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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Dans un monde de conflits, les agriculteurs collaborent pour produire davantage de nourriture

11 Avril 2022 Publié dans #Afrique, #Inde

Dans un monde de conflits, les agriculteurs collaborent pour produire davantage de nourriture

 

Onyaole Patience Koku et Sudhanshu Kumar*

 

 

 

 

Dans un monde de concurrence féroce, l'agriculture est très souvent synonyme de collaboration. Les voisins aident leurs voisins. Les coopératives mettent leurs ressources en commun pour un bénéfice mutuel. Les groupements de producteurs spécialisés défendent les intérêts de leurs membres.

 

Les agriculteurs franchissent également les frontières pour résoudre des problèmes, comme nous l'avons découvert dans ce qui peut sembler à beaucoup un partenariat improbable.

 

Sudhanshu est un agriculteur de l'Inde et Patience est une agricultrice du Nigeria. Il y a un peu plus de deux ans, juste avant la pandémie, nous nous sommes rencontrés au Mexique lors d'une réunion organisée par le Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network).

 

Nous ne semblons pas avoir grand-chose en commun : nous vivons dans des endroits différents, nous sommes confrontés à des climats et des sols différents et nous utilisons des technologies différentes.

 

Pourtant, en tant qu'agriculteurs, nous sommes animés par un esprit de coopération. Nous cherchons des raisons de nous réunir plutôt que des excuses pour nous séparer.

 

Nous produisons tous deux des bananes, et l'un de nous avait besoin de l'aide de l'autre.

 

Sudhanshu est un producteur expérimenté qui cultive du maïs, du blé et d'autres espèces dans l'État de Bihar, dans le nord de l'Inde. Il est un ardent défenseur de la technologie, notamment de l'irrigation, de la mécanisation et de la modification génétique. Pourtant, il est confronté à un défi banal de l'agriculture : ses cultures céréalières fournissent un revenu pendant cinq ou six mois, et il est avantageux d'avoir un revenu toute l'année.

 

Les bananiers offrent une solution car ils peuvent générer un revenu dès 11 mois. Lorsque Sudhanshu a décidé de les cultiver, il a dû apprendre ce qu'il fallait faire. Il a consulté d'autres agriculteurs de sa région, profitant de leurs connaissances et de leur volonté de partager informations et conseils.

 

Depuis, il essaie d'aider les agriculteurs qui peuvent bénéficier de son expertise. Au cours des trois dernières années, par exemple, environ 3.000 agriculteurs ont visité son exploitation pour découvrir ses techniques. Il publie également des vidéos d'instruction.

 

Patience s'est mise à la banane plus récemment. Elle cherchait à diversifier son exploitation située au milieu du Nigeria, où elle produit également du maïs, du niébé et du coton.

 

Lorsque nous nous sommes rencontrés, Patience était confrontée à plusieurs défis. Certains de ses bananiers étaient flétris. D'autres étaient très sensibles aux dommages causés par le vent et tombaient. Elle craignait que sa décision de produire des bananes ne soit une erreur coûteuse.

 

Ce que nous avons découvert au Mexique, c'est que nous cultivions la même variété de bananes, même si des milliers de kilomètres séparaient nos fermes.

 

Sudhanshu a compris les problèmes de Patience et a aidé à sauver la jeune plantation de bananiers.

 

Pour arrêter le flétrissement, il lui a suggéré d'éloigner l'engrais des racines des arbres. Il a également recommandé l'irrigation. Ces deux mesures ont fait une différence immédiate dans la santé et la vitalité de ses bananiers.

 

Mais il y avait une autre difficulté. Les bananiers de Patience s'affaissaient sous le poids de leurs fruits, menaçant de se briser et de s'effondrer. Elle les étayait avec des tiges de bambou. Bien que cette méthode fonctionne, elle est coûteuse et prend du temps. Elle résolvait un problème, mais en créait de nouveaux. Elle avait besoin d'une alternative.

 

Sudhanshu savait quoi faire. Il a dit à Patience de créer un système de soutien pour ses bananiers en les attachant à d'autres plantes avec du ruban en nylon. Il a partagé une vidéo de sa ferme et a assuré le suivi par téléphone. Son approche a permis à Patience de donner aux bananiers la force dont ils avaient besoin pour survivre et prospérer.

 

Les agriculteurs sont bien sûr habitués à travailler au-delà des frontières internationales : beaucoup d'entre nous dépendent du commerce mondial pour notre subsistance. C'est pourquoi nous essayons toujours de promouvoir les accords commerciaux, car nous cherchons à réduire les barrières artificielles qui entravent la capacité de chacun à échanger des biens et des services.

 

En fait, sans le commerce international, Patience n'aurait peut-être jamais lancé sa plantation de bananiers : son objectif est d'augmenter ses revenus en vendant ses bananes à des clients d'autres pays. Qui plus est, elle a acheté ses bananiers à une entreprise israélienne qui les avait multipliés dans un laboratoire indien.

 

Avant même qu'elle ne rencontre Sudhanshu, sa plantation de bananiers était le résultat d'un travail d'équipe international.

 

Nous vivons dans un monde de division. Alors que la guerre de la Russie contre l'Ukraine domine l'actualité, nos propres Nations souffrent de conflits : l'Inde se débat dans ses relations avec le Pakistan et le Nigeria est en proie au banditisme.

 

Dans un monde confronté à l'inflation et à l'insécurité alimentaire, il est passionnant d'apprendre avec et auprès d'agriculteurs qui collaborent pour produire davantage de nourriture.

 

____________

 

Onyaole Patience Koku, agricultrice, Nigeria

 

La ferme de Patience est située sur le projet d'irrigation de Jere Azara, du gouvernement local de Kagarko, dans l'État de Kaduna au Nigeria. La ferme est un terrain loué de 500 hectares et produit deux récoltes par an sous irrigation à pivot central. Elle produit principalement du maïs semence pour Monsanto et du maïs grain pour de grandes entreprises de transformation alimentaire au Nigeria, comme Flour Mills of Nigeria.

 

Patience a reçu le prix Kleckner 2019 du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network) et le prix Agriculteur de l'Année 2018 de l'Alliance Cornell pour la Science. Elle est également membre du conseil consultatif de l'Alliance Cornell pour la Science. En tant que membre du Réseau Mondial, elle a déjà plaidé sur des scènes importantes, notamment au GES de 2019, un événement parallèle du Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture à Rome, en Italie, et au Dialogue sur l'Avenir de l'Agriculture à Monheim, en Allemagne.

 

Source : In a World of Conflict, Farmers Collaborate to Grow More Food – Global Farmer Network®

 

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