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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Hilarant : l’agriculture « conventionnelle » utilise plus de quatre fois plus de cuivre que l’agriculture biologique, selon Générations Futures

5 Avril 2022 Publié dans #Générations futures, #Pesticides, #Activisme

Hilarant : l’agriculture « conventionnelle » utilise plus de quatre fois plus de cuivre que l’agriculture biologique, selon Générations Futures

 

ou : les familles nombreuses mangent plus de pain que les couples sans enfants

 

 

(Source)

 

 

La dernière production de la petite entreprise qui vit en symbiose avec le biobusiness – le second finance la première pour prix d'une communication promouvant son fond de commerce – a suscité l'hilarité dans bien des milieux où règne encore un sens des proportions.

 

C'est « Cuivre en agriculture : l’agriculture ‘conventionnelle’ en utilise plus de 4 fois plus que l’agriculture biologique! », un titre d'une lourdeur qui annonce celle du texte.

 

C'est qu'il est difficile d'avouer que l'agriculture biologique utilise des pesticides, et surtout du cuivre qui n'est pas un modèle de vertu environnementale. Il est même un « candidat à la substitution » (il aurait été interdit dans l'Union Européenne si, épaulé notamment par le Ministère de l'Agriculture français, le lobby de la très vertueuse (ironie) agriculture biologique ne s'était pas allié à l'infâme industrie agrochimique pour faire capoter le projet de la Commission).

 

On entre donc à pas lourds dans le sujet :

 

« L’agriculture biologique s’est beaucoup développée en France ces dernières années. Elle représente maintenant plus de 8,3 % de la surface agricole utile pour plus de 2 millions et demi d’hectares.

 

Face à cette tendance lourde une réaction s’est organisée ces dernières années pour tenter de discréditer l’agriculture biologique. Cette réaction est visible sur des blogs aux auteurs plus ou moins identifiables et les réseaux sociaux (beaucoup de blogs et comptes Twitter sont sous pseudonymes).

 

De nombreux adversaires de l’agriculture biologique mettent en avant ainsi très souvent le fait que cette agriculture utilise des produits à base de cuivre, dont les impacts environnementaux justifient d’en faire une substance candidate pour la substitution.

 

Par contre ces mêmes personnes oublient toujours de rappeler que si l’agriculture biologique utilise certes des composés à base de cuivre, elle n’est pas la seule. En effet l’agriculture non Bio utilise aussi ces pesticides à base de cuivre, mais jusqu’à présent on ne savait pas précisément dans quelles proportions. »

 

Pour répondre aux méchants contempteurs de la vertueuse (bis) agriculture biologique – qui omettent de surcroît de dire toute la vérité (ha ! ha ! ha!) – M. François Veillerette a donc exploité un rapport de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES), « Cartographie des utilisations des produits phytopharmaceutiques à base de cuivre en France en considérant leur application en agriculture biologique et conventionnelle ».

 

Il a donc produit le tableau suivant :

 

 

 

 

Et, bingo ! Avec un double sophisme en prime :

 

« Ce tableau montre clairement que la quantité totale de cuivre utilisé en agriculture non bio est 4,37 fois plus importante que celle utilisée par l’agriculture bio à l’échelle du pays ! A noter qu’en plus de ces quantités de Cuivre utilisées en agriculture non bio cette agriculture utilise en plus des fongicides de synthèse en grandes quantités !. Les problèmes environnementaux liés au cuivre en agriculture sont donc globalement bien d’avantage liés à l’agriculture non bio qu’à l’agriculture bio. »

 

« ...en plus » est grammaticalement correct mais doit s'interpréter comme « à côté », ou « à la place » du cuivre. Quant aux problèmes environnementaux, l'analyse est complexe et ne saurait se réduire à ce qui est dit.

 

Et c'est là qu'on entre dans la question des proportions.

 

L'argument de M. François Veillerette est du même niveau que : « une famille nombreuse mange plus de pain qu'un couple sans enfants. »

 

Ou : « La France est le premier consommateur de pesticides en Europe », une baliverne délivrée, par exemple, par M. Nicolas Hulot en 2016.

 

 

Ou encore du niveau des questions – judicieuses – posées par M. Philippe Stoop dans « La voiture bio et le bus conventionnel, ou comment l’agriculture perd la bataille de l’agroécologie ».

 

La ficelle est d'autant plus grosse que l'ANSES a produit des tableaux détaillant les doses moyennes de cuivre à l'hectare, un indicateur plus pertinent. Par exemple pour la viticulture :

 

 

 

 

On voit ainsi qu'en 2016, année favorable, le bio a utilisé, grosso modo, deux fois plus de cuivre à l'hectare que le conventionnel.

 

La situation est – évidemment – similaire en pommes de terre, légumes (tableaux non reproduits) et fruits.

 

 

 

 

 

Le pire, dans cette affaire, c'est que le tableau de Générations Futures est fondé sur les tableaux de l'ANSES.

 

Mais on peut aller plus loin. Dans son article, M. Philippe Stoop posait une question de « Quizz écologique, niveau 0 : Le SUV consomme moins d’essence au km, mais le bus transporte plus de monde. Lequel est le plus écologique ? »

 

Le conventionnel produit plus à l'hectare que le bio. Rapporté aux quantités produites, le rapport est encore plus favorable au premier. Et le rôle de l'agriculture est principalement de produire notre nourriture et secondairement d'occuper et de gérer des territoires.

 

Une conclusion s'impose : la communication de Générations Futures est délibérément – disons sobrement – fallacieuse.

 

Cela contraste avec un document de février 2019 (selon mon moteur de recherche), « Pesticides, qui sont les plus gros consommateurs en Europe ? ». Il y avait comme intertitre : « Le rôle de la surface agricole utile (SAU) dans la consommation de pesticides »...

 

Alors, qu'est-ce qui a changé ? La crise du marché bio, peut-être, avec pour corollaire, toujours peut-être, un besoin perçu de faire du bashing de l'agriculture qui nous nourrit, fût-ce au prix d'une communication éminemment critiquable.

 

 

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