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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Derrière les données : les tendances de l'utilisation des pesticides aux États-Unis

13 Avril 2022 Publié dans #Pesticides

Derrière les données : les tendances de l'utilisation des pesticides aux États-Unis

 

Brian Boyce, AGDAILY*

 

 

Image : John Deere

 

 

L'utilisation globale des pesticides a tendance à diminuer aux États-Unis, mais les résultats sont plus nuancés que cela.

 

 

La formulation de la question est un piège délicat lorsqu'il s'agit de parler du volume de pesticides utilisés aux États-Unis. En essayant de se frayer un chemin dans les écrits des partisans et des opposants, cela rappelle les discussions autour de l'expression « subventions gouvernementales ». À l'instar de cette expression que beaucoup ont fini par associer immédiatement à tout ce qui est négatif, le terme « pesticides » est en fait un peu un fourre-tout qui tend à englober toutes les formes de lutte contre les parasites, qu'elles soient « biologiques » ou de synthèse. Cela dit, les méthodes biologiques ne sont pas documentées de la même manière par les agences gouvernementales, quelle que soit leur toxicité, et la plupart des chiffres donnés dans le public concernent donc les synthétiques. Ainsi, lorsqu'on pose la question : « L'utilisation des pesticides est-elle en hausse ou en baisse aux États-Unis ? », la réponse est tout simplement plus compliquée que « oui » ou « non ».

 

Le terme « pesticide » vient de la combinaison des mots pest et -cide, qui, lorsqu'ils sont combinés, signifient tout ce qui tue ce que l'on considère comme un parasite, une « peste ». Dans cette mesure, considérez ces différents types de protection des cultures :

 

  • Les herbicides sont conçus pour tuer les mauvaises herbes.

  • Les insecticides sont conçus pour tuer les insectes.

  • Les fongicides sont conçus pour tuer les champignons.

 

Ce n'est pas parce qu'une substance est conçue pour tuer une chose qu'elle est ou n'est pas mortelle pour une autre, et chaque substance possède un niveau de toxicité différent. Si l'on cherche une réponse réductrice à la question de l'utilisation des pesticides aux États-Unis, c'est que l'utilisation globale des pesticides a connu une tendance à la baisse d'un pourcentage à deux chiffres, les volumes d'insecticides et de fongicides étant en baisse, mais les herbicides en hausse. Ces changements ont été directement attribués à la montée en puissance des semences génétiquement modifiées (GM), une tendance qui s'accentue depuis les années 1990.

 

 

 

 

Les questions relatives à la toxicité reçoivent une réponse similaire, car les mélanges de produits et les taux d'application varient assez largement. Mais comme pour l'utilisation générale, l'USDA soutient que des substances moins nombreuses et moins toxiques remplacent les anciens produits en raison de l'évolution de la technologie des semences et des pratiques agricoles, telles que l'agriculture de conservation. En raison des coûts liés à l'achat et à l'application de produits phytosanitaires, et de la nécessaire gestion des terres et des sols pour préserver leur bon fonctionnement, les producteurs sont incités à faire preuve de discernement dans le choix des types et des quantités de pesticides appliqués sur leur exploitation.

 

Pour préciser encore les faits concernant l'utilisation des pesticides, vous trouverez ci-dessous une analyse des données et des bases de données du Département Américain de l'Agriculture compilées sur le sujet. Bien organisées, certes, mais tout aussi détaillées et parfois difficiles à lire, les données de l'USDA sont néanmoins parmi les plus complètes qui soient.

 

 

Les pesticides en chiffres

 

Chaque année, le Département Américain de l'Agriculture (USDA) rend compte des pratiques de lutte contre les ravageurs des producteurs de neuf grandes cultures, ainsi que de certaines cultures de table [maraîchères], dans le cadre de son programme annuel d'utilisation des produits chimiques agricoles (National Agricultural Statistics Service Agricultural Chemical Use Program).

 

Une étude plus complète a été réalisée en 2014 par le service de recherche économique de l'USDA, cataloguant l'utilisation d'herbicides, d'insecticides et de fongicides pour 21 cultures majeures entre les années 1960 et 2008. Selon cette étude, Pesticide Use in U.S. Agriculture : 21 Selected Crops, 1960-2008, l'utilisation totale de pesticides sur les cultures a plus que triplé entre 1960 et 1981, mais a ensuite diminué de 287 millions de kilogrammes à 234 millions de kilogrammes en 2008, un changement attribué à des ingrédients plus efficaces, à une meilleure gestion des ravageurs et à des semences génétiquement modifiées résistantes à des insectes (Bt) et tolérantes à des herbicides (HT). Cette tendance générale s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui.

