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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand les experts font des erreurs : trois façons de repérer les erreurs dans les revues scientifiques

16 Février 2022 Publié dans #Divers

Quand les experts font des erreurs : trois façons de repérer les erreurs dans les revues scientifiques

 

Cameron English*

 

 

Samuel Hahnemann, père de l'homéopathie. Crédit : Domaine public/Wikipedia

 

 

La presse populaire bâcle régulièrement ses reportages scientifiques. Il ne se passe pas une semaine sans un titre exagéré sur la prétendue « épidémie de vapotage » ou un reportage avertissant à tort qu'un pesticide inoffensif provoque le cancer.

 

Vérifier le journalisme scientifique bâclé des médias est l'un de mes passe-temps favoris, mais cela m'amène à poser une question importante : pourquoi la presse bâcle-t-elle si souvent sa couverture scientifique ? Parfois, c'est parce que les journalistes sont crédules, idéologues, ou n'ont aucun intérêt particulier pour le sujet qu'ils couvrent. Mais un autre problème sérieux est que les universités, les revues scientifiques et les experts individuels se trompent souvent. La communauté scientifique ne le sait que trop bien, comme l'a récemment expliqué l'épidémiologiste du cancer Geoffrey Kabat :

 

« [L]e public et les journalistes – les consommateurs d'informations sur la santé – doivent être conscients d'une chose que les chercheurs savent bien : il n'y a pas d'[étude] qui soit si terrible qu'elle ne puisse être publiée nulle part. »

 

Si vous êtes un consommateur de nouvelles scientifiques, ou simplement une personne curieuse à la recherche d'informations sur la nutrition ou la médecine, vous devez apprendre à repérer la science de pacotille dans des sources généralement fiables et à évaluer les affirmations faites par des personnes généralement dignes de confiance. Voici donc quelques lignes directrices qui m'ont aidé à distinguer les recherches sérieuses de la désinformation, en tant que rédacteur scientifique et consommateur.

 

 

Apprenez la science

 

Ce conseil n'est pas très sexy. Mais comprendre les concepts scientifiques fondamentaux, comme « la dose fait le poison », est probablement la meilleure chose que vous puissiez faire pour affiner vos compétences en matière de détection des sottises. Par exemple, certaines recherches sur des animaux et des cultures cellulaires ont suggéré que l'utilisation d'une cigarette électronique (« vapotage ») peut augmenter le risque de certains cancers, car la nicotine et d'autres ingrédients sont censés endommager l'ADN.

 

Cette hypothèse est certes possible, mais peu probable pour plusieurs raisons. La nicotine, dans les petites doses que l'on trouve dans les cigarettes électroniques et en l'absence des substances chimiques cancérigènes présentes dans la fumée de tabac, n'est qu'un léger stimulant. En fait, la toxicité de la nicotine a été largement surestimée sur la base d'expériences douteuses vieilles de 100 ans. En outre, les études animales et in vitro ne sont souvent pas transposables à l'homme ; il s'avère qu'il est très difficile d'étudier avec précision notre comportement dans une boîte de Pétri ou sur une souris. C'est clairement le cas pour le vapotage, puisque des études épidémiologiques et cliniques menées sur des personnes réelles montrent que le passage du tabac à la cigarette électronique présente de nombreux avantages pour la santé.

 

Il faut donc connaître les faits et ne pas croire qu'un expert ou une étude vous dit tout, ce qui nous amène à un autre point important.

 

 

Remettez en question les experts

 

Les Américains accordent généralement une grande confiance aux scientifiques. C'est une bonne qualité pour la société dans l'ensemble, car la science améliore nos vies de diverses manières. Mais comme l'indique le commentaire de M. Kabat, les universitaires publient parfois de mauvaises recherches. Ils émettent des hypothèses erronées, motivées par des considérations idéologiques ou professionnelles, qui faussent leurs résultats, voire fabriquent des données à l'occasion. En bref, ce sont des personnes imparfaites, comme le reste d'entre nous. Une fois que vous avez compris que les experts de bonne foi font des erreurs, vous pouvez examiner leurs affirmations d'un œil critique pour vous assurer qu'elles sont conformes aux preuves.

 

Par exemple, le livre de T. Colin Campbell, The China Study, qui vante les mérites des régimes à base de plantes, a été mis en pièces par une blogueuse du nom de Denise Minger, qui se décrit comme une « blogueuse aléatoire ». Mme Minger a fouillé dans la littérature évaluée par les pairs et disséqué la thèse de Campbell, affirmation par affirmation, et son analyse correspondait à des critiques similaires publiées par des médecins qualifiés.

 

 

Il ne faut pas se leurrer

 

Il convient toutefois d'apporter une précision cruciale. Un scepticisme sain et un biais de confirmation ne sont pas la même chose. Le fait de réviser ses connaissances scientifiques de base et de remettre en question les experts ne doit pas conduire à ignorer les preuves qui dérangent. Il arrive que des scientifiques publient des recherches contraires et de mauvaise qualité et que les gens les gobent simplement parce que les résultats confirment leurs idées préconçues. Je pourrais m'en prendre ici aux vaccino-sceptiques, mais je vais me servir de mon propre exemple.

 

Après avoir grandi dans une église chrétienne fondamentaliste, j'étais sceptique quant à l'évolution lorsque j'étais jeune adulte. Tout scientifique qui remettait en question la théorie de Darwin avait raison, car ses arguments me donnaient une justification intellectuelle de mes opinions religieuses. Ce n'est que lorsque j'ai suivi un cours de biologie à l'université (dispensé par un professeur chrétien, bizarrement) que j'ai commencé à réaliser que je me trompais moi-même en prétendant présenter des arguments scientifiques.

 

______________

 

Cameron English, directeur de Bioscience

 

Cameron English est auteur, éditeur et co-animateur du podcast Science Facts and Fallacies. Avant de rejoindre l'ACSH, il était rédacteur en chef du Genetic Literacy Project.

 

Source : When Experts Make Mistakes: 3 Ways to Spot Junk in Science Journals | American Council on Science and Health (acsh.org)

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H
Comment dans les années 40-70, le biologiste Ancels Keys, qui avait l'attention du président US Eisenhower parvint à diaboliser les matières grasses, en particulier animales, et à promouvoir la consommation des glucides et notamment du sucre, est un modèle du genre en matière de manipulations des données. <br /> L'étude dite des "7 pays" est assez rocambolesque tant elle est entachée de biais. <br /> A la base Ancel Keys disposait de données sur 22 pays mais en écarta d'emblée 15 qui ne correspondaient pas du tout à sa thèse. Ensuite des questions aussi importantes que la consommation de cigarettes fut complètement ignorée. <br /> Eisenhower, qui fumait 2 paquets de cigarettes/jour, ne tira d'ailleurs aucun bénéfice du régime sans gras et riches en glucides prescrit par Ancel Keys, il est mort d'une défaillance cardiaque.
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