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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le « bio » va mal, et on en parle

1 Février 2022 Publié dans #Agriculture biologique, #Economie, #critique de l'information

Le « bio » va mal, et on en parle

 

Glané sur la toile 913

 

 

 

Quelle surprise que cette séquence de près de deux minutes au journal de 20 heures de France 2 du dimanche 30 janvier 2022 ! FranceTVInfo a repris l'information sous « Agriculture : les ventes de produits bio ont chuté de plus de 3% en un an ». Un titre sobre qui cache une réalité bien plus dramatique pour les producteurs : c'est une baisse dans un marché connaissant une importante hausse de la production dans certains secteurs.

 

En chapô :

 

« La filière de l’agriculture bio s’interroge sur la hausse des prix et vit une première crise de croissance. Les agriculteurs bio sont trop nombreux pour un marché qui se rétracte. »

 

Et surprise aussi du même jour, mais découverte le lendemain : Sud-Ouest a publié un « Consommation : coup de froid sur la demande de bio, "tout le monde est déçu" » reprenant une dépêche de l'Agence France Presse (AFP).

 

En chapô :

 

« Après des années florissantes, la consommation de produits bio amorce un recul qui entraîne une surproduction d’œufs, de lait ou de porc et met en péril la pérennité des fermes. »

 

La « pérennité des fermes » ? Oui, c'est un enjeu. Surtout pour celles qui ont investi récemment pour adopter ce mode de production.

 

Terre-Net a produit un témoignage plus précis : « Du rêve à l'impasse, la "désillusion" d'une productrice de pommes bio »

 

En chapô :

 

« Sur les côteaux de Moissac (Tarn-et-Garonne), Françoise Roch peine à écouler ses pommes. Il y a quatre ans, l'arboricultrice s'est lancée dans le bio comme nombre de ses voisins, mais la réalité du marché a depuis balayé ses espérances. »

 

Extrait :

 

« "Le bio avait pourtant tout d'une aubaine pour Françoise quand elle s'est lancée en 2018. « Les prix des conventionnelles n'augmentaient plus depuis des années", se souvient-elle.

 

Elle y croyait : "Tous les matins, à la radio, on nous disait que le bio se développait en France et en Europe. On s'est dit qu'on ne pouvait pas passer à côté ! Personne ne nous a dit qu'il fallait faire attention, que le bio concernait seulement 4 % des achats, et que l'offre ne devait pas dépasser la demande", déplore l'arboricultrice. "C'est la désillusion."

 

Pour chaque hectare, Françoise Roch a investi environ 50 000 euros pour acheter de nouveaux plants, préparer les sols, passer à un engrais de fumier, installer un système écologique d'irrigation par micro-jets... "C'est un peu une double peine. Non seulement les arbres poussent moins vite et donnent moins de fruits, mais il y a aussi un gros surcoût de production", car leur entretien nécessite davantage de main-d'œuvre. Vu la conjoncture, elle n'escompte pas de retour sur investissement avant neuf ou dix ans.

 

Dans « Pouvoir d'achat: les ventes de produits bio ont chuté en france l'an passé », BFMTV (avec AFP) avance un argument qui n'est peut-être que partiellement valable pour l'année 2021 mais prendra sans doute une grande importance pour l'année en cours :

 

« Les produits bio ont été doublement pénalisés. Ils sont déjà en moyenne 50% plus chers que les produits conventionnels. Avec la flambée des prix dans les domaines de l'énergie notamment (gaz, électricité, essence), les foyers ont donc du faire des arbitrages lors de leurs courses en grande distribution pour préserver leur pouvoir d'achat.

 

Revenons à Sud-Ouest et l'AFP :

 

« Si elles venaient à se multiplier, ces sorties de l’agriculture biologique compromettraient l’objectif national d’atteindre 18 % de surfaces agricoles en bio en 2027 (contre 9,5 % fin 2020). Selon l’Agence bio, le taux de "déconversions" est quasi stable, à environ 4 %, soit "un peu plus de 2 200 exploitants qui ont quitté les rangs des 53 000 bios". »

 

Deux phrases, deux parties prenantes dont il convient de mesurer les responsabilités.

 

La situation actuelle a indéniablement une composante conjoncturelle, mais le fond du problème n'est-il pas dans la promotion, par des gouvernements successifs, d'une « montée en gamme » de l'agriculture française comme remède au marasme ?

 

La situation actuelle n'est-elle pas aussi la conséquence du prosélytisme outrancier – et aveugle – des organisations faîtières de l'agriculture biologique, en particulier de l'Agence Bio ?

 

BFMTV cite Mme Sabrina Laroche, LinkQ solution director chez Kantar Worldpanel : « Si l’image du bio progresse dans l’esprit des Français, les motifs pour lesquels les consommateurs achètent du bio s’étiolent. » Il y a là, peut-être, une contradiction.

 

 

(Source)

 

 

Dans le micro-trottoir de la séquence de France 2, une dame dit qu'entre une tomate « bio » et une tomate « ordinaire », le goût est le même. C'est un fait nouveau pour une séquence d'une chaîne de télévision qui, comme d'autres, est largement acquise au « bio ».

 

L'image du bio progresse peut-être dans l'esprit des Français, grâce notamment à une publicité très présente, mais les arguments qui le vantent sont devenus moins efficaces – lire : les Français sont devenus plus réalistes.

 

Ou peut-être l'ont-ils été depuis plus longtemps, mais que nous avons été en quelque sorte anesthésiés par la propagande. Style, de l'Agence Bio : « En 2020, plus de 9 Français sur 10 déclarent avoir consommé des produits biologiques, 13% en consomment même tous les jours ! »

 

 

(Source)

 

 

Voilà un beau sujet d'étude...

 

Mais le vrai sujet est celui des décisions stratégiques à prendre pour la filière biologique aux niveaux tant français qu'européen. Le marché français sature avec 9,5 % de la SAU en bio... et la stratégie européenne « de la ferme à la fourchette » veut porter la sole à 25 % à l'horizon 2030...

 

Prenons-le de la Dépêche, « Face à une demande en baisse, le blues des producteurs de bio » pour illustrer l'ampleur d'un problème :

 

« Conséquence, après avoir encouragé la production de bio, les industriels actionnent désormais le freinage d’urgence. Le géant laitier Lactalis a ainsi dû écouler "plus de 30 % de la collecte du lait bio […] au prix du lait conventionnel" en 2021. Le groupe, qui assure avoir "porté" le coût de ce déclassement, demande aux éleveurs de "modérer les volumes" et gèle les nouveaux projets de conversion. Chez le rival Sodiaal, le lait bio est moins bien payé qu’avant et les producteurs sont incités financièrement à réduire la collecte. »

 

 

 

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Y
Blaise COMPAORE :<br /> "L'agriculture bio est un luxe des pays riches"
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J
et oui le bio tombe de haut et ils constatent que la plupart des français ne peuvent pas en acheter ,après avoir dit à tout le monde qu' ils pouvaient nourrir 67 millions de français
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R
Michel Serres :" Le bio est un caprice de bien nourri "
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M
Le bio n'est pas une "montée en gamme" de l'agriculture. Pas plus que les yaourts 0 % ne l'étaient à l'époque ou la grande distribution nous inondait de produits allégés.<br /> Le bio est un caprice couteux qui aurait du être réservé aux militants convaincus qui ont les moyens de se le payer, en aucun cas il n'aurait il n'avait une vocation à faire office de politique agricole globale.<br /> Farm to fork = Farm to ration ticket...
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