 

Une étude réalisée en 2010 par le National Research Council a confirmé que les cultures génétiquement modifiées permettent de réduire l'utilisation de pesticides et d'utiliser des substances moins toxiques que celles utilisées pour les cultures conventionnelles. C'est en grande partie intuitif, et il n'est pas difficile de voir pourquoi. En règle générale, l'adoption du Bt s'accompagne d'une réduction des niveaux d'insecticides pulvérisés, et des études américaines et européennes ont démontré que la suppression de certains insectes à l'échelle d'une zone donnée réduit simplement la présence de ces insectes, tout comme les vaccins humains ont un effet connu sous le nom d'« immunité collective », qui contribue à réduire la propagation des agents pathogènes, même pour ceux qui ne sont pas vaccinés. Dans cette mesure, il a été démontré que même les producteurs qui n'utilisent pas des semences Bt bénéficient de leur utilisation par leurs voisins, car cela réduit l'infestation de toute la zone.

 

La même dynamique a été à l'œuvre en termes de toxicité. Avec l'introduction des semences HT dans les années 1990, les producteurs ont longtemps substitué le glyphosate, moins toxique, aux produits plus anciens et plus agressifs d'antan. Campagne après campagne, cela a permis de protéger non seulement les exploitations où poussaient les mauvaises herbes en question, mais aussi d'éviter toute propagation potentielle. Comme le glyphosate, que les semences HT sont conçues pour tolérer, est considéré comme beaucoup moins toxique et persistant, et beaucoup plus efficace, l'impact net a été signalé comme une amélioration de la qualité globale de l'environnement et une réduction du risque pour la santé publique.

 

 

 

 

Si l'on considère la combinaison de la nouvelle technologie des semences et de meilleures pratiques de travail du sol, il est facile de voir à quel point l'agriculture a considérablement évolué depuis les années 1980, et aujourd'hui les producteurs américains de coton, de maïs et de soja se sont convertis dans de larges pans aux semences génétiquement modifiées. En 2018, l'ERS rapporte que 90 % des soles de ces trois cultures ont reçu des semences HT, 80 % du maïs et du cotonnier utilisant des semences à caractères Bt, créées pour exprimer une ou plusieurs des protéines Bt disponibles dans le commerce et n'impactant que les insectes ciblés. Cette évolution a entraîné une réduction importante des insecticides et des fongicides, mais une augmentation comparable des herbicides, car les plantes elles-mêmes sont conçues pour leur résister.

 

Les cultures de table ont connu un phénomène similaire. Au cours de la campagne agricole 2020, par exemple, les producteurs de haricots mange-tout ont appliqué des herbicides sur 94 % de leurs surfaces, mais des insecticides sur seulement 64 % et des fongicides sur 55 %. En termes d'herbicides pour cette année-là, la bentazone a été appliquée en moyenne à 0,629 kg/ha, le S-métolachlore à 1,306 kg/ha. Les insecticides étudiés comprenaient la lambda-cyhalothrine à 0,044 kg/ha et la bifrenthrine à 0,084 kg/ha. Les fongicides comprenaient le thiophanate-méthyl à 1,273 kg/ha et le chlorothalonil à 1,311 kg/ha.

 

Pour la campagne 2014, les producteurs de haricots mange-tout ont appliqué en moyenne 1,070 kg/ha de S-métolachlore et 3,666 kg/ha d'EPTC, s'agissant des herbicides. L'application d'insecticides était en moyenne de 0,050 kg/ha de lambda-cyhalothrine et de 0,139 kg/ha de bifenthrine. L'application de fongicides a été de 1,567 kg/ha pour le thiophanate-méthyl et de 0,670 kg/ha d'hydroxyde de cuivre.

 

Au-delà des principales cultures de denrées de base, les citrouilles offrent un exemple de culture dont les tendances en matière de pesticides sont à la baisse, même au cours des dernières années. En 2016, l'herbicide clomazone a été utilisé sur 57 % des hectares à raison de 0,591 kg/ha. Mais en 2020, ce chiffre est tombé à 52 % des hectares et 0,516 kg/ha. Un autre herbicide, le S-métolachlore, a été appliqué sur 41 % des hectares à raison de 1,394 kg/ha en 2016, mais ce chiffre est tombé à 38 % des hectares et à 1,219 kg/ha en 2020. En 2016, l'herbicide éthalfluraline a été utilisé sur 15 % des hectares à raison de 0,789 kg/ha. Cette utilisation d'herbicide n'a pas été enregistrée en 2020.

