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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Guerre en Ukraine : pour combien de temps aurons-nous encore des aliments pour bétail biologiques ?

12 Mars 2022 Publié dans #Ukraine, #Agriculture biologique

Guerre en Ukraine : pour combien de temps aurons-nous encore des aliments pour bétail biologiques ?

 

Martina Hungerkamp, AGRARHEUTE*

 

 

© stock.adobe.com/ollinka2

Le tournesol fait partie des principales sources de protéines dans l'alimentation animale, surtout dans l'agriculture biologique en Allemagne. En Europe, la plus grande partie est produite en Ukraine. La guerre de Poutine provoque donc une pénurie d'aliments protéiques biologiques pour bétail.

 

 

Jusqu'à présent, les fabricants allemands d'aliments pour animaux importaient en grande partie d'Ukraine des composants protéiques issus de l'agriculture biologique et exempts d'OGM. Que va-t-il se passer maintenant ? [Article du mardi 8 mars 2022.]

 

L'alimentation adaptée aux besoins a toujours été l'un des grands thèmes de l'agriculture biologique. La conception de rations adaptées aux animaux pour les poules pondeuses, mais aussi pour d'autres monogastriques comme les porcs, est un art. L'attaque de l'Ukraine, contraire au droit international, a encore aggravé la situation.

 

Par exemple, 80 pour cent du tournesol biologique européen provient d'Ukraine, comme l'a constaté l'entreprise d'alimentation animale Gut Rosenkrantz dans un appel publié récemment. Le fait est que l'Allemagne a importé de Russie et d'Ukraine, par exemple, du maïs, des graines de colza et de betterave, du seigle et des graines de tournesol en grandes quantités.

 

L'association [de promotion de l'agriculture] biologique Naturland part donc elle aussi de l'hypothèse que les composants alimentaires biologiques riches en protéines comme le tournesol et le soja vont se raréfier en Allemagne et dans toute l'Union Européenne (UE). Selon Gut Rosenkrantz, ce sont surtout les « concentrés à haute teneur en protéines » en provenance d'Ukraine, comme les tourteaux de soja, qui font défaut. Le remplacement par des protéines moyennement concentrées comme les pois ne couvre pas suffisamment les besoins des monogastriques.

 

Il serait surtout difficile de couvrir les besoins en méthionine, un acide aminé essentiel. C'est pourquoi Naturland a conseillé dès l'été dernier à ses membres de s'approvisionner à temps en vue du nouveau règlement européen sur l'agriculture biologique, qui impose à partir de cette année une alimentation 100 % bio.

 

 

Le débat sur l'alimentation biologique est-il justifiable en temps de guerre ?

 

Pour les éleveurs d'animaux de rente pratiquant l'agriculture biologique, la situation est certainement un dilemme. Bien sûr, les animaux doivent aussi être nourris en fonction de leurs besoins. Mais dans quelle mesure est-il possible de discuter de l'alimentation biologique et des règles spéciales nécessaires au maintien d'un standard bio en temps de guerre ? Il s'agit en priorité d'aider les personnes qui fuient leur pays et de veiller à ce que d'autres personnes ne soient pas affamées – peu importe comment.

 

C'est ainsi que le Dr Hermann-Josef Baaken, directeur de l'association allemande des aliments pour animaux (Deutscher Verband Tiernahrung e. V. – DVT), voit le débat sur la disponibilité de composants d'aliments protéinés biologiques et sans OGM. Bien sûr, il faut se préoccuper de la sécurité alimentaire dans toute l'Europe et tout mettre en œuvre pour éviter des pénuries générales d'approvisionnement. Et il est certain, selon lui, que les producteurs d'aliments biologiques pour bétail sont les premiers concernés.

 

 

Selon M. Baaken, l'évolution des marchés de l'alimentation animale n'est pas prévisible.

 

Dans l'ensemble, il est actuellement impossible de prévoir comment les marchés évolueront à l'avenir. « Je ne participe pas à des pronostics ou à des spéculations pour savoir quand et si les composants bruts vont se raréfier », dit le directeur. Il y aurait beaucoup d'impondérables. Les agriculteurs ukrainiens parviendront-ils par exemple à semer et à récolter malgré la guerre de Poutine ? Personne ne peut le dire avec certitude pour l'instant. Quelles sont les possibilités de remplacement grâce au commerce mondial ?

