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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quelles sont les performances réelles de l'agriculture biologique ? – Coûts, revenus, faits

29 Mars 2022 Publié dans #Agriculture biologique, #Economie

Quelles sont les performances réelles de l'agriculture biologique ? – Coûts, revenus, faits

 

Olaf Zinke, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/Damir

Malgré des prix plus bas et des coûts nettement plus élevés pour les exploitations conventionnelles, le résultat d'exploitation des agriculteurs conventionnels est meilleur que celui des exploitations bio. La raison : une productivité nettement plus élevée. La raison principale du revenu plus élevé des exploitations bio est le montant nettement plus élevé des subventions.

 

 

La politique et la société veulent davantage d'agriculture biologique. Mais la conversion à l'agriculture biologique est-elle vraiment rentable pour les agriculteurs ? Quels sont les coûts, les revenus et les subventions ? Voici les faits !

 

Ma note : le texte d'origine a été publié le 18 mars 2021.

 

© Olaf Zinke

La raison principale des revenus plus élevés des exploitations bio n'est pas les prix plus élevés ou les coûts d'exploitation plus faibles – sauf pour les fourrages – mais plutôt les subventions nettement plus élevées.

 

 

Cela ressemble à une histoire de succès sans fin : de plus en plus d'agriculteurs convertissent leurs exploitations au bio. Et ils exploitent de plus en plus de surfaces. Àctuellement, environ 10 pour cent de la surface agricole est exploitée sur le mode biologique par 10 pour cent des exploitations, constate l'Office Fédéral de la Statistique dans le recensement agricole actuel de 2020. Près de 10.000 fermes bio se sont ajoutées au cours des dix dernières années. Dans le même temps, le nombre d'exploitations conventionnelles a diminué de 45.400. Si ce n'est pas un argument en faveur du bio !

 

Mais la part de la production bio dans les différents secteurs de production – par exemple pour le lait ou les céréales – est considérablement plus faible que la part des producteurs bio – et ce pour des raisons économiques. À cela s'ajoute une chose dont on ne parle pas volontiers : les exploitations bio abandonnent elles aussi. C'est en tout cas ce qu'a montré une étude de l'Institut Thünen il y a quelques années. Les causes de ce retour à l'agriculture conventionnelle sont également de nature économique, comme l'avaient alors constaté les scientifiques de Thünen.

 

« Pour les agriculteurs, il s'agit d'une décision tout à fait normale en termes de stratégie d'entreprise », avait alors déclaré l'agro-économiste Jörn Sanders, responsable de l'étude. Et certains agriculteurs reviennent même alors à la production conventionnelle. À première vue, cela ne semble peut-être pas compréhensible, mais une comparaison des chiffres clés de l'exploitation et de l'économie des deux groupes d'exploitations peut peut-être apporter un peu de lumière.

 

Les résultats des exploitations tests du réseau comptable du Ministère Fédéral de l'Agriculture constituent une bonne base pour une telle comparaison. Toutes les données agronomiques et économiques y sont disponibles de manière détaillée sur de longues périodes.

 

 

Agriculture biologique : la productivité est nettement moins bonne

 

© Olaf Zinke

Les rendements céréaliers des agriculteurs conventionnels se sont élevés en moyenne à 70 quintaux par hectare au cours des dix dernières années. Dans le même temps, les agriculteurs biologiques n'ont récolté que 34 quintaux par hectare, soit à peine la moitié.

 

 

L'une des principales raisons qui poussent les agriculteurs conventionnels à se convertir au bio est certainement les prix élevés. Mais on oublie souvent que les coûts, rapportés à la quantité produite, sont également très élevés. Cela s'explique par des rendements et des performances animales nettement plus faibles.

 

Si l'on compare les branches de production les plus importantes dans les deux domaines, à savoir les cultures et la production laitière, on constate que les rendements céréaliers des agriculteurs conventionnels se sont élevés en moyenne à 70 quintaux par hectare au cours des dix dernières années. Dans le même temps, les agriculteurs biologiques n'ont récolté que 34 quintaux par hectare, soit à peine la moitié. Cela a bien sûr une influence sur le chiffre d'affaires.

 

Si l'on tient compte de tous les aspects, cet énorme écart de rendement a finalement aussi une influence sur la durabilité de la production – c'est ce que montrent différentes études. La cause principale de la différence de rendement est le fait de ne pas utiliser d'engrais minéraux ni de produits phytosanitaires chimiques. Cela permet certes de réduire les coûts, mais coûte en même temps la moitié du rendement.

