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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le « choc politique » tarifaire est réel et destructeur aux USA

28 Mars 2022 Publié dans #Economie

Le « choc politique » tarifaire est réel et destructeur aux USA

 

Tim Burrack*

 

 

 

 

Les guerres commerciales pré-pandémiques ont enfin une étiquette de prix pour l'agriculture américaine : 27 milliards de dollars.

 

C'est le montant des revenus d'exportation que nous avons perdus du milieu de 2018 à la fin de 2019, à cause des droits de douane de rétorsion imposés aux produits agricoles américains, selon un nouveau rapport du Service de Recherche Économique (ERS), une composante du Département de l'Agriculture axée sur la réalisation de recherches économiques objectives et de haute qualité pour éclairer les décisions publiques et privées.

 

Dans le jargon des économistes – et c'est un terme utilisé par les auteurs de l'étude de l'ERS – on appelle cela un « choc politique » : un changement de politique gouvernementale qui a un impact économique profond.

 

Cela a certainement secoué ma ferme dans l'Iowa. Pendant cette période, la valeur de mon maïs, de mon soja et de mes porcs a chuté d'environ 25 % en trois mois.

 

C'est une mauvaise nouvelle, quel que soit le moment où elle survient, mais ce revers n'aurait pas pu arriver à un pire moment. Il est survenu juste avant l'épidémie de Covid-19, qui a provoqué son propre choc important pour l'économie mondiale.

 

Cet épisode nous rappelle une fois de plus que personne ne gagne une guerre commerciale et que lorsque les Nations se la livrent, les agriculteurs, l'agriculture et l'économie en souffrent. Et en fin de compte, les consommateurs perdent aussi.

 

Le problème actuel a commencé en 2018, lorsque les États-Unis ont imposé une série de droits de douane sur les importations d'aluminium et d'acier. Bien qu'elle ait été prise au nom de la sécurité nationale, la décision d'empêcher ces produits d'entrer dans le pays relevait du pur protectionnisme – un effort pour soutenir une industrie politiquement favorisée, sans tenir compte de la façon dont cela affecterait les autres secteurs de l'économie.

 

Cela a entraîné une hausse des prix pour les consommateurs, qui ont payé des centaines, voire des milliers de dollars de plus par an pour des produits de base, ce qui se poursuit aujourd'hui.

 

Les agriculteurs ont été encore plus durement touchés parce que nous sommes devenus la cible de tarifs de représailles. Le Canada, la Chine, l'Union Européenne, l'Inde, le Mexique et la Turquie ont imposé de nouvelles taxes sur les produits agricoles américains. Les prix de certaines de nos exportations ont augmenté jusqu'à 140 %, ce qui les rendait inabordables pour les consommateurs de ces marchés, ce qui était exactement le but recherché.

 

Beaucoup d'entre nous pensaient que les droits de douane sur l'aluminium et l'acier étaient une mauvaise idée et s'y opposaient parce que nous savions qu'ils augmenteraient le coût des machines dont nous avons besoin pour faire notre travail.

 

Mais rien de tout cela n'a eu d'importance. Nos partenaires commerciaux d'antan nous ont quand même pris pour cible. Ils pensaient que s'ils infligeaient une douleur économique sévère aux agriculteurs américains dont la subsistance dépend des exportations, le « choc politique » qui en résulterait créerait une pression politique pour retirer les droits sur l'aluminium et l'acier.

 

Cela ne s'est pas passé comme ça. Au lieu d'abroger les droits de douane, le gouvernement fédéral a décidé de nous rembourser les pertes que nous avons subies en raison des droits de rétorsion.

 

Les agriculteurs ne veulent pas d'aide. Nous voulons du commerce, dans un système qui favorise la libre circulation des biens et des services au-delà des frontières.

 

La Chine est responsable de la grande majorité des droits de rétorsion. Elle est responsable d'environ 95 % des 27 milliards de dollars que la filière agricole a perdus.

 

Affronter la Chine est peut-être une bonne cause, mais cela nécessite des actes de diplomatie sophistiqués qui rassemblent les Nations. L'administration Biden serait bien avisée de rejoindre l'Accord Global et Progressif pour le Partenariat Transpacifique (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership – CPTPP), une coalition de Nations de la côte Pacifique qui cherchent à promouvoir la coopération économique et à ralentir la puissance croissante de la Chine.

 

La décision du président Trump de quitter le Partenariat Transpacifique (Trans-Pacific Partnership TPP) précédemment négocié a été l'une des pires décisions de ses années de mandat – et je le dis en tant qu'électeur qui a soutenu nombre de ses objectifs.

 

Qui plus est, les États-Unis ne peuvent espérer l'emporter sur la Chine dans un conflit commercial sans l'aide de nos alliés, y compris celle du Brésil, un pays à vocation agricole qui est par ailleurs en mesure de combler nos parts de marché.

 

L'établissement de relations commerciales est difficile et fait intervenir des facteurs concrets, tels que les infrastructures, ainsi que des facteurs intangibles, tels que la confiance. Il faut parfois des décennies pour les développer, mais seulement quelques tarifs pour les démanteler.

 

Et maintenant, au moins, nous savons comment un acte particulier de protectionnisme destructeur a nui à l'agriculture américaine : 27 milliards de dollars que nous ne reverrons jamais.

 

_____________

 

Tim Burrack, agriculteur, Iowa, USA

 

Tim produit du maïs, du maïs semence, du soja et du porc. Il a été très impliqué dans l'amélioration des écluses du Mississippi et s'est rendu au Brésil pour étudier les changements apportés aux infrastructures fluviales, ferroviaires et routières. Tim est membre bénévole du conseil d'administration du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network), dont il est actuellement le vice-président.

 

Source : Tariff “Policy Shock” Is Real and Destructive – Global Farmer Network

 

 

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