 

En ce qui concerne les composants conventionnels des aliments pour animaux, tout est actuellement encore disponible en Allemagne. « Nous devons attendre de voir comment la situation évolue en Ukraine. Actuellement, cela peut changer tous les jours », dit M. Hermann-Josef Baaken, qui met une nouvelle fois en garde contre les spéculations. Celles-ci n'aideraient personne. La transformation animale est déjà suffisamment secouée. Son credo : garder son calme.

 

 

[traduction du texte] Hier, nous avons reçu un appel de notre fournisseur d'aliments pour pondeuses. Il voulait nous informer que l'aliment coûtait désormais 4€/q de plus. C'est beaucoup. Le prix a augmenté, a-t-il dit. Dans le monde entier. En outre, il serait maintenant encore plus difficile qu'avant d'obtenir des céréales bio. Même avec des contrats, il n'y a aucune garantie d'obtenir quelque chose. Et vlan ! Et voilà, c'est arrivé. Le marché mondial, tant vanté, nous poignarde dans le dos. Pendant des années, on nous a dit... que nous, les agriculteurs allemands, devions produire pour le marché mondial. Nous nourrissons le monde. Et accessoirement, nous nous sommes rendus dépendants des importations et avons rendu d'autres pays dépendants de nos exportations. C'est ainsi que l'on pouvait produire à bas prix. Ah, comme j'aime à nouveau la vue des fraises géantes dans les rayons des supermarchés. Le soleil pointe enfin le bout de son nez, alors on peut déjà profiter de ce fruit. Après qu'il a parcouru quelques milliers de kilomètres. Nous avons conclu un contrat avec une ferme des environs qui nous fournit des céréales que nous ne pouvons pas cultiver ici. Nous répercuterons les 4 euros sur les personnes qui achètent des œufs chez nous. Je suis très reconnaissante que nous puissions le faire. Je le dis et le répète : il est important de maintenir les petites structures agricoles. Il est important d'entretenir des coopérations entre les fermes et avec les clients. Nous ne devons pas perdre cela de vue. Nous devons cesser de voir toujours plus grand. Car les grands châteaux de cartes s'effondrent plus vite que les petits. (Source)

 

 

Les fabricants d'aliments pour bétail ressentent les effets indirects de la guerre

 

Ce que les fabricants allemands d'aliments pour bétail ressentent déjà, ce sont les conséquences indirectes – par exemple en raison de la fermeture des ports ukrainiens. Il y aurait déjà des goulets d'étranglement, surtout chez les fabricants des pays d'Europe du Sud qui ont des relations de livraison directes avec l'Ukraine.

 

Selon M. Baaken, certaines usines sont déjà fermées en Italie. D'autres se servent naturellement ailleurs sur le marché. « Mais les céréales ne peuvent être vendues qu'une seule fois, les prix augmentent en conséquence. » M. Hermann-Josef Baaken pense que chaque entreprise d'aliments pour bétail doit vérifier et ajuster ses contrats de manière individuelle. « Nous sommes sur un marché libre. Là, en tant qu'association économique, nous ne donnons pas de recommandations à nos membres. »

 

 

La pénurie d'aliments pour bétail doit être combattue au niveau de l'UE

 

Il trouve en revanche inquiétante la décision de la Hongrie de n'exporter des marchandises contenant différentes céréales principales (dont le blé et le maïs) qu'avec une autorisation explicite. Cela porte atteinte à l'un des piliers de l'UE, à savoir la libre circulation des marchandises. C'est précisément pour cette raison que, selon M. Baaken, seules les mesures qui passent par l'UE ont un sens, car nous avons un marché commun.

 

Les revendications de la DVT s'adressent donc directement à l'UE. Par exemple, les navires qui sont encore en route devraient pouvoir être déchargés sans bureaucratie. En outre, l'UE doit modifier à court terme les priorités et mettre à disposition d'autres surfaces de culture. M. Baaken salue les réflexions de l'UE visant à suspendre les règles de mise en jachère et à créer ainsi 10 à 15 pour cent de surface cultivable supplémentaire.

