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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate, Roundup, « toxicogénomique »... pour quoi faire ?

27 Mars 2022 Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Glyphosate, Roundup, « toxicogénomique »... pour quoi faire ?

 

 

 

 

Encore un article sur le glyphosate et le(s) Roundup !

 

« Comparative Toxicogenomics of Glyphosate and Roundup Herbicides by Mammalian Stem Cell-Based Genotoxicity Assays and Molecular Profiling in Sprague-Dawley Rats » (toxicogénomique comparative du glyphosate et d'herbicides Roundup par des tests de génotoxicité basés sur des cellules souches de mammifères et par le profilage moléculaire chez le rat Sprague-Dawley) de

Robin Mesnage, Mariam Ibragim, Daniele Mandrioli, Laura Falcioni, Eva Tibaldi, Fiorella Belpoggi, Inger Brandsma, Emma Bourne, Emanuel Savage, Charles A Mein et Michael N. Antoniou vient d'être publié dans la version papier de Toxicological Sciences.

 

 

Le résumé

 

En voici le résumé (découpé) :

 

La question de savoir si les herbicides à base de glyphosate (GBHs) sont plus puissants que le glyphosate seul pour activer les mécanismes cellulaires qui conduisent à la cancérogenèse reste controversée.

 

Comme les herbicides à base de glyphosate sont plus cytotoxiques que le glyphosate, nous avons pensé qu'ils pourraient également être plus capables d'activer les voies cancérigènes. Nous avons testé cette hypothèse en comparant les effets du glyphosate avec ceux de GBH Roundup à la fois in vitro et in vivo.

 

Tout d'abord, le glyphosate a été comparé à des GBH représentatifs, à savoir le MON 52276 (Union Européenne), le MON 76473 (Royaume-Uni) et le MON 76207 (États-Unis), en utilisant le système ToxTracker basé sur des cellules souches de mammifères.

 

Ici, le MON 52276 et le MON 76473, mais pas le glyphosate ni le MON 76207, ont activé le stress oxydatif et les réponses aux protéines non repliées.

 

Deuxièmement, un profilage moléculaire du foie a été réalisé chez des rats femelles Sprague-Dawley exposés au glyphosate ou au MON 52276 (à 0,5, 50 et 175 mg/kg p.c./jour de glyphosate) pendant 90 jours.

 

Le MON 52276, mais pas le glyphosate, a augmenté la stéatose et la nécrose hépatiques. Le MON 52276 et le glyphosate ont modifié l'expression de gènes dans le foie reflétant l'activation de TP53 par des dommages à l'ADN et la régulation du rythme circadien. Les gènes les plus affectés dans le foie ont été modifiés de manière similaire dans les reins.

 

Le profilage des petits ARN dans le foie a montré une diminution des quantités de miR-22 et miR-17 suite à l'ingestion de MON 52276. Le glyphosate a diminué le miR-30, tandis que les niveaux de miR-10 ont augmenté.

 

Le profilage de la méthylation de l'ADN dans le foie a révélé 5.727 et 4.496 sites CpG différentiellement méthylés entre le témoin et les animaux exposés au glyphosate et au MON 52276, respectivement.

 

La formation de lésions apuriniques/apyrimidiniques de l'ADN dans le foie a augmenté avec l'exposition au glyphosate.

 

Dans l'ensemble, nos résultats montrent que les formulations de Roundup provoquent plus de changements biologiques liés à la cancérogenèse que le glyphosate. »

 

 

Les conclusions

 

Vous aurez sans nul doute tout compris ! Moi non plus ! On peut donc passer aux conclusions :

 

« Notre étude rapporte les premières observations des changements dans l'épigénome (profil de méthylation de l'ADN), le transcriptome et les profils miRNA dans le foie de rats exposés au glyphosate ou à son produit formulé Roundup MON 52276.

 

Nous avons confirmé que le glyphosate provoque des dommages à l'ADN et entraîne l'activation des mécanismes de réparation de l'ADN dans un système modèle de mammifère in vivo.

 

L'évaluation mécaniste du mode d'action de la cancérogénicité a montré que les herbicides Roundup peuvent activer le stress oxydatif et une réponse protéique non repliée à des concentrations auxquelles le glyphosate ne donnait aucun effet.

 

Notre étude met en évidence le pouvoir des méthodes "omiques" à haut débit pour détecter les changements métaboliques, qui sont mal reflétés ou complètement manqués dans les mesures biochimiques et histopathologiques conventionnelles sur lesquelles les régulateurs se basent actuellement.

 

Ainsi, l'adoption par les organismes de réglementation d'analyses multi-omiques permettrait une évaluation plus précise de la toxicité d'un produit chimique et donc l'adoption de meilleures mesures de protection, avec des avantages majeurs pour la santé publique. »

 

 

Vraiment ?