 

En termes d'applications de fongicides, l'USDA a relevé 59 % des hectares recevant du chlorothalonil à 4,974 kg/ha. Mais en 2020, cette application a légèrement baissé à 58 % et 4,690 kg/ha. L'hydroxyde de cuivre a été appliqué à 34 % des hectares semés à raison de 1,001 kg/ha, puis à 24 % et 1,167 kg/ha en 2020. Parallèlement, le fongicide azoxystrobine a été utilisé sur 25 % des hectares semés en 2016 à raison de 0,253 kg/ha, mais son utilisation n'a pas été enregistrée en 2020.

 

La capacité de maintenir la qualité et la quantité de la production avec moins d'intrants signifie tellement pour l'intendance des terres et la durabilité financière des producteurs.

 

 

 

 

En ce qui concerne le soja, en 2020, des herbicides ont été appliqués sur 98 % de l'ensemble des surfaces, des fongicides sur 22 % et des insecticides sur 20 %. Parmi les herbicides, le sel de potassium de glyphosate était l'ingrédient actif le plus couramment utilisé, appliqué sur 40 % des surfaces à une moyenne de 1,755 kg/ha, suivi du sel d'isopropylamine de glyphosate sur 38 % à 1,209 kg/ha. En 2012, 98 % des hectares de soja ont reçu des traitements herbicides, le sel de potassium de glyphosate ayant été utilisé sur 59 % et le sel d'isopropylamine de glyphosate sur 30 %.

 

Le soja étant l'une des principales cultures aux États-Unis, les tendances en matière de pesticides pour le soja sont bien documentées, l'utilisation totale étant passée de moins de 1,36 millions de kg en 1960 à 66 millions de kg en 1982. Mais entre 1985 et 2005, ces chiffres sont tombés à moins de 45 millions pour remonter à 51 millions en 2008, année au cours de laquelle les producteurs de soja ont représenté 22 % du total des pesticides appliqués. En ce qui concerne les applications, il faut savoir qu'entre 1960 et 1981, l'utilisation d'herbicides sur le soja a bondi de 0,112 kg/ha à 2,354 kg/ha, mais qu'elle est passée sous la barre des 2,242 kg/ha en 1995, puis à 1,199 en 1999 avant de revenir à 1,569 en 2008.

 

Il ne fait aucun doute que l'adoption du soja HT a augmenté l'utilisation du glyphosate. Même en 2008, les semences HT étaient utilisées sur plus de 90 % des hectares de soja et le glyphosate était le premier choix avec 85 % de toutes les doses appliquées. Mais ce même passage aux semences transgéniques a entraîné une diminution de l'utilisation d'autres produits de synthèse, d'où la baisse générale de l'utilisation des pesticides par les agriculteurs américains.

 

 

Beaucoup à lire, c'est sûr

 

Le sujet est intéressant et suscite de nombreux débats. Avec les partisans et les opposants qui se battent à propos d'une technologie plus verte et des implications des réglementations sur l'agriculture, il est facile de se perdre dans les généralisations.

 

Les points clés à garder à l'esprit comprennent la terminologie, puis les questions relatives aux matières actives individuelles et à la toxicité potentielle pour chaque taux d'application. Le programme d'utilisation des produits chimiques agricoles du National Agricultural Statistics Service de l'USDA constitue un excellent point de départ pour les personnes intéressées par le sujet, car il met à la disposition du public certaines des données de surveillance gouvernementales les plus récentes. Pour ceux qui s'inquiètent du battage médiatique et publicitaire, ces bases de données se concentrent sur les matières actives plutôt que sur les noms de marque et les produits individuels.

 

 

 

 

Par ailleurs, les cultures entrant dans le cadre du programme de certification biologique de l'USDA relèvent de différentes catégories et les produits sont soumis au National Organic Standards Board de cette agence et à sa National List of Allowed and Prohibited Substances. L'utilisation de ces produits peut être documentée ou non, et si ces estimations étaient incluses, cela pourrait bien démontrer un changement significatif dans l'utilisation globale des produits au fil des ans.

 

L'agriculture a certainement parcouru un long chemin depuis que les anciens Sumériens ont développé les premières méthodes pour repousser les insectes de leurs champs, et pour ceux qui s'intéressent à la santé et à la science, c'est un sujet qui restera certainement d'actualité tant que les humains auront besoin de manger.

 

_____________

 

Brian Boyce est un écrivain primé qui vit dans une ferme du centre-ouest de l'Indiana. Vous pouvez découvrir d'autres de ses travaux sur http://www.boycegroupinc.com/.

 

Source : Behind the data: Trends in pesticide use in the U.S. | AGDAILY

 

 

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