Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Consommation d'eau : remplir une piscine avec 10 kilos de fromage...

11 Mars 2022 Publié dans #élevage, #Climat, #Willi l'Agriculteur

Consommation d'eau : remplir une piscine avec 10 kilos de fromage...

 

Christian Krumphuber chez Willi l'agriculteur*

 

 

 

 

Croissance des plantes et consommation d'eau – une réflexion presque philosophique...

 

Un commentaire de Christian Krumphuber, ancien directeur du département de production végétale de la Chambre d'Agriculture de Haute-Autriche.

 

 

Dans le cadre de la crise climatique et de son traitement médiatique, l'agriculture est de plus en plus mise sous pression et se voit attribuer le rôle de coupable. Un dixième – jusqu'à un tiers selon certaines sources – des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont imputables à l'agriculture. ( Manifestement, on ne sait donc pas exactement ce qu'il en est...)

 

 

Consommation d'eau – un nouveau champ de bataille dans le débat (sur la durabilité)

 

Dans le cadre de la discussion sur le climat, l'agriculture ou la production végétale fait également de plus en plus parler d'elle en ce qui concerne la consommation d'eau. Sur ce site, le consommateur – surtout s'il aime aussi les produits d'origine animale – peut se donner mauvaise conscience. On y cite des chiffres de consommation d'eau par kilo d'aliments comme 27.000 litres pour le cacao ou environ 15.500 litres par kilo de viande de bœuf. Le produit le plus économique serait donc la tomate avec 110 litres par kilo, c'est-à-dire précisément la culture qui nous est arrivée autrefois de Hollande sous forme de « bombes à eau ». Il n'est pas précisé si les chiffres de consommation d'eau cités se rapportent à la matière fraîche ou à la matière sèche – un autre critère de calcul non négligeable que l'on omet volontiers.

 

 

Comment obtient-on ces chiffres ?

 

La base de tous ces calculs est la prise en compte de l'utilisation virtuelle de l'eau par la plante. En d'autres termes, on utilise dans les calculs l'eau rejetée dans l'atmosphère par les plantes. Cette eau est libérée dans l'air à partir des racines via les feuilles pendant la croissance. Nous, les producteurs de plantes, connaissons cela sous le nom de coefficient de transpiration, qui est par définition

 

en agriculture, une mesure spécifique à l'espèce ou à la variété pour l'économie de l'eau des plantes, qui indique combien de litres d'eau sont libérés sous forme de vapeur d'eau par la transpiration à la surface des feuilles pour synthétiser 1 kg de matière sèche (masse récoltée).

 

Ce processus est comparable à la transpiration chez les êtres vivants. En effet, les êtres humains transpirent également, mais le liquide que nous absorbons ne fait que traverser notre corps. Si nous faisions le calcul ci-dessus pour l'homme, celui-ci « consommerait » environ 3.700.000 litres d'eau au cours de sa vie (46.000 litres x 80 ans).

 

https://www3.hhu.de/biodidaktik/WasserSek_I/wozu_braucht_man_wasser/dateien/mensch/verbrauch_2.html

 

La question fondamentale est de savoir si le rejet d'eau par les plantes dans l'atmosphère est une consommation. L'eau libérée par les plantes n'est pas perdue, mais retombe quelque part ailleurs sous forme de précipitations. Je classerais plutôt cela dans l'économie circulaire, car un philosophe allemand – Georg Friedrich Meiers – a déjà défini la consommation comme suit au milieu du XVIIIe siècle :

 

« La consommation ou l'usure d'une chose consiste en l'utilisation d'une chose utile qui la fait périr ».

 

 

L'absurdité des calculs de consommation d'eau

 

Un petit exemple : la consommation d'eau pour le lait et le fromage.

