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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les activistes au pouvoir

13 Février 2022 Publié dans #Sri Lanka, #Agriculture biologique, #Activisme, #Economie

Les activistes au pouvoir

 

Ludger Weß*

 

 

L'organisation Navdanya International de Vandana Shiva a conseillé au gouvernement sri-lankais une conversion immédiate à l'agriculture 100 % biologique – Capture d'écran 5 février 2022

 

 

Vandana Shiva, proclamée « Hero for the Green Century » (héro pour le siècle vert) en 2002 et lauréate de nombreuses distinctions (dont le Right Livelyhood Award et le Save the World Award) est considérée en Occident comme une icône de la durabilité, de la transition agricole et de la décroissance. Depuis des décennies, elle appelle à l'abandon de l'agriculture moderne. En 2021, pour la première fois, un gouvernement sri-lankais a suivi ses conseils. L'expérience a été un échec retentissant.

 

Comme Shiva, les ONG, les fondations et les partis politiques concernés ainsi que les icônes du mouvement décroissant et altermondialiste prônent depuis des années l'abolition de l'agriculture conventionnelle avec ses produits chimiques de synthèse et son remplacement par l'agriculture biologique. Seuls des moyens et des méthodes « naturels » doivent encore être utilisés, la notion de nature élargie par l'agro-écologie intégrant également les forces cosmiques et l'action des êtres naturels (méthodes de culture biodynamiques).

 

L'agriculture biologique, dit-on, est le seul système viable, car elle fonctionne selon les lois de la nature et régénère la santé de la terre et des hommes, tout en réduisant le coût des intrants achetés – engrais et pesticides – et en améliorant la qualité des aliments et leur teneur en nutriments.

 

Ce message a été entendu pour la première fois au plus haut niveau, lorsque le politicien nationaliste cinghalais Gotabaya Rajapaksa a été élu président du Sri Lanka en 2019 avec un programme de gouvernement vert. Dans son manifeste, il promettait la « perspective de la prospérité et de la splendeur » – notamment la promotion de repas sains, exempts de produits agrochimiques et d'additifs, la promotion de la production d'aliments biologiques, de « bonnes habitudes alimentaires » dans tous les groupes d'âge, la création d'un environnement sain en évitant la pollution de l'air, de l'eau et du sol grâce à une politique environnementale durable, l'accès à de meilleures semences, une meilleure santé des sols, etc. – autant d'exigences clés de la politique verte en matière de santé et d'agriculture.

 

Le 29 avril 2021, il a annoncé, dans le cadre de cette politique, l'interdiction totale des importations d'engrais, d'insecticides et d'herbicides chimiques et leur remplacement intégral par des intrants et des méthodes biologiques. Le Sri Lanka convertirait son agriculture à l'agriculture biologique à 100 % avec effet immédiat. Une décision en ce sens a été publiée le 10 mai 2021 et un comité gouvernemental composé de 46 experts a été mis en place.

 

« Cette décision va définitivement aider les agriculteurs à devenir plus prospères », a commenté l'avocate indienne de l'agro-écologie Vandana Shiva, qui met fièrement en avant sa participation au programme sur son blog. « L'utilisation d'engrais organiques contribuera à produire des produits agricoles riches en nutriments tout en préservant la fertilité des sols ».

 

Comment en est-on arrivé à cette décision, qui a été saluée en dehors du Sri Lanka, notamment par les ONG occidentales et les associations d'agriculture biologique ?

 

 

Des activistes, le glyphosate et une voyante

 

Ce n'était pas la première tentative du Sri Lanka de devenir une « nation sans toxines ». En 2015, le pays avait dans un premier temps interdit le glyphosate après que le toxicologue sri-lankais Channa Jayasumana eut publié en 2014 son hypothèse selon laquelle le glyphosate était la cause de la maladie rénale chronique d'origine inconnue (CDKu = chronic kidney disease of unknown origin) répandue au Sri Lanka.

 

Ce travail, publié dans une revue à péage avec un facteur d'impact non mesurable et sans examen par les pairs, ne reposait sur aucune expérience ni donnée, il s'agissait d'une pure spéculation, mais il a été repris avec empressement par des groupes d'action et des médias du monde entier qui l'ont présenté comme une preuve de la dangerosité du glyphosate. Elle a valu à Jayasumana, outre des apparitions dans des médias occidentaux (dont le Weltspiegel de la chaîne de télévision allemande WDR), une invitation au louche tribunal Monsanto de La Haye en 2016 institué p ar des opposants aux vaccins, des adeptes du mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre et des homéopathes, mais aussi la politicienne des Verts Renate Künast et son amie Vandana Shiva. L'écho international a incité le gouvernement de Colombo de l'époque à décréter l'année suivante une interdiction du glyphosate.