 

L'association Naturland demande également à l'UE d'agir maintenant. Elle devrait adapter les directives relatives à l'alimentation animale. À court terme, des dérogations temporaires pour les composants alimentaires conventionnels et sans OGM seraient utiles. À long terme, l'introduction de nouvelles sources de protéines telles que les protéines bactériennes doit être accélérée.

 

En outre, Naturland demande qu'une dérogation temporaire soit accordée immédiatement pour le gluten de maïs conventionnel et les protéines de pomme de terre sans OGM. La protéine de pomme de terre doit venir maintenant. En outre, en fonction de l'évolution de la situation dans la zone de crise, il faudrait éventuellement réfléchir à une autorisation temporaire pour d'autres tourteaux conventionnels sans OGM comme le soja ou le colza.

 

 

La guerre exige des solutions pratiques pour la sécurité alimentaire

 

M. Hermann-Josef Baaken s'adresse à la politique agricole allemande en des termes clairs. On ne peut pas simplement passer à l'ordre du jour. Avec tout le respect que l'on doit aux propos de M. Cem Özdemir. « Je ne vois pas non plus de contradiction dans le fait de rendre disponibles d'un côté des terres en jachère, au moins dans le cadre d'un régime spécial pour les cultures, et de faire avancer d'un autre côté la protection du climat. »

 

En outre, selon lui, dans la situation actuelle, il faut réfléchir à la question de savoir si l'on produit des végétaux sur les terres arables disponibles pour la production d'énergie alternative ou pour la sécurité alimentaire.

 

Même si M. Hermann-Josef Baaken parle en faveur d'une économie qui résout volontiers les défis par elle-même et sans l'aide de l'État, ce dernier doit tout de même poser les jalons de manière à ce qu'il soit possible de recourir aux solutions pratiques de l'économie. La politique devrait être ouverte aux solutions de l'économie. « Ce n'est pas le moment de faire de la politique. La grande politique doit maintenant s'effacer au profit de solutions pratiques. »

 

Naturland est du même avis et demande en outre que l'autorisation des farines d'insectes comme aliments pour animaux soit accélérée à court terme. Il existe ici un besoin concret de recherche sur les vers de farine. Naturland estime également que le développement de protéines bactériennes avec des teneurs plus élevées en acides aminés libres, déjà évoqué, nécessite des recherches importantes.

 

____________

 

Martina Hungerkamp travaille chez AGRARHEUTE en tant que rédactrice cross-média dans la rubrique élevage. Elle écrit principalement sur l'élevage d'animaux de rente, de préférence sur les porcs et la volaille.

 

Source : Krieg in der Ukraine: Wie lange reicht das Ökofutter? | agrarheute.com

 

 

Post scriptum

 

 

Il y en a qui osent tout... (source)

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D
En plus du "bio", le "non OGM" devient très compliqué à produire.<br /> Début des années 2000, la différence de prix entre le tx de soja classique (OGM) et le garanti "sans OGM" (PCR<0,1%) était de 6 € la tonne.<br /> Aujourd'hui, l'écart est de + 100 € par tonne et encore, si on en trouve.<br /> Il faut donc se rabattre sur du tx de tournesol décortiqué et autres sources assez limitées.<br /> Les distributeurs comme Carrefour ont beaucoup misé sur le alimentation sans OGM, mais ça ne les empêche pas d'acheter du "classique".<br /> Idem pour les laiteries qui ont proposé des contrats aux producteurs qui acceptaient la contrainte "vaches nourries sans OGM": ces contrats sont en cours de dénonciation car intenables.<br /> C'est du très petit marketing.<br /> C'est d'autant plus idiot que pour le lait, le consommateur est plus sensible aux allégations "vaches au pâturage" qu'il visualise mieux qu'à l'absence d'OGM.
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H
Très intéressant ! Ainsi une grande partie de l'alimentation animale soi disant "bio" provenait d'Ukraine. Quelles normes ? Quels contrôles ? Décidément le "bio" est une gigantesque escroquerie.
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U
Cette guerre rend encore plus critique le dilemne :<br /> Cultiver "bio" risque de faire mourir de faim des populations entières.<br /> <br /> Et le temps pour "Bruxelles" de prendre une décision est très court compte tenu des contraintes de l'agriculture.
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