 

Il faut sans doute être un expert de haut vol des méthodes mises en œuvre, ainsi que des analyses biologiques, pour comprendre le sens et la portée des résultats rapportés. On peut toutefois faire sans crainte quelques observations.

 

Premièrement, cette étude est la énième qui laboure essentiellement le même champ d'investigation (pour une précédente, voir ici).

 

Deuxièmement, c'est l'exploitation des données issues d'une cohorte de rates auxquelles on a administré des doses invraisemblables de glyphosate ou de Roundup, 0,5, 50 et 175 mg/kg p.c./jour de glyphosate pendant 90 jours.

 

La première dose, 0,5 mg/kg de poids corporel/jour représente, certes, la dose journalière admissible dans l'Union Européenne. Les « pisseurs de glyphosate » ont cependant cela d'utile d'avoir montré à l'insu de leur plein gré – avec un test ELISA incorrectement appliqué et produisant des faux positifs et des résultats surévalués – que l'exposition des consommateurs au glyphosate est inférieure de trois ordres de grandeur à la DJA. Les travaux de Mesnage et al. n'ont donc guère de valeur informative s'agissant des risques pour la santé humaine.

 

Les deux autres doses – 50 et 175 mg/kg p.c./jour – correspondent aux doses sans effet nocif observé (DSENO ou NOAEL) retenues par l'Union Européenne et les États-Unis d'Amérique, respectivement.

 

Troisièmement, conclure que les organismes de réglementation auraient avantage à utiliser des analyses multi-omiques est ainsi, a priori, admissible.

 

Mais est-ce justifié par les éléments apportés par l'article ? On peut légitimement en douter et que c'est aller vite en besogne. Des différences statistiquement significatives pour tel ou tel, ou même un ensemble de paramètres ne sont pas nécessairement significatives sur le plan biologique. Il faudrait en tout cas des études de validation supplémentaires.

 

Quatrièmement, ces outils permettrait-ils « une évaluation plus précise de la toxicité d'un produit chimique et donc l'adoption de meilleures mesures de protection, avec des avantages majeurs pour la santé publique » ? C'est à ce stade s'avancer témérairement.

 

Du reste, le choix de trois doses correspondant à des valeurs toxicologiques ne permet pas de savoir si ces outils permettraient de détecter une NOAEL inférieure – et surtout plus pertinente –, menant donc à une DJA inférieure.

 

Cinquièmement, ces analyses multi-omiques relèvent de la pêche au chalut à très petites mailles. Rappel : « Le profilage de la méthylation de l'ADN dans le foie a révélé 5.727 et 4.496 sites CpG différentiellement méthylés... » On peut facilement concevoir une situation dans laquelle la plus petite dose de substance analysée produirait des signaux positifs (statistiquement...), ce qui reviendrait dans le pire cas à disqualifier toute substance « chimique » (et, pourquoi pas, naturelle...), sinon à jeter la suspicion sur une décision d'homologation positive et à entretenir la contestation des agences d'évaluation.

 

C'est, bien sûr, l'objectif des milieux de la contestation, ici anti-pesticides.

 

Sixièmement, les travaux impliquant des produits formulés font l'impasse sur la cinétique des co-formulants dans la nature puis, le cas échéant, dans les produits alimentaires (ou l'eau) sous forme de résidus et le corps humain.

 

Il y a un corpus scientifique solide pour la thèse de la moindre dangerosité du glyphosate par rapport aux produits formulés, et aussi par rapport à certains co-formulants. Cette étude apporte des nuances !

 

Ainsi, plutôt que d'apporter « un peu de clarté dans un débat très déplaisant » (nasty), l'étude apporte des éléments intriguants.

 

 

(Source)

 

Et encore quelques petits détails

 

La conclusion olé olé ne devrait pas enlever grand-chose à l'intérêt de ce travail. Il en est de même pour les sources de financement, militantes : la Sustainable Food Alliance (USA), la Heartland Health Research Alliance (USA) et le Sheepdrove Trust (UK).

 

M. Robin Mesnage a déclaré son conflit d'intérêts – avoir témoigné en soutien d'avocats prédateurs états-unien.

 

Quant à Mme Fiorella Belpoggi, elle doit certainement souffrir d'amnésie ou de déni de réalité : elle s'est en effet investie – avant de s'en retirer discrètement – dans une tentative de manipulation des opinions pilotée depuis... Moscou, Factor GMO (voir aussi ici). Cependant, le rôle du sulfureux Institut Ramazzini s'est, semble-t-il, limité à l'élevage des rats.

 

 

 

 

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H
J'ai été bien plus impressionnée par le cocktail d'une dizaine de substances : marijuana, antidépresseurs tricycliques, benzodiazépines, opioïdes trouvés dans le corps d'un musicien mort subitement ces jours ci et ayant fait partie d'un groupe ayant participé à des "sauvez la planète".
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