'agriculture, et plus particulièrement dans l'élevage.

 

Source : Kükentötungsverbot: Wenn Umwelt, Tierschutz und Wirtschaft verlieren | agrarheute.com

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