 

La CKDu existait toutefois déjà avant la première synthèse du glyphosate et des scientifiques sri-lankais ont contredit cette hypothèse de Jayasumana et al., tout comme les experts de l'OMS.

 

Jayasumana est en outre moins connu au Sri Lanka pour ses travaux de toxicologie que pour ses activités de politicien nationaliste singhalais. En 2019, il a ainsi été à l'origine d'accusations contre le médecin musulman Dr Segu Shihabdeen Mohamed Shafi, qu'il a publiquement accusé d'avoir stérilisé en secret 4.000 femmes bouddhistes cinghalaises à l'occasion de leur accouchement par césarienne – une accusation qui a conduit à l'arrestation de Shafi et à des troubles anti-islamiques parmi les habitants de la province de Kurunegala. Entre-temps, les accusations se sont révélées infondées.

 

La relation de Jayasumana avec la science occidentale est également perturbée. Il estime qu'elle n'est pas apte à diagnostiquer et à traiter correctement les maladies, car elle ne reconnaît pas l'action des forces invisibles et des esprits. En revanche, la médecine bouddhiste, grâce à l'intégration d'expériences spirituelles, a été en mesure d'identifier les causes de la CDKu et de soigner la maladie avec succès. C'est ainsi que la co-auteure de l'hypothèse Jayasumana, que l'on tient volontiers pour avérée en Occident, était la guérisseuse spirituelle Priyantha Senanayak, qui obtient ses connaissances par des « révélations surnaturelles » (« samyak drshtika devivaru ») et qui a été honorée au Sri Lanka pour avoir protégé la Nation de l'influence internationale pernicieuse avec l'aide de la divinité Natha. La publication a été financée par la Hela Suwaya Organization, une association qui se réclame des pratiques de l'agriculture biologique et du bouddhisme et dont l'objectif est « de transformer le Sri Lanka en un territoire sacré sans poison et d'en faire un paradis ». Hela Suwaya combat toute forme d'agriculture moderne et commercialise entre autres des aliments fonctionnels à base de « riz traditionnel produit de façon non chimique », par exemple pour lutter contre le diabète et les maladies du foie.

 

L'interdiction du glyphosate, décrétée à la hâte, s'est toutefois révélée être un désastre. Les plantations de thé ont été envahies par les mauvaises herbes, si bien qu'elles ne pouvaient pratiquement plus être exploitées. Les pertes de récolte ont coûté l'équivalent de 100 millions d'euros aux exportateurs de thé pour la seule année 2017. Dans la culture du riz, la consommation d'eau a augmenté de 20 pour cent en raison des inondations supplémentaires nécessaires pour lutter contre les mauvaises herbes sans produits phytosanitaires. Les détails peuvent être consultés ici.

 

Ainsi, le plan triennal de 2016 visant à devenir une « Nation sans poison » a été provisoirement enterré après cet échec.

 

 

Un ministre de la santé ésotérique, Vandana Shiva et un intestin poreux (leaky gut)

 

Le vent a tourné lorsque Channa Jayasumana a été nommé ministre de la Production, de l'Approvisionnement et de la Réglementation Pharmaceutiques du Sri Lanka en août 2020. Son message a été reçu par le président. « Le secteur de la santé a indiqué », a expliqué le président, « que les effets des engrais chimiques ont entraîné un certain nombre de maladies non transmissibles, y compris des maladies rénales ». Il a ajouté que le gouvernement devait « garantir le droit des gens à une alimentation non toxique et équilibrée ». Des « mesures seraient prises pour garantir que l'agriculture du pays n'utilise à l'avenir que des engrais organiques ».

 

Le gouvernement espérait en outre pouvoir économiser quelque 500 millions de dollars dépensés chaque année en importations d'engrais et de produits phytosanitaires.

 

La transformation a reçu le soutien de la Global Alliance for Organic Districts, un réseau initié par l'ONG allemande IFOAM Organics International et ses filiales, ainsi que de Vandana Shiva et de l'organisation Navdanya International qu'elle a fondée en Italie en 2011.