 

La situation est similaire pour le lait, même si la différence n'est pas aussi importante. Ainsi, le rendement laitier des producteurs conventionnels était dernièrement d'environ 8.300 kg de lait par an. Les exploitations biologiques n'en ont produit que 6.400 kg. Même si la performance biologique a augmenté modérément au cours des dix dernières années, les producteurs laitiers conventionnels produisent donc 30 pour cent de lait en plus par vache. La raison principale de cette différence de performance est sans doute l'alimentation nettement plus réglementée et plus soumise à des contraintes dans le secteur biologique et l'utilisation moindre de concentrés.

 

 

Des prix considérablement plus élevés – un chiffre d'affaires malgré tout plus faible

 

© Olaf Zinke

Tous secteurs de production confondus, les agriculteurs conventionnels affichent un chiffre d'affaires moyen de 3.450 euros par hectare au cours des dix dernières années – les exploitations bio atteignent 2.060 euros, ce qui est nettement moins.

 

 

Toutefois, les agriculteurs bio obtiennent pour leurs produits des prix nettement plus élevés – qui sont en outre restés jusqu'à présent nettement plus stables que dans le secteur conventionnel. C'est certainement l'une des principales raisons du passage du conventionnel au bio. Mais on fait les comptes à la fin, ou plutôt il faut voir à la fin ce qui reste vraiment dans le porte-monnaie.

 

Pour les céréales, les agriculteurs bio ont obtenu en moyenne 41 euros par quintal pour leur blé au cours des dix dernières années ; c'est plus du double de ce que les agriculteurs conventionnels ont obtenu avec 18 euros par quintal. Pour le lait, les différences de prix ne sont pas aussi importantes. Les agriculteurs biologiques ont reçu en moyenne 41 centimes par kg. Pour les agriculteurs conventionnels, les données de l'Etat fédéral indiquent qu'il s'agissait d'à peine 35 centimes.

 

Mais comme le montrent les statistiques : le chiffre d'affaires rapporté à la surface exploitée était finalement plus élevé dans l'agriculture conventionnelle – en raison de la productivité plus élevée. Dans la culture conventionnelle des céréales, les agriculteurs ont réalisé un chiffre d'affaires de 351 euros par hectare au cours des dix dernières années, contre 187 euros pour les agriculteurs bio. Un avantage de près de 90 pour cent. [Ma note : il s'agit plutôt de 3.51 et 1.870, mais ces chiffres ne correspondent pas à ceux donnés sous le graphique. Mais le rapport (les 90 %) est sans doute juste.]

 

Pour le lait, le rapport est un peu plus serré, avec 849 euros par hectare contre 755 pour les agriculteurs bio. Un écart de 12 pour cent. Pour les porcs, les agriculteurs conventionnels réalisent un chiffre d'affaires de 724 euros par hectare, contre 197 euros par hectare pour les agriculteurs bio – un avantage presque quatre fois plus important pour les agriculteurs conventionnels.

 

Tous secteurs de production confondus, les agriculteurs conventionnels affichent un chiffre d'affaires moyen de 3.450 euros par hectare sur les dix dernières années, contre 2.060 euros pour les agriculteurs bio, ce qui est nettement inférieur. Malgré des prix plus bas pour les exploitations conventionnelles et des coûts (charges d'exploitation) nettement plus élevés pour les engrais, les produits phytosanitaires, les semences et les achats d'animaux, le résultat dit d'exploitation des agriculteurs conventionnels est donc plus élevé que celui des exploitations bio.

 

La raison en est une productivité plus élevée. La question est donc la suivante : pourquoi le revenu des exploitations biologiques a-t-il été malgré tout supérieur d'environ 10 % au cours des dix dernières années ? Il est relativement facile de répondre à cette question apparemment difficile.

 

 

Les trois quarts du revenu sont des subventions

 

© Olaf Zinke

Les subventions publiques représentent en moyenne sur les dix dernières années près de la moitié du revenu des exploitations conventionnelles – pour les exploitations bio, ce sont les trois quarts du revenu de l'exploitation.