 

Une vache peut être nourrie d'herbe ou de maïs. Supposons qu'il s'agisse d'une vache qui consomme environ 20 kilos de matière sèche (MS) de fourrage de base par jour et qui donne en échange environ 30 litres de lait. Dans la littérature, le coefficient de transpiration pour le maïs est de 300 à 400 litres par kilo de MS. Pour les prairies, il est deux fois plus élevé, avec environ 700 litres par kilo de MS.

 

Si la vache est nourrie à l'herbe, elle aurait absorbé 20 kilos de matière sèche par jour et « consommé » pour cela 14.000 litres d'eau (20 kg de MS x 700 litres). Pour une production laitière de 30 litres par jour, cela représenterait 467 litres d'eau par litre de lait. L'eau que la vache a bue dans l'étable n'est pas encore comprise, mais elle est également négligeable dans ce calcul.

 

Si la vache n'était nourrie qu'avec du maïs, elle n'aurait donc consommé « que » 7.000 litres d'eau pour les 20 kilos de matière sèche de maïs, car le coefficient de transpiration du maïs est deux fois moins important que celui des prairies.

 

Remarquez-vous quelque chose ? Des modifications très simples des paramètres permettent de faire varier le résultat dans des proportions énormes.

 

La situation devient définitivement curieuse lorsque l'on pousse le calcul de la consommation d'eau plus loin, par exemple à travers la production de fromage : pour un kilo d'emmental, il faut environ 13 litres de lait. Si l'on prend maintenant le lait de la vache de prairie, dont le lait est déjà chargé de 467 litres d'eau par litre, on arrive à une consommation d'eau virtuelle d'environ 6.000 litres par kilo d'emmental. Avec moins de 10 kilos d'emmental, on aurait donc consommé autant d'eau que le contenu d'une piscine de 8 1,5 m.

 

Au moyen de mathématiques absurdes, dont les résultats douteux sont ensuite proclamés de manière dogmatique, on me donne mauvaise conscience en tant que consommateur – une tactique appréciée, souvent couronnée de succès et fréquemment utilisée.

 

 

Une question fondamentale reste ignorée

 

Dans les régions où les précipitations naturelles sont élevées, comme c'est le cas dans les régions alpines, seule l'herbe pousse dans les prairies. Pour tout le reste, il fait trop humide, trop froid ou les deux. Les 1.500 mm de précipitations ou plus permettent de nourrir les vaches, les moutons et les chèvres. Il est absurde de compter l'eau naturelle, souvent abondante, comme consommation dans la production végétale.

 

D'une manière générale, le calcul de la consommation d'eau n'est absolument pas pertinent partout où l'on pratique la production végétale exclusivement avec les précipitations naturelles. Cela vaut également pour les alternatives laitières. Mais comme la production d'amandes, par exemple, ne fonctionne effectivement en Californie qu'avec l'irrigation, le calcul doit être fait différemment dans ce cas. Toutefois, une boisson aux amandes ne contient que 2 % d'amandes. Le reste, c'est... de l'eau.

 

Tous ces calculs de durabilité, ces indices de consommation d'eau, etc. constituent bien entendu un biotope d'emploi presque infini et inépuisable pour les bureaux d'études, les organismes de certification et les instituts écologiques.

 

Il semble que ce soit un secteur d'avenir – il faudrait peut-être s'y mettre. Je pourrais bien, en tant que retraité, fonder un « bureau pour les arts du calcul curieux ». Il y a suffisamment de matériel pour cela.

 

Christian Krumphuber, Haute-Autriche

 

______________

 

 

* Source : Wasserverbrauch: mit 10 Kilo Käse ein Schwimmbad füllen - Bauer Willi

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Bonjour, très beau raisonnement ! à faire parvenir à nos journaleux et bobos parisiens !
Répondre
U
Il existe un phénomène largement utilisé par l'agriculture qui consomme réellement de l'eau. Des molécules d'eau sont détruites dans la ... photosynthèse. Qui certes consomme du CO2 et produit de l'oxygène, et accessoirement notre nourriture.
Répondre