 

Le premier webinaire – « L'agriculture biologique régénérative pour une économie durable et prospère pour tous » – a eu lieu le 7 juin 2021 en collaboration avec l'Institut National de Gestion des Plantations (NIPM) du Sri Lanka. Plus d'une heure et demie de ce webinaire de près de deux heures a été consacrée à un exposé de Shiva. Elle a expliqué que la conversion du Sri Lanka à l'agriculture 100 % biologique était un « virage vers une économie de la durabilité et de la prospérité pour tous les êtres vivants ». « Les produits chimiques nous ont fait oublier que nous faisons partie de la terre ». La dépression et les troubles de l'attention seraient dus à des carences en zinc et en magnésium causées par des aliments issus de l'agriculture conventionnelle, tout comme le syndrome de l'intestin poreux (leaky gut) qui fait mourir des milliers d'enfants chaque année aux États-Unis (il s'agit d'un concept de médecine alternative dont la véracité n'est pas scientifiquement prouvée). Gilles-Eric Séralini [un biologiste moléculaire français qui promeut l'homéopathie et s'oppose au génie génétique] a, selon elle, prouvé que le maïs GM provoquait le cancer et la science sri-lankaise a démontré que le glyphosate détruisait les reins. En Inde, l'agriculture biologique à 100 % permettrait de nourrir sans peine deux fois la population du pays ; la Révolution Verte des années 1960, avec ses nouvelles variétés, son agrochimie et ses méthodes d'irrigation, n'a apporté que la faim, la misère, la maladie et la mort.

 

Le deuxième webinaire international « L'engagement du gouvernement sri-lankais en faveur de l'agriculture biologique », organisé par IFOAM Asia, s'est tenu deux jours plus tard sous le patronage et avec la participation de l'homme politique sri-lankais Shasheendra Rajapaksa, député et ministre du riz et des céréales, des aliments biologiques, des légumes, des fruits, des piments, des oignons et des pommes de terre, de la production de semences et de l'agriculture high-tech. Outre Shiva, d'autres lobbyistes de la « famille mondiale du bio » (c'est ainsi qu'ils se désignent) ont tenu des conférences : Dr Hans Herren, président du Millennium Institute et de la fondation suisse Biovision et, comme Shiva, participant au tribunal Monsanto, André Leu, directeur de Regeneration International, et Dr Ranil Senanayake, fondateur de l'International Analog Forestry Network. Ils ont tous soutenu la décision du Sri Lanka et ont proposé leur aide. Le plan est selon eux en parfaite adéquation avec les exigences du mouvement agro-écologique qui se développe de plus en plus et dont l'objectif est de renoncer à tous les engrais minéraux et aux pesticides chimiques de synthèse.

 

 

Nouvelle pensée, déchets ménagers et engrais potassiques sans produits chimiques

 

Leu, longtemps président de l'IFOAM, a averti le ministre que l'objectif de la directive du président « ne peut pas être atteint en faisant appel à des agronomes et à des spécialistes ». Selon lui, ces derniers ne sont formés et entraînés qu'à l'utilisation d'engrais et de pesticides chimiques et n'ont pas les connaissances ou les compétences nécessaires à la mise en œuvre du nouveau système, car ils appliquent la même façon de penser. « L'histoire nous montre qu'ils auront plutôt tendance à saper le changement ». Ce qu'il faut pour la révolution biologique, c'est une « nouvelle pensée ».

 

C'était une attaque en règle contre 30 experts agricoles locaux, dont des scientifiques de renom, qui avaient adressé une lettre au président Rajapaksa pour l'avertir de « graves problèmes et défis aux importantes conséquences et ramifications économiques, sociales et politiques » si le plan radical était mis en œuvre tel quel. Ils ne s'opposaient pas à l'objectif d'introduire davantage d'agriculture biologique et de réduire l'utilisation de pesticides et d'engrais minéraux, mais ils déconseillaient vivement une transition brutale. Il est préférable, écrivaient-ils, de procéder à une transition lente, en commençant par un contrôle accru des importations et de l'utilisation des produits conventionnels, qui sont jusqu'à présent disponibles librement et sans limite. Des formations et des préparatifs logistiques seraient également nécessaires.

 

Les avertissements ont été ignorés et ce que les agronomes sri-lankais avaient prédit s'est produit : les agriculteurs du pays se sont plaints de ne pas avoir eu le temps de se convertir et de manquer à la fois de moyens de production et de main-d'œuvre pour le contrôle biologique des mauvaises herbes et des parasites. Dès l'été, les récoltes se sont effondrées et les prix des denrées de consommation courante comme le sucre, le riz et les oignons ont plus que doublé. Les cultures d'exportation telles que la cannelle, le poivre, le caoutchouc, la cardamome, les clous de girofle, la noix de muscade, le cacao, la vanille et surtout le principal fournisseur de devises qu'est le thé, ont également été touchées.