 

 

La raison principale du revenu plus élevé des exploitations bio n'est pas les prix plus élevés ou les coûts d'exploitation plus faibles – sauf pour l'alimentation animale – mais plutôt les subventions nettement plus élevées. Ainsi, pour les exploitations conventionnelles, les subventions publiques représentent en moyenne sur les dix dernières années près de la moitié du revenu de l'exploitation – pour les exploitations bio, les subventions représentent tout de même les trois quarts du revenu de l'exploitation.

 

En chiffres, donc : alors que les agriculteurs conventionnels ont reçu en moyenne sur 10 ans environ 420 euros par hectare de subventions et d'aides, les exploitations bio ont reçu environ 623 euros. Ce chiffre comprend les paiements nettement plus élevés pour les mesures environnementales, soit 230 euros, et la tendance est à la hausse. Au final, les revenus des exploitations bio sont environ 10 % plus élevés. À cela s'ajoutent les différentes mesures de soutien régionales des Länder.

 

Il est également clair que l'avantage économique apparent des exploitations bio est avant tout une décision politique – et non économique. La « concurrence comme procédé de découverte » du mode d'exploitation le plus avantageux est donc pour le moins faussée. L'économiste et prix Nobel Friedrich von Hayek avait dit : « La concurrence est un procédé de découverte de faits qui, sans son existence, resteraient inconnus ou du moins ne seraient pas exploités. »

 

 

Croissance des ventes avec des prix stables ? Probablement pas

 

© Olaf Zinke

La part de marché des céréales bio dans la production totale de céréales est inférieure à 3 pour cent, celle du lait légèrement inférieure à 4 pour cent, celle des porcs même inférieure à 1 pour cent et celle de la viande de bœuf est d'environ 5 pour cent. La part de marché du bio n'est à deux chiffres que pour les œufs et les fruits et légumes.

 

 

La production de produits bio a connu une forte croissance ces dernières années, tout comme la consommation. Cependant, les prix des produits bio au niveau des producteurs et dans le commerce sont généralement nettement plus élevés que ceux des produits conventionnels. Mais c'est surtout la très forte croissance des produits bio chez les discompteurs et les grands détaillants – par exemple la coopération entre Bioland et Lidl – qui a considérablement fait progresser les ventes de produits bio.

 

Parallèlement, les fourchettes de prix possibles se sont largement élargies vers le bas. Cela a permis d'élargir le marché à de nouveaux clients qui n'ont pas un grand pouvoir d'achat, pour des produits bio dont le prix est habituellement très élevé. Il n'est cependant pas du tout certain que les prix à la production – par exemple pour le lait et les céréales – puissent être maintenus stables si l'offre continue à s'élargir. En effet, une croissance des volumes à des prix stables serait en contradiction avec les mécanismes de formation des prix habituels sur le marché. Les associations bio partent cependant du principe que la demande suivra l'expansion de l'offre.

 

Malgré les taux de croissance élevés enregistrés récemment au niveau des producteurs et des consommateurs, le marché bio est encore relativement petit – et, en raison de la productivité plus faible, toujours plus petit que la part des agriculteurs bio dans chaque segment de marché. C'est ce que montrent les exemples suivants : ainsi, la part de marché (pour 10 % d'agriculteurs bio) des céréales bio dans la production totale de céréales était inférieure à 3 %, celle du lait légèrement inférieure à 4 %, celle des porcs même inférieure à 1 % et celle de la viande bovine est d'environ 5 %. La part de marché du bio n'est à deux chiffres que pour les œufs et les fruits et légumes.

 

Mais le fait est que ces quantités permettraient à peine d'approvisionner le marché national dans son ensemble. De plus, une baisse de la production agricole, en raison de la productivité plus faible de l'agriculture biologique – sans une réduction significative de la consommation – entraînerait une délocalisation de la production à l'étranger. Cela aurait alors des conséquences négatives pour l'environnement et les normes de qualité – comme le montrent des études.

 

____________

 

* Olaf Zinke travaille pour agrarheute en tant que rédacteur cross-média pour les opérations et les marchés. Il analyse les marchés agricoles et des produits de base nationaux et internationaux depuis trois décennies et a travaillé à ce titre pour diverses institutions.

 

Source : Wie erfolgreich ist der Ökolandbau wirklich? – Kosten, Erlöse, Fakten | agrarheute.com

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J
Est ce qu'on a un lien direct vers le ministère de l'agriculture pour retrouver les chiffres et courbes?
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