 

Le thé rapporte au Sri Lanka plus de 1,25 milliard de dollars par an, ce qui représente environ 10 pour cent des recettes d'exportation du pays. Les producteurs de thé, qui avaient déjà fait de mauvaises expériences avec l'interdiction du glyphosate, ont averti que les pertes seraient encore plus importantes en cas de double interdiction du glyphosate et des engrais – jusqu'à 50 pour cent de pertes seraient possibles. Le thé bio est un produit de luxe dont la production coûte dix fois plus cher que celle du thé conventionnel ; de plus, le marché est petit et on ne pourra pas compenser les pertes par des prix plus élevés.

 

La production de thé, tout comme celle d'autres cultures importantes au Sri Lanka, dépend de l'utilisation d'engrais, la dépendance étant la plus élevée pour le riz (94 pour cent), suivi du thé et du caoutchouc (89 pour cent chacun). Rien que pour une culture biologique du riz, près de 4 millions de tonnes de compost seraient nécessaires chaque année, à raison de 5 tonnes par hectare. Pour les plantations de thé, le besoin serait de 3 millions de tonnes supplémentaires. Or, selon les estimations, le pays ne peut produire que 2 à 3 millions de tonnes de compost par an ; en réalité, seules 0,22 million de tonnes sont actuellement produites dans des installations agréées par le ministère de l'agriculture.

 

Alors que le Sri Lanka s'enfonçait depuis longtemps dans la crise, le président Gotabaya Rajapaksa a annoncé lors du Sommet de l'Alimentation des Nations Unies en juillet 2021, en accord presque mot pour mot avec le discours de Vandana Shiva, que l'agriculture biologique n'était « pas nouvelle » et que la transformation garantirait une plus grande sécurité alimentaire et une meilleure nutrition pour la population. Il « espère que l'exemple du Sri Lanka inspirera d'autres pays à prendre les mesures courageuses nécessaires à la transformation durable du système alimentaire mondial afin d'assurer la sécurité alimentaire et la nutrition de nos générations futures ».

 

Pendant ce temps, son gouvernement était déjà en état d'alerte. On cherchait frénétiquement des engrais biologiques. Des engrais liquides biologiques ont été importés d'Inde, mais ils n'étaient pas exempts de micro-organismes et les experts agricoles craignaient qu'ils ne perturbent l'équilibre biologique du sol et du microbiome végétal et ne contaminent les eaux.

 

Finalement, le gouvernement a commandé 99.000 tonnes d'engrais organiques en Chine pour 49,7 millions de dollars. Mais même celui-ci n'était pas exempt de micro-organismes vivants et a été rejeté par les autorités compétentes. Cela a entraîné un désaccord diplomatique. Le gouvernement sri-lankais s'est senti dupé parce que l'engrais livré en octobre ne correspondait pas aux exigences négociées – l'opposition avait déjà fait savoir en juin qu'il s'agissait en réalité de « déchets communaux » (lire : ordures ménagères) –, ce qui a amené le groupe public chinois à accuser le gouvernement de procéder à des tests non scientifiques. La banque, à qui le gouvernement sri-lankais a interdit de traiter les paiements, s'est retrouvée sur une liste noire du gouvernement chinois. Comme le Sri Lanka avait reçu des milliards de crédits du gouvernement chinois au cours des années précédentes et que le nouveau port de Hambantota, important pour l'économie du pays, est également majoritairement détenu par des Chinois, le gouvernement n'était pas en bonne position pour négocier dans la controverse. En novembre, il a payé et commandé l'engrais défectueux à la Chine.

 

Au même moment, le gouvernement enfreignait déjà sa propre interdiction en important de Lituanie, pour 13,9 millions de dollars, 30.000 tonnes de chlorure de potassium, c'est-à-dire l'engrais potassique connu dans l'agriculture conventionnelle. Toutefois, il avait auparavant déclaré que l'engrais minéral interdit était un engrais biologique sans produits chimiques, comme l'ont rapporté les médias locaux. Le chlorure de potassium serait obtenu à partir de minéraux naturels et serait donc entièrement conforme aux critères de l'agriculture biologique.

 

 

Pline l'ancien, panique et annonces de succès

 

En septembre, le gouvernement a finalement aussi décidé d'importer 100.000 tonnes de riz bio pour faire face à la pénurie alimentaire, mais a réaffirmé sa détermination à maintenir les interdictions. Il a reçu le soutien de la Government Medical Officers Association, qui a affirmé que, selon des textes de l'auteur romain Gaius Plinius Secundus (Pline l'Ancien), les habitants du Sri Lanka vivaient jusqu'à 140 ans dans l'Antiquité, c'est-à-dire avant que les produits chimiques n'empoisonnent l'environnement.

 

À peine un mois plus tard, le gouvernement se mit à réagir de manière totalement erratique. Un conseiller qui avait critiqué le désastre visible aux yeux de tous et avait fait des contre-propositions a été limogé. En novembre, le ministre de l'Agriculture Mahindananda Aluthgamage a ordonné la suppression de toutes les interdictions d'importation d'engrais et de pesticides, mais quelques jours plus tard, il a renvoyé un haut fonctionnaire qui avait immédiatement mis en œuvre cet ordre en le faisant publier au Journal officiel.

 

Fin novembre 2021, c'est l'aveu d'un échec total : à partir du 30 novembre 2021, l'interdiction d'importer des produits agrochimiques a également été officiellement et totalement levée. Le bilan, publié en janvier 2022 : environ un tiers des terres agricoles du Sri Lanka ne produisait rien en 2021. En décembre, la hausse des prix des denrées alimentaires a atteint le niveau record de 22,1 % en glissement annuel, les denrées alimentaires de base et les légumes continuant à se faire rares dans le cadre de la campagne bio. Le gouvernement a annoncé le versement de l'équivalent de 200 millions de dollars de compensation à plus d'un million de riziculteurs dont les récoltes ont été perdues à la suite de l'échec du plan visant à créer le premier pays au monde à cultiver 100 % de produits biologiques. A cela s'ajoutent 149 millions de dollars pour la subvention des prix du riz.

 

L'opinion publique allemande ne s'en rend pas compte. En novembre, le Neue Deutschland écrivait brièvement : « Le Sri Lanka a d'abord fait ses adieux à l'objectif d'arriver rapidement à 100 pour cent de bio. Les intérêts économiques ont été plus forts ». Et Deutschlandfunk Kultur donnait encore en novembre la parole à Hans Herren, l'un des co-initiateurs de la crise alimentaire sri-lankaise : « Le Sri Lanka a maintenant pris sa décision, plus de pesticides, plus d'engrais chimiques ; le Sikkim, le petit royaume là-bas en Inde, s'est également converti, à 100 pour cent, le Bhoutan aussi. Si on le veut, on peut. Je pense que cela doit venir d'en haut. Que les gens aiment ou non tout cela. Parce qu'on doit justement, très souvent, prendre des décisions qui ne sont pas populaires ».

 

Herren se trompe tout autant que Shiva et de nombreux autres activistes. L'exemple du Sri Lanka montre que leurs recettes imposées au pied-de-biche ne fonctionnent pas et que leurs idées et propositions ne reposent pas sur l'expérience, les faits et la science, mais sur l'idéologie et les vœux pieux. Les représentants de l'agriculture biologique seraient bien inspirés de se séparer de tels idéologues et de se débarrasser également des concepts ésotériques de l'agriculture vaudou orientale et européenne. Toute forme d'agriculture est une tentative de conquérir des sols et d'extraire des nutriments de la nature à des fins humaines. Qu'est-ce qui s'oppose à ce qu'on le fasse de manière à produire le plus de nourriture possible avec le moins de ressources possible et sur le moins de surface possible ? Dans ce domaine, l'agriculture conventionnelle et la science sont sur la bonne voie. Actuellement, le bio ne fait pas partie de la solution, mais du problème.

 

_________

 

Écrit depuis les années 1980 sur la science, principalement la génétique et la biotechnologie. Avant cela, il a fait de la recherche en tant que biologiste moléculaire à l'Université de Brême. En 2006, il a fait partie des fondateurs d'akampion, qui conseille les entreprises innovantes dans leur communication. En 2017, ses thrillers scientifiques « Oligo » et « Vironymous » ont été publiés chez Piper Fahrenheit, et en 2020, l'ouvrage spécialisé « Winzig, zäh und zahlreich – ein Bakterienatlas » a été publié chez Matthes & Seitz. Ludger Weß commente ici à titre personnel.

 

Source : Aktivisten an der Macht - Salonkolumnisten

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T
Seralini est la honte du milieu scientifique en France .<br /> Quant à toutes ces ONG et cette Madame Shiva ce sont des criminels qui laissent mourir de faim ou de maladies des populations (refus du riz doré , culture bio a rendement réduit là où l'on manque de nourriture etc...)
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F
Édifiante histoire, qui gagnerait à être diffusée largement.
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J
Bientôt chez nous... sniff
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M
J'aime bien la phrase "le bio n'est pas la solution mais le problème", c'est tellement bien senti.<br /> Mais faut pas compter sur la presse mainstream pour communiquer à ce sujet.